Tchad: disparition de militaires et policiers après la présidentielle

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Des soldats tchadiens dans un véhicule militaire patrouillent à Malam Fatori dans le nord du Nigeria, le 25 mai 2015 (Archives/Issouf Sanogo/AFP)
Des soldats tchadiens dans un véhicule militaire patrouillent à Malam Fatori dans le nord du Nigeria, le 25 mai 2015 (Archives/Issouf Sanogo/AFP)

Amnesty International s’est alarmée jeudi de la disparition d’une vingtaine de militaires et policiers au Tchad à la suite de la présidentielle du 10 avril et demande aux autorités l’ouverture d’une enquête indépendante.

« Selon certains médias, plus de 40 membres des forces de défense et de sécurité seraient portés disparus depuis le 9 avril », les militaires ayant voté un jour avant les autres électeurs pour ce scrutin qui a vu la réélection sans surprise pour un 5e mandat d’Idriss Deby Itno, au pouvoir depuis 26 ans.

Amnesty International et la Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH) « sont en mesure de confirmer plus de vingt cas de disparitions présumées », selon un communiqué commun des deux ONG.

« Les autorités tchadiennes doivent faire la lumière » et « ouvrir une enquête indépendante sur les mauvais traitements subis par d’autres qui n’auraient pas voté pour le parti au pouvoir », poursuit le texte.

Les autorités ont affirmé que les personnes concernées avaient été déployées en mission commandée et, le 21 avril, quatre des présumés disparus ont été présentées à la télévision nationale. « Mais, notent Amnesty et la LTDH, aucune information sur leur localisation n’a été communiquée à leurs familles qui n’ont plus leurs contacts et qui ignorent leur date de retour ».

Dans au moins deux bureaux de vote, des responsables militaires ont contraint des éléments des forces de défense et de sécurité à publiquement voter pour le parti au pouvoir.

« Ceux qui ne se sont pas soumis à ces injonctions ont été soit bastonnés publiquement, soit placés en détention dans une cellule durant plusieurs heures », poursuit le communiqué.

Un policier a raconté à Amnesty International que « deux personnes étaient à l’entrée de l’isoloir. Dès que j’ai pris le bulletin de vote, elles m’ont demandé de cocher en faveur du président. J’ai résisté et on m’a pris. Je n’ai pas eu le temps de voter. Ils ont pris mon bulletin de vote et ma carte d’électeur ».

« Le commandant a donné une gifle à une policière devant tout le monde parce qu’elle a voté pour un opposant devant eux », a-t-il ajouté.

« Plus de 20 familles sont toujours sans nouvelles de leurs parents, maris, pères, frères et fils, militaires et policiers. Elles ne cessent de faire le pied de grue dans nos locaux à la recherche d’informations », affirme Me Midaye Guerimdaye, président de la LTDH.

D’autres disparitions, de civils cette fois, ont été signalées depuis Lla réélection du président Deby. Notamment celle d’un opposant, Mahamat Ahmat Lazina, président national du Mouvement national pour le changement au Tchad (MNCT), porté disparu depuis le 19 avril 2016.

Un candidat à la présidentielle, Laokein Kourayo Medard, arrivé 3e, a dénoncé mercredi auprès de l’AFP plusieurs arrestations et des actes de torture visant son entourage.

La présidentielle tchadienne s’est déroulée dans un climat tendu en raison de la répression de marches pacifiques que voulait organiser la société civile. L’opposition a ensuite accusé le pouvoir, en place depuis 26 ans, de « hold-up électoral ».

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