Fin de l’enquête sur les accusations d’avoir fermé les yeux sur les abus sexuels des Forces afghanes

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L’esclavage sexuel des jeunes garçons en Afghanistan, un problème de longue date et un problème récurrent en Afghanistan, est un phénomène qui répugne aux Occidentaux que nous sommes. (Photo d'illustration/RT)
L’esclavage sexuel des jeunes garçons en Afghanistan, un problème de longue date et un problème récurrent en Afghanistan, est un phénomène qui répugne aux Occidentaux que nous sommes. (Photo d’illustration/RT)

Au terme de l’enquête menée sur les allégations d’avoir fermé les yeux sur des abus sexuels commises par les Forces afghanes, les Forces armées ne reconnaissent pas avoir été complices par leur silence, mais reconnaissent qu’elles doivent revoir leur code d’éthique et y inclure clairement à l’avenir le devoir de dénoncer.

L’enquête menée par les Forces armées canadiennes n’a permis de trouver aucune preuve soutenant les allégations selon lesquelles des militaires des Forces armées canadiennes en service en Afghanistan auraient reçu l’ordre de leurs supérieurs d’ignorer les incidents lors desquels des soldats et interprètes afghans auraient agressé sexuellement de jeunes garçons, annonce la Défense nationale aujourd’hui.

L’esclavage sexuel des jeunes garçons en Afghanistan, un problème de longue date et un problème récurrent en Afghanistan, est un phénomène qui répugne aux Occidentaux que nous sommes. Bien avant que ne déferlent les accusations d’abus sexuels contre les Casques bleus en Afrique ou ailleurs, des accusations d’avoir fermé les yeux sur le problème de complicité dans l’abus contre de jeunes garçons par les Forces afghanes a fait surface.

Les Forces armées canadiennes n’ont pas été, ni les premières, ni les seules à être éclaboussées et, l’an dernier, c’est surtout le silence des américains qui a fait scandale. Les abus sexuels commis sur des enfants par des responsables des forces armées et de la police afghanes décrits par des militaires américains qui ont servi en Afghanistan sont révoltants, écrivaient les médias américains, outrés que le Pentagone ait contraint les militaires américains à fermer les yeux sur ces sévices qu’ils avaient rapportés, notamment depuis 2011, y compris lorsque ces abus ont eu lieu sur des bases américaines.

Du côté américain, il est maintenant établi que des soldats témoins d’abus se sont vu ordonner d’ignorer ces abus et de détourner leur regard sous prétexte que cela fait partie de la culture locale. Tout ça, en fait, pour conserver de bonnes relations avec ses alliés afghans dans la lutte contre les talibans”.

Mais, du côté canadien il semble selon le rapport présenté aujourd’hui que la situation a été bien différente.La Commission d’enquête (CE) affirme que tous les militaires des FAC interrogés ont rejeté catégoriquement les accusations d’avoir fermé les yeux sur les sévices infligés aux jeunes garçons afghans.

L’enquête a révélé, affirme le rapport,qu’au moment où les incidents se seraient produits (2006-2007), les militaires des Forces armées canadiennes « participaient à une nouvelle mission, très complexe et dangereuse et qu’ils étaient soumis à des attaques constantes et meurtrières de la part d’un ennemi résolu ». Bref, pas les conditions idéales pour se pencher sur la moralité de nos alliés afghans. Et l’enquête également constaté que globalement, les FAC n’avaient pas réussi à trouver de solutions efficaces à ce problème.

Ni complices, ni indifférents

Bref, on n’a rien empêché, mais on est pas pour autant complice et la mission des Forces armées canadiennes n’étaient pas de corriger les mœurs de la société afghane.

La Commission d’enquête a formulé une série de recommandations qui ont été en majeure partie acceptées par l’autorité approbatrice, précise cependant le communiqué de la Défense nationale.

Les Forces armées canadiennes ont déjà accompli beaucoup de progrès quant à l’application de plusieurs recommandations de la Commission, puisque des mesures ont été prises dès 2008 en vue de combler les lacunes les plus pressantes, affirme la Défense nationale.

  • Le chef d’état-major de la Défense (CÉMD) a émis en juin 2008 une directive ordonnant aux militaires de signaler et rapporter les incidents lorsqu’ils étaient témoins d’agressions sexuelles commises sur des enfants afghans et d’intervenir si possible;
  • Des améliorations ont été apportées à l’instruction préalable au déploiement, notamment pour enrichir la formation portant sur le droit des conflits armés et sur la sensibilisation aux différences culturelles;
  • On a élaboré des scénarios dans le cadre desquels les militaires canadiens doivent analyser des enjeux éthiques et des violations du droit international des droits de la personne et à y réagir, notamment en faisant rapport sur les agressions commises sur des femmes et des enfants dans une zone opérationnelle;

Le code de conduite et l’obligation de dénoncer

Le Code de conduite des Forces armées canadiennes est en cours de modification afin d’élargir les exigences actuellement imposées aux militaires canadiens en ce qui concerne leur obligation de rapporter toute infraction en vertu du droit des conflits armés (DCA) y compris une directive obligeant le signalement de toute agression sexuelle commise sur des enfants et potentiellement sur d’autres populations vulnérables, explique le ministère canadien de la Défense.

Dans le nouveau code, les recommandations émises aujourd’hui par la Commission seront prises en compte dans le cadre d’une révision du manuel portant sur l’utilisation de la force.

D’ailleurs, en janvier 2016, le CEMD a émis une directive officielle dont nous avons fait état sur 45eNord.ca pour mieux intégrer une perspective fondée sur le sexe à l’analyse, à la planification, à l’exécution et à l’évaluation de toutes les opérations des Forces canadiennes, ainsi qu’aux programmes d’éducation et de formation professionnelles des militaires.

Personne ne peut nier que la prise de conscience des problèmes d’abus et de leur acuité est récente, voire même très récente, tant dans la société en général que dans les Forces armées. Et cela est vrai aussi pour le soutien accordé aux militaires qui souffrent de problèmes de santé mentale comme le trouble dépressif majeur ou le trouble de stress post-traumatique.

Heureusement, depuis quelques années, on est passé du mode « déni » au mode « solution », tant chez les militaires que chez les civils, et le canada, à cet égard, est exemplaire.

En outre, si, comme le souligne le ministère de la Défense canadien, « la portée et la complexité des recommandations émises par la Commission ont été un facteur déterminant en ce qui a trait au temps qu’il a fallu pour examiner et approuver son rapport », aujourd’hui, le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la Défense « accueille favorablement les conclusions de la Commission » et « reconnait qu’il reste du travail à accomplir sur plusieurs fronts ».

« En revanche », conclut-il, je suis ravi de constater que les Forces armées canadiennes ont déjà donné suite à bon nombre de ses recommandations, ce qui contribuera à assurer la sécurité des populations vulnérables dans les théâtres d’opérations actuels et à venir. »

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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