Un bijou de famille

0
150421-plein-feux-familles_1000
La famille, un soutien de poids dans une épreuve difficile.

Yes! Une représentation politique des familles commence à se dessiner!

Le ministère des Anciens Combattants est à finaliser la création d’un « Family Advisory Committee » (comité aviseur représentant les familles) qui se rencontrera annuellement à 2 ou 3 reprises avec des compléments par vidéoconférence, au besoin. J’ai l’honneur et le privilège d’être invitée à y siéger.

J’ai apprécié la franchise du ministre Hehr lorsqu’en janvier dernier, il m’a informée que les « caregivers » ne figureraient pas sur la liste de ses priorités budgétaires de mars. J’ai même été soulagée de l’apprendre car en matière de familles et de caregivers, chez ACC, tout est pratiquement à construire. À chacune de mes rencontres, si l’intérêt est sincère et le désir de mieux comprendre est présent, je réalise tout ce qui n’est pas encore « compris » des enjeux et des défis tels qui sont vécus derrière les portes closes de nos forteresses.

Avant de prendre des décisions remplies de non-sens pour bien paraître, endormir le monde et faire semblant d’aimer, il est grand temps que les familles soient non seulement entendues mais qu’elles aient une voix politique afin d’indiquer au ministre les sacrifices qu’elles sont prêtes à faire entre elles. À ce jour, dans la cause que je défends, j’estime que le ministère fait preuve de bonne volonté et est cohérent avec, du moins, nos échanges.

Fait peu surprenant, il ne connaît pas combien de personnes au Canada se qualifient comme « caregivers » auprès d’un vétéran blessé. Quand j’ai posé la question, la réponse fût honnête : « On ne le sait pas mais j’aurais tendance à dire que si ACC a (environ) 200 000 clients, je dirais 200 000 caregivers ». Si je commence à comprendre le langage politique, c’est aussi dire « ça coûterait trop cher de le savoir ».

Money is everything.

Il est trop tôt pour qualifier le comité de « victoire » mais il s’avère être un pas dans la bonne direction: si l’écoute et la volonté politique sont au rendez-vous, il constituera une opportunité présentant un potentiel intéressant, même à coups de 2-3 rencontres annuelles. Un potentiel qui devrait permettre de voir naître de vraies « victoires » ressenties à l’intérieur d’une forteresse. Sinon, elles ne resteront que des « victoires politiques » superficielles qui entretiennent une triste stagnation d’idées, de politicailleries, d’amour-propre et d’égo, de principes et de belles paroles qui ne mènent à rien.

J’avoue qu’une petite annonce facile-facile aurait été appréciée comme par exemple, la rectification de la question de l’accompagnement d’un vétéran blessé qui peut rembourser des frais d’accompagnement jusqu’à concurrence de 110$ par jour à n’importe qui… SAUF pour les membres de sa famille, soit essentiellement les personnes dont il est le plus susceptible d’avoir besoin.

Dans ce cas précis, en reconnaissant la personne qui accompagne un vétéran, tout le monde y gagnerait et on contribuerait indirectement à réduire une source de tension qui s’accumule à tout le reste.

1) D’abord, c’est donner à un vétéran blessé le droit de choisir qui l’accompagne SANS lui demander de pénaliser les membres de sa propre famille et de vivre le stress des situations qui en découle. La dignité passe aussi par celui qui souffre.

2) C’est minimalement aider à aider sans être complètement pénalisé au détour. Quand un chèque de paye est amputé en raison du taux d’absentéisme, c’est une sphère de la vie qui est touchée: de l’épicerie, à l’essence, au compte d’Hydro… jusqu’aux bottes de pluies du p’tit dernier qui devront attendre 2 semaines de plus.

3) Quand on permet à un « caregiver » de faire son « travail » (accompagner pour se rendre au rendez-vous et attendre dans la salle d’attente ou rencontrer le spécialiste afin d’être « la voix » du vétéran qui a besoin d’aide pour expliquer une situation, etc..), c’est le vétéran qui est plus susceptible d’être mieux guidé, compris, aidé..ce n’est pas ce que l’on veut?

