L’otage canadien John Ridsdel exécuté par ses ravisseurs aux Philippines

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Les Canadiens Robert Hall (gauche) et John Ridsdel ont été enlevés dans une station balnéaire du sud des Philippines en septembre 2015.(capture d'écran/You Tube)
Les Canadiens Robert Hall (gauche) et John Ridsdel ont été enlevés dans une station balnéaire du sud des Philippines en septembre 2015.(capture d’écran/You Tube)

Le premier ministre Justin Trudeau, depuis Kananaskis, en Alberta, où il a réunit son cabinet, a confirmé que John Ridsdel, l’un des deux Canadiens pris en otage par des extrémistes musulmans aux Philippines, a été tué.

M. Ridsdel, 68 ans, de Calgary, était retenu captif avec son compatriote Robert Hall ainsi que le Norvégien Kjartan Sekkingstad. Le Canadien exécuté était un proche de Bob Rae, ancien chef du Parti libéral canadien. Après une carrière de journaliste, il exerçait encore en tant que consultant pour le groupe canadien TVI Pacific, qui exploite, notamment, un gisement d’argent et d’or aux Philippines.

Détail macabre, le chef de la police de Jolo, Junpikar Sitin, a indiqué que deux hommes en moto avaient abandonné la tête, qui était enveloppée dans un sac de plastique, dans une rue de la ville de Jolo, dans la province de Sulu, avait de prendre la fuite.

Les membres d’Abou Sayyaf avaient promis de décapiter l’un des trois otages s’ils ne recevaient pas l’importante somme exigée avant 15 h lundi, heure locale. Il est maintenant mardi matin aux Philippines.

« Je suis outré par la nouvelle que John Ridsdel, un citoyen canadien tenu en otage aux Philippines depuis le 21 septembre 2015, a été tué par ses ravisseurs », a déclaré le premier ministre. »Le Canada condamne sans réserve la brutalité des ravisseurs et cette mort inutile. La responsabilité de ce meurtre commis de sang-froid revient entièrement au groupe terroriste qui a pris la victime en otage ».

Plus tôt lundi, les forces gouvernementales philippines avaient lancé une opération dans le but de secourir les otages, dont fait aussi partie une Philippine enlevée en même temps que les trois hommes en septembre dernier dans une marina située sur l’île de Samal, dans le sud du pays.

Abou Sayaf

Abou Sayyaf, placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des États-Unis, de l’Australie et du Royaume-Uni, est un mouvement séparatiste islamiste armé situé dans les îles du sud des Philippines, principalement Jolo, Basilan et Mindanao.

Le groupe est actuellement combattu par l’armée philippine. Entre 2002 et 2014, Washington avait déployé dans l’archipel des conseillers militaires spéciaux pour former l’armée philippine, ce qui avait conduit à la mort et à l’arrestation de nombre des cadres du groupe, avant que le groupe ne refasse surface et ne devienne à nouveau une menace importante.

L’organisation terroriste a été considérée comme proche d’Al-Qaida, mais, en août 2014, Abu Sayyaf a fait allégeance à l’État islamique.

Les otages seraient détenus sur l’île de Jolo, dans la province de Sulu, une région sauvage dominée par la jungle où les militants garderaient plusieurs prisonniers, dont 14 Indonésiens et quatre Malaisiens enlevés à la pointe du fusil sur des bateaux remorqueurs le mois dernier.

Abou Sayaf n’en est pas à ces premiers enlèvements.Le groupe est responsable d’un grand nombre d’attentats à la bombe, d’assassinats, d’enlèvements et d’extorsions de fonds, effectués afin de promouvoir l’indépendance d’un État islamique composé de l’ouest de Mindanao et de l’archipel des Sulu, « une première étape dans la création d’un grand État islamique situé dans la péninsule malaise en Asie du Sud-Est ».

En avril 2014, le groupe terroriste avait capturé en mer un couple d’Allemands entre Bornéo et les Philippines. En septembre Abu Sayyaf il avait menace de décapiter l’un de ses otages si l’Allemagne ne cessait pas ses livraisons d’armes au gouvernement régional du Kurdistan et ne lui payait pas une rançon de 4,5 millions d’euros, près de 6,5 $ CAD. Finalement, les deux otages allemands, Stefan Okonek, un médecin de 74 ans et Henrike Diele, 55 ans, ont été relâchés par Abou Sayyaf qui a déclaré avoir reçu la rançon.

L’histoire s’est donc répétée avec les otages canadiens, avec, pour l’un d’entre eux au moins, un dénouement beaucoup moins heureux.

En octobre 2015, un mois après l’enlèvement dans la marina de l’Île de Samal, les ravisseurs avaient une vidéo des deux otages canadiens et des deux autres personnes enlevées en même temps qu’eux, le ressortissant norvégien Kjartan Sekkingstad et sa petite amie philippine.

Cette vidéo de deux minutes où Hall, Ridsdel et Sekkingstad plaidaient pour leur libération avait été filmée en pleine jungle.

Abou Sayyaf avait au départ demandé une rançon colossale, plus de 26 millions $ CAD pour chaque otage, pour finalement exiger une somme plus réaliste mais néanmoins substantielle, soit 300 millions de pesos philippins (8,1 millions $ CAD) pour chaque étranger.

Dans un communiqué conjoint, l’armée et la police des Philippines ont assuré qu’elles faisaient leur maximum pour rescaper les captifs, sans toutefois fournir de détails sur l’intervention ordonnée par le président Benigno Aquino III. Les autorités locales ont indiqué qu’environ 400 membres d’Abou Sayyaf avaient participé aux enlèvements.

« Le gouvernement du Canada est déterminé à travailler avec le gouvernement des Philippines et des partenaires internationaux pour trouver les auteurs de ces actes haineux et les traduire en justice », s,est engagé le premier ministre canadien dans sa déclaration aujourd’hui.

« La nouvelle selon laquelle des terroristes du groupe Abu Sayyaf ont exécuté John Ridsdel est choquante et attristante » ,a pour sa part déclaré Rona Ambrose, la chef de l’opposition officielle et chef intérimaire du Parti conservateur du Canada. « Les Canadiens espéraient que tous les innocents civils pris en otage seraient libérés en toute sécurité. Nous continuons à espérer que cette situation va être réglée et que tous les otages vont retrouver leur famille, sains et saufs ».

La chef intérimaire conservatrice n’a pas manqué de rappeler également que la menace du terrorisme reste bien réelle », ajoutant que « Nous devons être aux côtés de nos alliés, solidaires contre le terrorisme, qui reste le plus grand défi auquel le monde fait face aujourd’hui ».

Le premier ministre, quant à lui, a terminé sa déclaration en assurant que « La première priorité du gouvernement du Canada est la sûreté et la sécurité de ses citoyens ».

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