Levée des sanctions contre Téhéran: tête-à-tête crucial États-Unis/Iran

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Réservoirs d'eau lourde de la centrale nucléaire d'Arak, située à 320 kilomètres au sud de Téhéran sur photo datant d'août 2006. (Photo d'illustration/Archives/AFP/STR)
Réservoirs d’eau lourde de la centrale nucléaire d’Arak, située à 320 kilomètres au sud de Téhéran sur photo datant d’août 2006. (Photo d’illustration/Archives/AFP/STR)

Les États-Unis ont acheté vendredi à l’Iran 32 tonnes d’eau lourde dans le cadre de l’accord historique sur le nucléaire iranien, le jour où les ministres John Kerry et Mohammad Javad Zarif doivent s’atteler à New York au dossier délicat de la levée des sanctions contre Téhéran.

Trois mois après l’entrée en vigueur de cet accord signé à Vienne le 14 juillet 2015 entre les grandes puissances et la République islamique, un vent de protestations souffle à Téhéran et à Washington.

En Iran, des opposants au président Hassan Rohani jugent que le contrôle sur le programme nucléaire a été imposé sans assez de contreparties financières pour la République islamique. Aux Etats-Unis, des républicains du Congrès sont vent debout contre la volonté prêtée au président Barack Obama d’une réintégration de Téhéran dans le système financier et monétaire international.

Et la transaction commerciale annoncée vendredi entre Washington et Téhéran risque de braquer un peu plus les détracteurs du dégel américano-iranien.

Le département américain de l’Energie va en effet acquérir auprès de l’organisation de l’énergie atomique iranienne 32 tonnes d’eau lourde pour répondre aux besoins de l’industrie et de la recherche nucléaires aux Etats-Unis, selon la diplomatie américaine, confirmant une information du Wall Street Journal.

« Cette transaction », pour 8,6 millions de dollars, va « apporter à l’industrie des Etats-Unis un produit crucial, tout en permettant à l’Iran de vendre son surplus d’eau lourde », a vanté le porte-parole du département d’Etat John Kirby.

Il a assuré que « ces matériaux (n’étaient) pas radioactifs et ne présent(aient) pas de danger pour la sécurité » et qu’ils seraient « revendus dans les prochaines semaines » sur la marché américain à des fins industrielles et de recherche scientifique.

L’achat de cette quantité d’eau lourde, une « transaction à la portée limitée », est présenté à Washington comme entrant dans le cadre de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien.

Ce texte est entré en vigueur le 16 janvier et prévoit, en contrepartie du contrôle international sur le programme nucléaire iranien, d’alléger l’arsenal de sanctions économiques pesant sur Téhéran et de le réintégrer de fait progressivement dans l’économie mondiale.

Pour en discuter une nouvelle fois, MM. Kerry et Zarif, ministres des Affaires étrangères de gouvernements qui n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, se retrouvent dans l’après-midi à New York.

Les deux hommes, qui affichent depuis trois ans leur proximité, s’étaient vus en tête-à-tête mardi au siège des Nations unies. Le ministre américain avait fait état de « progrès » dans leurs discussions sur les « bénéfices » que pouvait escompter l’Iran depuis la mise en oeuvre de l’accord de Vienne.

Mais Téhéran s’est plaint ces derniers jours des réticences de banques et entreprises occidentales, européennes ou asiatiques à commercer avec l’Iran. Elles redouteraient de tomber sous le coup de la législation draconienne américaine qui continue en effet de punir la République chiite pour son « soutien au terrorisme » et pour son programme de missiles balistiques.

Lundi, le porte-parole américain John Kirby avait laissé entendre que le ton sera à l’apaisement.

John Kerry « poursuivra ses discussions avec le ministre Zarif, comprenant ses inquiétudes et celles de Téhéran quant au rythme de l’allègement des sanctions », avait-il dit.

« Nous n’essayons absolument pas d’être un obstacle d’aucune sorte pour les banques et les institutions étrangères travaillant avec l’Iran dans le cadre de l’allègement des sanctions et qui font des affaires légitimes avec » ce pays, selon le porte-parole américain.

Mais John Kerry avait lui-même reconnu en début de semaine que Téhéran n’avait jusqu’ici récupéré que « quelque trois milliards de dollars » de la levée des sanctions, contre environ 55 milliards de dollars escomptés de fonds gelés.

Architecte de l’accord sur le nucléaire iranien, l’administration Obama est favorable à une réintégration de l’Iran au sein de l’économie mondiale et oeuvre à une amorce de rapprochement diplomatique.

Cette inflexion majeure de la politique étrangère des Etats-Unis au Moyen-Orient inquiète leurs alliés traditionnels que sont les monarchies sunnites du Golfe que M. Obama a tenté de rassurer cette semaine à Ryad. Elle a aussi ulcéré Israël et provoqué l’ire d’opposants républicains du président démocrate.

Le président de la Chambre des représentants Paul Ryan a tonné cette semaine contre une éventuelle réouverture de Téhéran au système financier américain et notamment un accès au dollar.

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