Le ministre Dion défend vigoureusement le contrat de vente des blindés à l’Arabie saoudite

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Le ministre Dion défend vigoureusement le contrat de vente des blindés à L'Arabie saoudite. (Photo d'illustration)
Le ministre Dion défend vigoureusement le contrat de vente des blindés à L’Arabie saoudite. (Photo d’illustration)

Aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères, se porte une fois encore, à la défense du contrat controversé de vente des blindés canadiens à l’Arabie saoudite et défend vigoureusement la décision de son gouvernement d’autoriser l’exportation des véhicules et de leur armement en dépit de l’historique de violations des droits du royaume saoudien.

Hier, 12 avril, on apprenait que, tout en reconnaissant que l’Arabie saoudite commet des violations des droits de la personne sur son propre territoire, ainsi qu’en ciblant des cibles civiles au Yémen, le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion avait finalement donné quand même vendredi le feu vert à l’exportation de blindés légers et de leur armement à l’Arabie saoudite.

Ce contrat de près de 15 milliards a été conclu sous le gouvernement de Stephen Harper, mais le gouvernement Trudeau, au nom du réalisme politique et brandissant la notion de «conviction responsable», a refusé de revenir sur cette vente qui fait polémique et qui est même contestée en Cour fédérale.

L’analyse ministérielle sur laquelle s’appuie Ottawa pour autoriser le contrat indique, tout en reconnaissant les violations aux droits humains, qu’ »il n’y a aucune indication que de l’équipement d’origine canadienne, incluant les blindés légers, ait pu être utilisé dans des actions contraires aux lois humanitaires internationales».

Le porte-parole conservateur en matière d’affaires étrangères, Tony Clement, souscrivant à cette logique, a déclaré qu’il était d’accord avec le contrat si une «prépondérance» de preuves démontrait que les véhicules seraient utilisés dans la lutte contre le terrorisme et non contre les civils,

Mais le chef néodémocrate Thomas Mulcair a affirmé quant à lui que l’approbation des licences par le ministre libéral la semaine dernière prouvait que le gouvernement «avait induit en erreur les Canadiens». Ce à quoi le premier ministre Justin Trudeau a rétorqué que M. Mulcair savait que les contrats ne pouvaient être annulés rétroactivement. «Nous honorerons les contrats signés par le Canada en date de février 2014. Le fait est qu’il y a des emplois à London liés à cela», a le chef libéral.

La défense de Stéphane Dion

Le chef de la diplomatie canadienne articule aujourd’hui la défense du contrat des blindés et de la décision de son gouvernement autour de trois éléments: une question de crédibilité, la nécessité de choisir les bons leviers pour améliorer la situation des droits de la personne en Arabie saoudite (l’annulation du contrat n’en étant pas un à ses yeux), et la promesse d’une surveillance rigoureuse et constante des droits de la personne.

Il fait aussi valoir des considérations de sécurité et des considérations économiques.

Une question de crédibilité

Nous n’allons pas miner la crédibilité de la signature du gouvernement du Canada.

Choisir les bons leviers pour améliorer la situation des droits de la personne en Arabie saoudite

Le gouvernement du Canada entend promouvoir les droits de la personne partout, y compris en Arabie saoudite. Nous ne ratons aucune occasion de porter des enjeux à l’attention de nos homologues saoudiens ni de nous investir de manière constructive. Il y a plus de 16 000 étudiants saoudiens dans nos universités, ce qui contribuera probablement à la libéralisation de la société saoudienne. Abandonner ce contrat, ce serait revenir à l’époque ayant précédé ces avancées positives. Par ailleurs, nous laisserions simplement le contrat entre les mains d’un fournisseur non canadien et potentiellement plus ambivalent.

Surveillance rigoureuse et constante des droits de la personne

Le gouvernement ayant pris la décision d’honorer ce contrat, j’ai maintenant la responsabilité de déterminer s’il est approprié d’autoriser les licences d’exportation pour ces véhicules blindés légers. Vendredi dernier, j’ai pris la décision d’accorder les licences d’exportation.

Depuis 1986, le Canada dispose d’un processus strict d’approbation des licences d’exportation pour la vente de matériel militaire. Il faut notamment vérifier si le matériel vendu servirait à violer les droits de la personne. Différentes versions de ce matériel militaire ont été fournies par des entreprises canadiennes à l’Arabie saoudite depuis 1993. Selon nos meilleurs renseignements, régulièrement mis à jour, rien n’indique que l’Arabie saoudite a utilisé ce matériel pour violer les droits de la personne, ni qu’il a été utilisé d’une manière contraire aux intérêts stratégiques du Canada et de ses alliés.

À l’avenir, et cela est le cas pour toutes les licences d’exportation, le ministre des Affaires étrangères conservera le pouvoir de révoquer en tout temps les licences si l’évaluation qui en est faite devait changer. Si j’ai connaissance d’une information crédible au sujet de violations en lien avec ces équipements, je suspendrai ou révoquerai les licences d’exportation. Nous sommes vigilants à ce propos et continuerons de l’être. C’est ce que je m’engage à faire si ces véhicules militaires sont utilisés à mauvais escient. Le premier ministre m’a chargé d’exercer ce pouvoir dans la plus grande transparence et avec le plus de rigueur possible.

Les considérations de sécurité

L’Arabie saoudite est un partenaire stratégique dans une région de plus en plus instable, plus particulièrement dans le conflit armé contre le soi-disant État islamique en Iraq et au Levant (EIIL). Il est essentiel d’appuyer nos partenaires pour prévenir le chaos, l’anarchie, les atrocités et les attaques terroristes commises par l’EIIL, al-Qaïda et d’autres groupes terroristes actifs dans la région et ailleurs dans le monde.

Les considérations économiques

Toute rupture de contrat entraîne inévitablement des sanctions financières. Dans un tel cas, ce sont les contribuables canadiens qui en paieraient la note. L’annulation du contrat priverait près de 2 000 travailleurs de leur gagne-pain, principalement à London, en Ontario. Nous devons tenir compte de la chaîne de répercussions au sein d’une industrie dont dépendent directement quelque 70 000 emplois canadiens et qui joue un rôle important pour favoriser la recherche et le développement au Canada.

Le ministre a insisté en point de presse aujourd’hui que ces licences avaient été accordées après un «processus strict», qui visait notamment à vérifier si le matériel est «utilisé pour violer les droits de la personne». rappelant encore une fois que, jusqu’à maintenant, les véhicules de ce type n’ont pas été utilisés à ces fins, ni pour mener des opérations incompatibles avec les intérêts stratégiques du Canada dans la région.

le chef de la diplomatie canadienne toutefois précisé qu’il n’hésiterait pas à suspendre ou révoquer les licences si de nouvelles informations lui indiquaient le contraire.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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