Table ronde sur la politique de défense: le vice-amiral (ret) Donaldson épingle la «culture d’intolérance aux risques»

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Des spécialistes de la défense présentent jeudi 27 avril 2016 à Vancouver au ministre Sajjan leur vision des futurs rôles des FAC dans le cadre des consultations publiques visant à éclairer l’élaboration d’une nouvelle politique de défense pour le Canada. (MDN)
Des spécialistes de la défense présentent jeudi 27 avril 2016 à Vancouver au ministre Sajjan leur vision des futurs rôles des FAC dans le cadre des consultations publiques visant à éclairer l’élaboration d’une nouvelle politique de défense pour le Canada. (MDN)

Avant la première table ronde « informative » tenue mercredi avec des intervenants clés à Vancouver dans le cadre des consultations publiques lancées plus tôt ce mois-ci visant à éclairer l’élaboration d’une nouvelle politique de défense pour le Canada, le vice-amiral à la retraire Donaldson, ex vice-chef d’état-major de la Défense, a épinglé la culture d’intolérance aux risques des fonctionnaires et des hommes politiques.

La présidente de l’Association des industries canadiennes de défense et de sécurité, Christyn Cianfarani, a quant à elle réitéré les positions traditionnelles de son association.

Le 6 avril, le ministre de la Défense , Harjit Sajjan, avait annoncé le 6 avril le lancement de consultations publiques «dans le cadre d’un dialogue ouvert et transparent avec les Canadiens et d’autres intervenants clés» visant à éclairer l’élaboration d’une nouvelle politique de défense pour le Canada.

La table ronde de mercredi constituait la première d’une série de rencontres qui se tiendront à l’échelle du Canada jusqu’en juillet 2016. La prochaine table ronde sera menée par le ministre Sajjan à Toronto le 20 mai 2016. D’autres tables rondes pourraient notamment avoir lieu à Yellowknife, Edmonton, Montréal et Halifax.

Des spécialistes dans divers domaines, notamment la sécurité et la défense, les relations Asie-Pacifique, les droits de la personne, la technologie et la recherche universitaire, se sont donc réunis à Vancouver pour discuter des principaux défis liés à la sécurité du Canada, du rôle que doivent jouer les Forces armées canadiennes (FAC) pour contrer les menaces et relever les défis actuels, et des exigences sur le plan des ressources et des capacités pour réaliser le mandat des FAC.

Comme il fallait s’y attendre, dans ses observations écrites avant la réunion, la présidente de l’AICDS presse au nom de l’industrie canadienne de la défense les membres du Groupe consultatif ministériel sur l’Examen de la politique de défense du Canada de recommander que le Livre blanc sur la défense engage le gouvernement à établir, en collaboration avec l’industrie, une politique industrielle de défense qui stimulera l’achat de produits fabriqués au Canada, ce qui, fait-elle valoir « permettrait de renforcer la politique de défense du Canada et d’établir des liens entre les deux principales priorités du gouvernement, soit l’Examen de la politique de défense et le Programme d’innovation, assurant ainsi la prospérité des entreprises canadiennes ».

Quant au vice-amiral à la retraite Donaldson, s’il reconnaît qu’il est « souhaitable et utile d’examiner régulièrement le contexte et les priorités qui sous-tendent les investissements considérables que nous effectuons dans la défense et la sécurité de notre pays », il ajoute du même souffle qu’il ne croit pas « que les éléments fondamentaux de la défense et de la sécurité au Canada ont changé au cours des cent dernières années (en dépit d’examens périodiques), ni que la situation changera pendant les cinq prochaines décennies ».

Bruce Donaldson a aussi critiqué ce qu’il a appelé une culture d’intolérance aux risques qui a, selon lui, »infecté le niveau fédéral (sur le plan financier pour ce qui est des fonctionnaires et sur le plan politique dans le cas des ministres) », ce qui qui a mené le gouvernement à privilégier le recours à des processus supplémentaires, à une validation tierce du travail des agents responsables et à une série de retards dans l’atteinte des objectifs.

Selon l’ancien vice-chef d’état-major de la Défense, « Cela ne cadre pas avec le désir d’améliorer l’innovation et la compétitivité industrielle du Canada à l’échelle internationale et limite l’acquisition de la défense à une gamme de choix « militaires sur étagère ».

Il appelle donc le gouvernement à trancher sur cette question: »un choix clair en matière de politique doit être fait et appuyé par une affectation efficace des ressources et des procédures ».

Le vice-amiral à la retraite, dont on peut lire les observations sur portail en ligne du ministère consacré à l’examen de la politique de défense, a aussi mis en garde contre une trop grande « spécialisation » des Forces armées canadiennes qui pourrait avoir comme effet de nous retrouver coincés dans ces choix.

« La diversité des points de vue exprimés par les participants à la table ronde tenue […] à Vancouver m’a impressionnée. Il s’agit du genre de discussions franches et ouvertes entre experts compétents qui contribuera à l’élaboration d’une politique moderne de défense qui garantira que les Forces armées canadiennes sont équipées, entraînées et prêtes à défendre le Canada et l’Amérique du Nord et à participer à un vaste éventail d’opérations à l’échelle mondiale dans les années à venir. », a pour sa part déclaré le ministre de la Défense.

Et ça ne fait que commencer

Les parlementaires joueront aussi un rôle essentiel dans le processus. Les Comités du Sénat et de la Chambre des communes sur la défense nationale ont été invités à se pencher sur certains sujets présentant un intérêt particulier. Tous les députés et sénateurs ont été renseignés et sont encouragés à tenir des consultations communautaires dans leurs circonscriptions et régions.

L’avis d’alliés et de partenaires internationaux, notamment des États-Unis, sera également sollicité lors de réunions bilatérales et multilatérales.

Un groupe consultatif ministériel a aussi été créé. Au cours de la prochaine année, quatre éminents Canadiens spécialisés en défense, en sécurité, en affaires étrangères et en affaires juridiques soutiendront et conseilleront le ministre de la Défense nationale au cours du processus d’examen de la politique.

Il s’agit de la première consultation publique sur une politique canadienne de défense en plus de vingt ans et elle ne fait que commencer. Il semble toutefois pour l’instant qu’on y ait entendu que des « airs connus »…

160428 Consultation Defense by 45eNord

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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