Obama à Ryad sur fond de tensions avec un allié historique

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Le roi d'Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane (Archives/Saul Loeb./AFP)
Le roi d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane (Archives/Saul Loeb./AFP)

Le président américain Barack Obama retrouve mercredi le roi Salmane d’Arabie saoudite pour intensifier la lutte contre les djihadistes, explorer une issue diplomatique en Syrie et au Yémen, mais aussi tenter d’apaiser les tensions avec cet allié de longue date.

Attendu en milieu de journée à Ryad, capitale du riche royaume pétrolier, M. Obama aura un tête-à-tête avec le roi Salmane, âgé de 80 ans, avant de participer jeudi à un sommet avec les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Les décisions de l’administration Obama – du refus d’intervenir en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad aux négociations avec l’Iran, grand rival chiite – ont irrité les monarchies sunnites.

À ceux qui prédisent déjà une rencontre stérile se résumant à une simple photo de famille, la Maison Blanche rappelle la solidité d’une alliance de plus de 70 ans et s’emploie à minimiser la profondeur de la fracture.

« La relation a toujours été complexe (…) mais il existe un socle de coopération sur des intérêts communs, en particulier l’antiterrorisme », assure Ben Rhodes, proche conseiller de M. Obama.

Les monarchies attendent un renforcement de l’aide militaire américaine –le secrétaire à la Défense Ashton Carter est également à Ryad– mais aussi une aide concrète pour lutter contre les cyber-attaques déstabilisatrices.

« La principale inquiétude de l’Arabie saoudite est que l’Iran se mêle de ses affaires intérieures et travaille avec les dissidents au sein du pays pour affaiblir le gouvernement », souligne Lori Plotkin Boghardt du Washington Institute for Near East Policy.

Les monarchies sunnites espèrent aussi que le président américain, qui quittera le pouvoir début 2017, articulera un discours ferme vis-à-vis de Téhéran.

Dans un article publié mi-mars dans le magazine The Atlantic, il appelait ses « amis » saoudiens à rejeter l’approche consistant à dire que « l’Iran est la source de tous les problèmes ». La formulation est très mal passée à Ryad.

« Je pense que les Etats-Unis ont, depuis longtemps, des inquiétudes concernant la façon dont les Saoudiens se comportent dans la région. Et ce président les a exprimées de manière beaucoup plus directe que ses prédécesseurs », estime Frederic Wehrey du Carnegie Endowment for international peace.

Un autre sujet sensible, source de tensions récurrentes, a refait surface à l’approche de ce voyage présidentiel: le possible rôle de l’Arabie saoudite, ou de certains de ses responsables, dans les attentats du 11 septembre 2001 (15 des 19 pirates de l’air étaient Saoudiens).

Des élus républicains comme démocrates du Sénat ont rédigé un projet de loi qui permettrait de traduire ces derniers devant des tribunaux américains.

« Si l’Arabie saoudite est impliquée dans le terrorisme, bien sûr qu’ils devraient pouvoir être jugés », a estimé le sénateur démocrate Chuck Schumer.

À la veille de son départ, M. Obama est monté au créneau pour expliquer combien il était « opposé » à ce texte. « Si nous rendons possible le fait d’attaquer en justice d’autres pays, alors nous ouvrons la voie à ce que des individus d’autres pays lancent en permanence des actions en justice contre les Etats-Unis », a-t-il mis en garde.

L’exécutif américain espère que les discussions se concentreront d’abord sur la lutte contre le groupe Etat islamique, qui a subi de sérieux revers en Irak, et sur les moyens de mettre un terme aux conflits qui déchirent la région.

Mais en Syrie comme au Yémen, les timides efforts de paix ont montré leur extrême fragilité au cours des dernières 48 heures.

L’opposition syrienne vient de suspendre sa participation « formelle » aux négociations de paix de Genève, accusant le régime de Damas de « bombarder et d’affamer les civils » dans la région d’Alep (nord).

Le régime syrien a lui accusé l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, parrains de l’opposition, de vouloir faire échouer les pourparlers.

Dans une lettre ouverte à Barack Obama, Amnesty International lui a demandé de placer la question des droits de l’Homme au coeur des discussions, déplorant que les voix discordantes au sein des monarchies du Golfe soient systématiquement « étouffées » sous couvert de sécurité nationale.

« Faire taire ces voix – défenseurs des droits de l’Homme, militants, journalistes, figures de l’opposition – est devenu la routine au sein du CCG », déplore l’ONG.

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