Vous rendez-vous compte qu’en 2016, je suis obligée d’écrire un blogue pour justifier pourquoi, à titre de l’épouse, on devrait me reconnaître le même statut qu’un voisin quand vient le temps de faire partie intégrante du processus de guérison de mon mari ? Que ma présence constitue un investissement… plus que celle du voisin qu’on est prêt à dédommager.

La décision n’est pas difficile à prendre: le problème, c’est son coût.

La vraie victoire arrime le mâche-patate et l’action cohérente, pertinente et significative pour ceux à qui elle est supposée être destinée: elle est applaudie collectivement, autant sur la chaise de la Chambre des Communes qu’à l’intérieur de nos forteresses.

En mars 2015, le ministre O’Toole par le biais de beaux discours remplis de belle considération et d’amour nous vantaient la contribution et l’importance des familles tout en admettant que, ben non, ce n’est pas toujours facile. «Vous êtes importants. Vous faites des sacrifices. On vous aime tellement»

La solution-miracle née directement de la lâcheté dont a fait preuve son prédécesseur – et tout son monde – face à une épouse devant les caméras de télévision? Le «Caregiver Relief Benefit»:

«Montant forfaitaire non imposable (7.238$) accordé aux vétérans admissibles. Cette allocation permet de s’assurer que les vétérans continuent d’avoir le soutien dont ils ont besoin lorsque leurs aidants familiaux doivent s’absenter temporairement. Elle accorde aux aidants naturels un répit pour prendre une pause et se ressourcer, tout en s’assurant que les vétérans continuent à recevoir le soutien dont ils ont besoin»

Présentée ainsi, la mesure paraît invitante et adaptée. Mais dans son application pratique, je n’ai toujours pas trouvé les mots pour expliquer le ridicule de cette mesure même si politiquement parlant, elle a permis de (re)faire des pas car la Nouvelle Charte des Anciens Combattants a certainement permis de faire des économies massives sur le dos des familles depuis 2006.

La reconnaissance de la fatigue des «caregivers» (i.e. par l’accumulation des besoins en matière de support, d’éducation et de reconnaissance qui ne sont pas comblés en partant) constitue le gain «politique» de la mesure. Et en quelque sorte, en donnant de l’argent à un vétéran pour qu’il s’assure des services, c’est aussi indirectement reconnaître une certaine valeur financière aux caregivers… par la bande.

On part de loin.

On affirme vouloir répondre à la fatigue du caregiver mais nul part, dans le processus, cette personne est concernée ou consultée: la personne première qu’on veut aider, c’est d’abord le vétéran blessé lui-même. C’est à lui de dire «ma femme est fatiguée à cause de mon état»; c’est pour lui que l’argent est destiné et est remis.

Ainsi, le «Caregiver Relief Benefit»:

* Est disponible à 75 vétérans annuellement pendant 5 ans (donc, un total de 350 d’un bout à l’autre du pays… au bout de 5 ans… sur un bassin annuel de 200 000 clients d’ACC! );

* Aux «plus sérieusement blessés ou malades». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ça dépend de l’humeur du jour de la personne qui prend la décision et si elle a envie de brailler en lisant la réponse à la question: «Décrivez-nous en quoi cette personne vous aide quotidiennement».

Et à 75 vétérans par année (au Canada!), je pense qu’on s’entend pour affirmer que cette mesure est la preuve ultime que l’on ne croit toujours pas le SPT et les blessures d’ordre psychologiques invalidantes… sinon, on aurait ouvert la machine, non?

Surtout, c’est limiter l’aide à 75 familles canadiennes annuellement. Mars 2015 restera gravé dans ma mémoire pour avoir vu le Canada se faire jeter de la poudre aux yeux. On dépensera 2.533.500$ sur 5 ans juste pour avoir essayé de se sauver la face politique, sans jamais savoir qui nous sommes, ce que nous sommes et surtout, combien nous sommes.

