La lutte contre l’EI au centre de la visite d’Obama au Royaume-Uni

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Le 10 Downing Street, la résidence et le bureau du Premier ministre du Royaume-Uni, situé sur Downing Street dans la Cité de Westminster, près des chambres du parlement, au cœur de Londres. (Wikipédia)
Le 10 Downing Street, la résidence et le bureau du Premier ministre du Royaume-Uni, situé sur Downing Street dans la Cité de Westminster, près des chambres du parlement, au cœur de Londres. (Wikipédia)

La lutte contre le groupe État islamique va dominer vendredi les discussions entre le Premier ministre britannique David Cameron et Barack Obama qui effectue sa visite d’adieu au Royaume-Uni en tant que président américain, l’occasion de redire son soutien au maintien dans l’UE de ce pays à deux mois du référendum.

« La campagne brutale de terreur de Daech (l’acronyme arabe pour l’État islamique, EI) crée de l’instabilité et cause des souffrances inimaginables en Syrie, en Irak et au-delà. Je suis impatient de parler avec le président (Obama) de nos efforts communs pour déraciner l’extrémisme du monde », a déclaré le Premier ministre britannique dans un communiqué.

Pour Downing Street, la manière d’apporter un soutien au gouvernement d’union constitué en Libye et le déroulement de l’opération navale contre les passeurs Sophia au large des côtes libyennes seront aussi évoqués, de même que la situation en Afghanistan.

David Cameron a déclaré avant la rencontre que la relation « spéciale et solide » entre son pays et les États-Unis avait permis de « relever les défis mondiaux auxquels nous sommes tous les deux confrontés et de garantir la sécurité et la prospérité de nos peuples ».

Arrivé à Londres jeudi soir, Barack Obama entamera vendredi par un déjeuner avec Elizabeth II, qui vient de souffler ses 90 bougies, sa cinquième visite officielle en terres britanniques, accompagné de sa femme Michelle.

« Le président a beaucoup apprécié ses rencontres avec la reine au fil des années », a souligné Ben Rhodes, l’un de ses plus proches conseillers en politique étrangère.

Elizabeth II, qui règne depuis 1953, a rencontré « un quart de l’ensemble des présidents américains depuis l’indépendance des États-Unis », a relevé jeudi David Cameron en lui rendant hommage.

Bien qu’ayant peu d’influence sur la politique puisqu’elle est tenue de ne pas prendre parti, la reine a fini au fil des années par symboliser continuité et stabilité, au cours d’un règne qui a vu le déclin de l’empire britannique, la guerre froide et la chute du Mur, et aujourd’hui le débat empoisonné sur une possible sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni, ou Brexit.

Après ce déjeuner royal, Barack Obama gagnera le 10 Downing Street pour s’entretenir avec le Premier ministre David Cameron.

À deux mois du référendum à haut risque sur le maintien ou non dans l’UE, le 23 juin, il sera sans nul doute demandé au président américain de prendre position sur cette question pendant la conférence de presse commune que les deux dirigeants donneront à l’issue de ces discussions.

« Si c’est le cas, il sera très direct et franc pour expliquer, en tant qu’ami, pourquoi les Etats-Unis pensent qu’il est bon pour le Royaume-Uni de rester dans l’Union européenne », a dit Ben Rhodes.

Aux yeux des Américains, une sortie de l’UE aurait un impact sur la « relation spéciale » qu’entretiennent Washington et Londres ainsi que sur la stabilité de l’UE.

« Obama n’est pas instinctivement pro-européen », a affirmé Ian Bond, du centre de réflexion londonien Center for European Reform. « Il est opposé au Brexit parce que cela risque de créer davantage de problèmes pour les États-Unis en Europe », a-t-il estimé.

Les sondages continuent à annoncer un résultat serré tandis que le Premier ministre est récemment sorti affaibli d’une période compliquée, entre autres éclaboussé par l’affaire des « Panama Papers » dénonçant l’évasion fiscale.

