Succession de Ban Ki-moon à l’ONU: huit candidats commencent à plaider leur cause

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Succession de Ban Ki-moon: huit candidats commencent à plaider leur cause. (AFP/Archives/NICHOLAS ROBERTS)
Succession de Ban Ki-moon: huit candidats commencent à plaider leur cause. (AFP/Archives/NICHOLAS ROBERTS)

Huit prétendants au poste de secrétaire général des Nations unies ont commencé mardi à comparaître devant l’Assemblée générale de l’ONU pour des entretiens d’embauche inédits, avec l’espoir de succéder à Ban Ki-moon en janvier 2017.

C’est le ministre des Affaires étrangères du Monténégro Igor Luksic, le plus jeune des candidats à 39 ans, qui a planché en premier, se présentant comme le représentant d’un « pays petit mais fier, à l’histoire tumultueuse ».

Visiblement nerveux, il a alterné en anglais et français des propos convenus sur les défis actuels (terrorisme, réfugiés, désarmement, droits de l’homme, etc…), avant de remercier les diplomates présents dans toutes les langues de travail de l’ONU.

La France insiste pour que le patron de l’ONU parle peu ou prou la langue de Molière.

Auparavant, le président de l’Assemblée Mogens Lykketoft avait rappelé qu’il s’agissait du premier exercice du genre dans l’histoire de l’ONU.

Il avait dressé un portrait-robot du candidat idéal: « indépendance, personnalité forte, autorité morale, grands talents politiques et diplomatiques », capacités de gestion.

Il lui avait fixé comme priorités la lutte contre le changement climatique, la promotion de la paix, y compris en « faisant pression sur les grandes puissances », ou encore une « réforme » de l’ONU.

Ban Ki-moon quitte ses fonctions à la fin de l’année après deux mandats de cinq ans.

Pour l’instant quatre hommes et quatre femmes sont sur les rangs mais aucun ne fait l’unanimité.

Parmi les favoris figurent la directrice de l’Unesco, la Bulgare Irina Bokova, l’ex-Première ministre de Nouvelle-Zélande Helen Clark, qui dirige le Programme des Nations unies pour le développement, et l’ancien Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés, le Portugais Antonio Guterres.

L’ex-président slovène Danilo Türk et quatre chefs de la diplomatie de pays des Balkans, anciens ou en poste — Vesna Pusic (Croatie), Natalia Gherman (Moldavie), Srgjan Kerim (Macédoine) et Igor Luksic (Monténégro) — complètent la liste.

Les auditions s’étaleront sur trois jours successifs. Chaque candidat aura deux heures pour plaider sa cause et répondre aux questions, d’abord des diplomates puis de la société civile, par vidéo. Celle-ci a proposé près d’un millier de questions venues de 70 pays, condensées finalement en une trentaine.

Tractations à huis-clos

Depuis 70 ans, la sélection du patron de l’ONU fait l’objet de tractations à huis clos entre 15 pays membres du Conseil de sécurité, et en premier lieu les cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Royaume-uni, Chine, France).

Cette fois-ci, l’Assemblée a imposé un processus plus transparent, comme pour un cadre supérieur: lettre de candidature, CV et profession de foi et enfin grand oral devant des diplomates des 193 pays membres.

Mais le dernier mot reviendra aux cinq Grands. A partir de juillet, ceux-ci se réuniront pour une série de votes à bulletins secrets, avant de soumettre un nom à l’Assemblée qui devrait entériner leur choix en septembre.

Pour Mogens Lykkedoft, ces auditions peuvent cependant « changer la donne » en influençant le vote du Conseil.

Il s’agit surtout de faire un premier tri, explique Matthew Rycroft, l’ambassadeur britannique à l’ONU, en éliminant « les candidats (qui) n’ont pas une vision convaincante, ne communiquent pas de manière efficace ou ne démontrent pas des qualités de dirigeant ».

« On peut avoir des surprises », estime un autre diplomate du Conseil: un candidat qui ne partait pas favori peut se révéler ou un autre s’effondrer.

La tradition voudrait que le prochain diplomate en chef vienne d’un pays d’Europe de l’est, seule zone géographique à ne pas avoir encore été représentée à ce poste, d’où l’abondance de candidats de cette région. La Russie y tient mais ce n’est pas une obligation.

De même l’idée a fait son chemin qu’une femme devrait enfin prendre le poste, où se sont pour l’instant succédé huit hommes.

Mais tout dépendra des marchandages entre les cinq grandes puissances et d’autres candidats devraient émerger dans les semaines et les mois à venir.

Les noms de la Commissaire européenne Kristalina Georgieva, une Bulgare, et de la ministre argentine des Affaires étrangères Susana Malcorra, ex-chef de cabinet de Ban Ki-moon, sont évoqués.

Peu enthousiastes devant les huit candidats jusqu’ici déclarés, certains diplomates se prennent à rêver d’une personnalité de grande envergure, « à la Merkel », en référence à la chancelière allemande.

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