Et surtout, en choisissant de consulter les amis qui sont directeurs de ci et ça avec qui on aime bien jaser au cours des soirées où on finit par se croiser souvent. Dans la cause, je les ai vus, de ces amis qui ont été favorisés. Mais personne de ces hautes sphères de la compréhension politique avec laquelle ils gagnent leur chèque de paye, n’a pris la peine de nous écouter nous, le p’tit peuple qui porte la souffrance à bout de bras et qui sommes assez intelligents pour articuler et exprimer ce qui ferait du sens. Et une différence.

Tsssss.

Je réitère l’importance capitale de comprendre la nature des besoins pour mettre en place des mesures efficaces.

Un politicien a tenté de me convaincre de sa pertinence en m’expliquant que cet argent pouvait servir, par exemple, à faire venir nos enfants de Vancouver par avion pour venir rester auprès de leur père pendant que je vais visiter ma famille -toujours dans le but de me reposer-.

Donc, afin de me permettre de «me ressourcer» de ma vie 24h/24 depuis 8 ans avec un vétéran blessé par un SPT, vous êtes en train de me dire que je devrais virer complètement zen à l’idée de laisser papa (qui souffre déjà d’anxiété déjà dans le tapis à l’idée que je parte sans lui) seul avec les enfants descendus spécifiquement de Vancouver (et que je ne vois certainement pas aussi souvent que je voudrais, à titre de mère…) tandis que je vais aller visiter ma tante Aline pour 3-4 jours?

Excuse-me? C’est beau l’amour familial mais ce n’est pas de même que ça marche. Quelle belle compréhension bureaucratique tordue de la réalité !

Une blessure d’ordre psychologique amène de la détresse, de la colère, des réactions parfois «excessives» ou mal interprétées. et disons-le, il est fréquent que les relations avec les enfants ne soient pas aussi faciles qu’on le voudrait. Non, ne me demandez pas d’imposer à nos enfants, adultes, de venir «garder» leur père. Et surtout, ne me demandez pas de faire sentir mon homme encore plus bas qu’il ne l’est déjà. Moi aussi, je suis impactée après toutes ces années et de sous-estimer l’intensité de ce qui nous relit (dans le beau comme dans le moins beau) constitue une erreur fondamentale.

Accepter un étranger dans la maison «en remplacement» ne fait absolument aucun sens, ni pour lui, ni pour moi. Voyons donc! Dans sa forme, c’est comme si vous lui rappeliez qu’il est de trop… qu’il est «trop pour moi»… et vous vous attendez à ce que la seule personne significative dans sa vie accepte de l’abandonner à un étranger qui est plus susceptible de lui faire du mal que de l’aider. Lui imposer un étranger, c’est d’abord et avant tout l’exposer à un élément déclencheur et c’est faire de lui une bombe à retardement.

Que tous les blessés par un SPT qui accueilleraient chez-eux un intervenant étranger 24h/24 pour faire le souper et tenir compagnie pour 3-4 jours consécutifs lèvent la main!

Pour plusieurs, un chien de service serait bien plus sensé…

Sans compter que dans l’équation bureaucratique, ce n’est pas «la fatigue du caregiver» qui est considérée mais bien la condition d’un vétéran qui justifie l’accès à la mesure. Le vrai soulagement ? Il vient du cash. 7.238$ qui débarque dans un compte de banque permet d’éliminer une couple de dettes, de se payer le petit luxe qui fait du bien, de changer le comptoir de cuisine pour obtenir un meilleur prix de vente pour la maison.

Elle paraît bien mais dans les faits, elle s’avère être un petit pansement sur un gros bobo qui masque l’état réel des besoins non seulement des familles mais aussi des vétérans. Par le biais de la création du comité aviseur, il y a enfin une opportunité de bien faire les choses en ciblant les bonnes priorités, dans les bonnes étapes, afin de faire avancer les dossiers d’une façon significative et cohérente pour tout le monde.

La famille vaut de l’or… émotionnel et politique.

Minister Hehr, so far, so good.

Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d'Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l'Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

Les commentaires sont fermés.