Fayez al-Sarraj, le Premier ministre qui veut réconcilier les Libyens

0
Le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj, le 8 janvier 2016 à Tunis. (Archives/FETHI BELAID/AFP)
Le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj, le 8 janvier 2016 à Tunis. (Archives/FETHI BELAID/AFP)

Fayez al-Sarraj, le nouveau chef du gouvernement d’union chargé de pacifier la Libye, est issu d’une grande famille de Tripoli et s’est récemment lancé en politique après avoir réussi dans les affaires.

M. Sarraj, 56 ans, est sorti de l’ombre en débarquant il y a une semaine d’un navire militaire libyen à Tripoli, bravant l’hostilité des autorités qui faisaient la loi dans la capitale depuis août 2014.

En une semaine, M. Sarraj a réussi, sans heurts, à lancer les premiers pas de « la réconciliation et du règlement de la crise sécuritaire et économique », l’objectif qu’il s’est fixé en arrivant dans la capitale.

Cet homme de haute stature, élégant et moustachu, n’est pas inconnu à Tripoli même s’il n’a rejoint la politique qu’en juin 2014.

Il y est en effet né en 1960 au sein d’une grande famille conservatrice et aisée, propriétaire de commerces et de vastes terrains.

Les Sarraj ont participé à l’écriture de l’histoire de la Libye moderne. Mostafa al-Sarraj, son père, a notamment été l’un des pères fondateurs de l’État au lendemain de l’indépendance en 1951.

En étant élu en 2014 au Parlement, Fayez al-Sarraj a ainsi perpétué la tradition d’une famille impliquée de longue date dans la vie sociale et politique.

Mais deux mois après son élection, une coalition de milices, Fajr Libya (Aube de la Libye), prend le contrôle de la capitale. Le gouvernement et le Parlement nouvellement élu sont contraints de prendre la fuite pour se réfugier dans l’est du pays.

M. Sarraj s’exile ainsi à Tobrouk, où siège depuis le Parlement, et, dans ce contexte tendu, envoie son épouse, une architecte, et ses trois filles résider à l’étranger.

Alarmée par le chaos dans lequel plonge le pays, dont profite le groupe djihadiste État islamique pour s’y implanter, la communauté internationale pousse à la formation d’un cabinet d’union nationale.

Et en décembre 2015, M. Sarraj est désigné chef de ce cabinet en vertu d’un accord signé au Maroc sous l’égide de l’ONU par certains députés des deux Parlements rivaux.

Coincé à Tunis, il force le destin en débarquant à Tripoli et réussit à obtenir le ralliement successif des autorités économiques et politiques, en attendant de convaincre le « gouvernement » rival implanté dans l’Est.

Il est « encore trop tôt pour dire si cette phase de consolidation va durer, mais Fayez al-Sarraj, un peu à la surprise générale, a lancé un signal très fort (…) en débarquant à Tripoli depuis la Tunisie », relève Silvia Colombo, spécialiste de la Libye auprès de l’Institut des Affaires internationales à Rome.

« Ce geste semblait impossible compte tenu de la situation sécuritaire mais aussi de la part d’un homme qui, jusqu’à présent, n’a jamais vraiment été un leader », ajoute-t-elle.

Sa stature politique « est encore toutefois très fragile », avertit l’expert, tant que son gouvernement n’aura pas obtenu le vote de confiance du Parlement de Tobrouk.

Avant de se lancer en politique, Fayez al-Sarraj avait réussi dans le commerce, poursuivant là encore une tradition familiale.

Cet architecte de formation avait auparavant passé plusieurs années dans le secteur public, dans les secteurs de la sécurité sociale et des projets publics du BTP.

Salim Ben Hemeda, architecte et ami de jeunesse, le décrit comme « un homme d’une gentillesse extrême, doux, poli et toujours à l’écoute des autres avec patience et respect ». « Ceci dit, sa bonté ne l’empêche pas d’être ferme et de dire ce qu’il pense », témoigne-t-il à l’AFP.

Rida el-Gontrari, l’un de ses anciens camarades de collège, le décrit comme « très calme et posé ».

Les commentaires sont fermés.