Otages aux mains des terroristes philippins: Trudeau écarte définitivement le paiement d’une rançon

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Les Canadiens Robert Hall (gauche) et John Ridsdel ont été enlevés dans une station balnéaire du sud des Philippines en septembre 2015.(capture d'écran/You Tube)
Les Canadiens Robert Hall (gauche) et John Ridsdel ont été enlevés dans une station balnéaire du sud des Philippines en septembre 2015.(capture d’écran/You Tube)

Au lendemain de l’exécution par l’organisation extrémiste philippine Abou Sayyaf de l’otage canadien John Ridsdel, décapité par ses ravisseurs, Justin Trudeau a rappelé ce mardi 26 avril la politique canadienne de ne jamais verser de rançon à des terroristes, que ce soit directement ou indirectement.

Le premier ministre canadien, qui était interrogé par les journalistes à l’issue de deux jours de réunion de son cabinet à Kananaskis en Alberta, a expliqué que, non seulement les rançons constituent une importante source de financement pour les organisations terroristes, mais que céder au chantage des ravisseurs mettrait en péril la vie des millions de Canadiens qui habitent, travaillent ou voyagent à l’étranger.

Le premier ministre s’était entretenu auparavant avec David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni, à la suite du meurtre de John Ridsdel perpétré hier par des terroristes aux Philippines.

Les premiers ministres se sont entendus sur le principe de refuser de verser toute rançon dans des situations comme celle-ci, rapporte le bureau du premier ministre canadien qui rappelle que « le versement de rançons ne fait que perpétuer la violence à l’égard de nos citoyens ».

David Cameron et Justin Trudeau appuient donc tous deux l’objectif de promouvoir ce principe dans l’ensemble de la communauté internationale « et ont convenu de continuer de travailler ensemble à favoriser la sécurité de [leurs]citoyens partout dans le monde ».

Pourtant

Pourtant, l’ex-journaliste albertaine Amanda Linhout et le photographe australien Nigel Brennan, enlevés par de jeunes hommes armés près de Mogadiscio en Somalie en août 2008 en pleine guerre civile et détenus et torturés pendant 15 mois, n’avaient été libérés 15 mois plus tard que grâce aux efforts d’un négociateur privé et contre paiement d’une rançon.

Mais ce sont les familles qui avaient payé, politique que le gouvernement décourage. La famille d’Amanda Lindhout avait dû réhypothéquer sa maison, celle de Nigel Brennan organiser diverses collectes de fonds, en plus de convaincre deux mécènes australiens de verser de l’argent.

Le doute plane aussi sur la façon dont aurait été obtenue la libération du diplomate canadien Robert Fowler. Dans une lettre d’Al-Qaïda obtenue par l’Associated Press il y a trois ans et dont font état aujourd’hui les médias canadiens, on croit comprendre que le groupe djihadiste a obtenu 1 million $ pour la libération de Fowler au Niger en 2009. Plus haut diplomate des Nations unies en poste en Afrique, Robert Fowler et son collègue Louis Guay avaient été enlevés quatre mois auparavant.

Selon le quotidien torontois Globe and Mail, l’entente, négociée par plusieurs pays occidentaux par l’entremise d’intermédiaires africains, prévoyait, outre un échange de «prisonniers», le versement d,une rançon plusieurs millions de dollars.

Un câble diplomatique américain de février 2010 qui a fait l’objet d’une fuite et dont fait état ce mardi La Presse Canadienne laisse aussi croire que le Canada verse effectivement des rançons: l’ambassadeur américain d’alors au Mali y explique qu’ »il serait malvenu de blâmer des pays comme le Mali ou le Burkina Faso pour leur rôle dans les négociations, alors que les pays qui sont prêts à verser de telles rançons, comme l’Autriche et le Canada, ne sont pas ennuyés ».

Quoi qu’il en soit, s’il faut en croire la déclaration du premier ministre Trudeau aujourd’hui, la politique du Canada est de nouveau très claire: ne pas payer de rançon qui feraient des Canadiens des proies de choix pour les groupes terroristes en mal de financement.

Un commerce lucratif

Tous les pays, ou presque, se défendent bien de verser le moindre sou aux groupes terroristes, mais, en juillet 2014, le réputé quotidien américain New York Times publiait une enquête qui révélait que les rançons sont (sans jeu de mots) monnaie courante et qu’elles ont rapporté près de 125 millions de dollars à al-Qaida et ses groupes affiliés depuis 2008.

Selon le Times, la France est le principal payeur de rançons. Pour le seul groupe al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI),directement ou par l’intermédiaire d’entreprises ou de certains pays alliés, Paris aurait versé 58,1 millions de dollars U.S. depuis 2008 pour libérer ses ressortissants.

Après la France, vient la Suisse avec 12,4 millions de dollars, puis l’Espagne avec 10,1 millions de dollars. Le Qatar et Oman, deux pays du Golfe sont souvent utilisés comme intermédiaires par les Occidentaux, ont également payé des rançons à al-Qaida dans la péninsule arabique. Entre 2012 et 2013, ils ont versé 20,4 millions de dollars pour libérer deux Finlandais, un Australien et un Suisse.

Seuls quelques pays refusent véritablement de payer des rançons, dont les États-Unis et la Grande-Bretagne, bien que cette politique puisse évidemment coûter la vie de l’otage. Le seul espoir reste alors l’intervention de forces spéciales, ou l’évasion, pour échapper à l’exécution.

Même si choisir entre le paiement de la rançon ou la mort de l’otage est sans aucun doute un dilemme effroyable, cette stratégie des pays anglo-saxons semble efficace et avoir fait de leurs ressortissants américains des proies moins tentantes pour les groupes dont la motivation est tout autant, sinon davantage financière qu’idéologique. C’est ainsi que les États-Unis pouvaient affirmer en 2014 que, sur les 53 otages enlevés par al-Qaida les cinq années, précédentes, il n’y avait que trois Américains.

Quant au président philippin, Benigno Aquino il s’est engagé à lancer un assaut militaire pour «neutraliser» les islamistes d’Abou Sayaf.

Le groupe terroriste, anciennement proche d’Al-Qaîd, mais qui a prêté allégeance à l’EI en 2014, détient encore, après avoir ont décapité John Ridsel, retient encore captifs une vingtaine d’étrangers dont le canadien Robert Hall, enlevé en même temps que son malheureux compatriote.

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