« La préoccupation (de Barack Obama) est de savoir comment un Brexit affecterait la capacité de l’Europe à aider les Etats-Unis à régler les grands problèmes internationaux », a souligné Ian Bond.

La présence de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne amplifie la voix de Londres dans le monde, et la question du maintien ou non du royaume dans l’UE revêt un « profond intérêt » pour les Etats-Unis, a déclaré le président américain Barack Obama dans une tribune.

« L’Union européenne ne diminue pas l’influence britannique – elle l’amplifie. Une Europe forte n’est pas une menace pour le rôle de la Grande-Bretagne dans le monde, elle accroît le rôle de la Grande-Bretagne dans le monde », a écrit M. Obama dans cette tribune publiée vendredi par le quotidien britannique Daily Telegraph.

Barack Obama, en visite à Londres – probablement la dernière de son mandat – pour s’entretenir avec le Premier ministre britannique David Cameron, et aussi déjeuner avec la reine Elizabeth II, est intervenu avec force dans le débat sur le Brexit.

Il a assuré dans sa tribune que la présence de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne contribuait à la proximité de l’UE avec les Etats-Unis, et que le résultat du référendum du 23 juin affecterait aussi les Américains.

« Les États-Unis se rendent compte que votre voix puissante en Europe garantit que l’Europe ait une position forte dans le monde, et qu’elle garde l’UE ouverte, regardant vers l’extérieur et étroitement liée à ses alliés de l’autre côté de l’Atlantique », a ajouté M. Obama.

« Les États-Unis et le monde ont donc besoin que votre énorme influence se poursuive, y compris au sein de l’Europe », a-t-il poursuivi.

Barack Obama a déclaré à plusieurs reprises qu’il était en faveur d’un Royaume-Uni fort dans une UE forte.

Les partisans du Brexit ont appelé le président américain à rester en dehors du débat sur le référendum, criant à l’ingérence. Toutefois, les crises de la dette souveraine ou les attaques terroristes ont fait remonter l’Europe dans l’agenda politique du président – ainsi que la question du maintien ou non du Royaume-Uni dans l’UE.

« Je dirai, avec toute la sincérité que peut se permettre un ami, que le résultat de votre décision est d’un profond intérêt pour les Etats-Unis », a écrit M. Obama dans sa tribune.

« Les dizaines de milliers d’Américains qui reposent dans les cimetières européens prouvent à quel point notre prospérité et notre sécurité sont entremêlées », a relevé le président, dans une référence à la participation des forces américaines aux combats des deux Guerres mondiales en Europe.

« Le chemin que vous choisirez aura un écho dans les perspectives de la génération américaine actuelle », a prédit M. Obama.

Au cours de ses sept années à la Maison Blanche, Barack Obama a cherché à désengager son pays des conflits au Moyen-Orient tout en se tournant vers les pays asiatiques aux économies en pleine croissance, laissant au deuxième plan les affaires européennes.

Mais les crises de la dette souveraine, les attentats à Paris et Bruxelles, et maintenant un possible Brexit ont remis l’Europe au premier plan de ses préoccupations.

Le chef de file des partisans du Brexit, le bouillonnant maire de Londres Boris Johnson, l’a accusé d' »hypocrisie ». « Je trouve juste paradoxal que les États-Unis, qui ne tolèrent pas la moindre atteinte à leur souveraineté, fassent la leçon à d’autres pays », a commenté le maire conservateur peu avant la visite.

Plus de cent parlementaires, dont de nombreux conservateurs, ont aussi écrit à l’ambassadeur des États-Unis à Londres pour protester contre « l’ingérence » du président américain.

Sur un registre plus léger, le couple Obama dînera vendredi soir avec le prince William, son épouse Kate et le prince Harry.

Il se rendra ensuite en Allemagne pour une rencontre avec la chancelière Angela Merkel et d’autres dirigeants européens.

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