Yémen: combats sporadiques avant un cessez-le-feu dimanche à minuit

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Un homme des forces de sécurité loyalistes à un checkpoint à Mansoura au Yémen, le 9 avril 2016. (AFP/SALEH AL-OBEIDI)
Un homme des forces de sécurité loyalistes à un checkpoint à Mansoura au Yémen, le 9 avril 2016. (AFP/SALEH AL-OBEIDI)

Des affrontements ponctuels ont opposé dimanche forces loyalistes et rebelles chiites au Yémen, à quelques heures d’une trêve à l’initiative de l’ONU qui veut organiser des pourparlers à partir du 18 avril pour mettre fin à une guerre meurtrière.
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Mise à jour au 10/04/2016 à 19h08

Les rebelles chiites Houthis et leurs alliés, les militaires restés fidèles à l’ancien président yéménite Ali Abdallah Saleh, ont annoncé eux aussi leur engagement à respecter le cessez-le-feu parrainé par l’ONU et entré en vigueur dimanche à minuit (21H00 GMT).

Les deux parties, citées par un communiqué publié par l’agence de presse Saba, ont assuré avoir remis à l’ONU une lettre portant leur engagement « à cesser les opérations militaires terrestres, maritimes et aériennes » sur l’ensemble du Yémen. Elles ont, en outre, indiqué avoir communiqué à l’organisation internationale les noms de leurs représentants au sein de commissions locales chargées de consolider le cessez-le-feu.

à 19h05

Le cessez-le-feu parrainé par l’ONU dans le conflit qui ensanglante le Yémen depuis plus d’un an est entré en vigueur dimanche à minuit (21H00 GMT), a annoncé le chef d’état-major de l’armée loyaliste, le général Mohamed Ali al-Makdashi.

« Le cessez-le-feu est entré en vigueur et nous allons le respecter en application des directives de notre direction politique légitime à moins que les rebelles (chiites) Houthis le violent », a déclaré le haut gradé à la presse. « Les Houthis ne respectent pas traditionnellement les trêves mais nous espérons qu’ils vont le faire cette fois-ci », a-t-il dit à propos des rebelles qui contrôlent la capitale Sanaa et une bonne partie du nord et de l’ouest du Yémen.

à 15h05

La coalition arabe menée par Ryad, qui combat depuis plus d’un an les rebelles chiites au Yémen, a annoncé dimanche qu’elle allait respecter le cessez-le-feu prévu à partir de 21H00 GMT, à la demande du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi.

« La coalition arabe (conduite par l’Arabie saoudite) va respecter un cessez-le-feu au Yémen à partir de minuit (heures locales, ndlr) à la demande du président Hadi mais se réserve le droit de riposter » à toute attaque des rebelles, a-t-elle indiqué dans un communiqué publié à Ryad.

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Le Yémen, pays pauvre de la Péninsule arabique, est en proie au chaos depuis la montée en puissance des Houthis, des rebelles issus de l’importante minorité chiite zaïdite, concentrée essentiellement dans le nord du Yémen.

Les Houthis, alliés à des unités de l’armée restées fidèles à l’ancien président Ali Abdallah Saleh, ont fait leur entrée dans la capitale Sanaa en septembre 2014. Six mois plus tard l’Arabie saoudite voisine intervenait à la tête d’une coalition militaire arabe pour soutenir le président Abd Rabbo Mansour Hadi face au camp rebelle accusé de liens avec l’Iran.

Après l’échec de plusieurs trêves en 2015, un nouveau cessez-le-feu doit entrer en vigueur dimanche à 21H00 GMT.

En attendant, des combats sporadiques ont eu lieu autour de Sarwah, ville de la province de Marib, à l’est de Sanaa, ainsi que dans la région de Nahm, au nord-est de la capitale, a rapporté un correspondant de l’AFP.

La coalition arabe a lancé un raid aérien contre les rebelles près de Sarwah pour les empêcher de s’emparer d’une importante base militaire reprise fin 2015 par les forces progouvernementales, selon des sources militaires.

Plus au nord, la coalition a mené cinq raids sur la province de Jawf, selon les Houthis.

Mais les combats semblent avoir baissé d’intensité à quelques heures du cessez-le-feu, selon des sources concordantes.

Dans la capitale, contrôlée par les rebelles, la situation était calme. La population a passé la nuit sans le bruit des avions de la coalition qui avaient multiplié ces dernières semaines les raids et les survols de la ville, selon un photographe de l’AFP.

Le médiateur de l’ONU pour le Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, a annoncé le 23 mars « une cessation des hostilités dans tout le pays à partir du 10 avril à minuit, avant une nouvelle session de négociations de paix le 18 avril au Koweït ».

Les parties en conflit ont indiqué cette semaine avoir remis au médiateur onusien leurs remarques sur les termes du cessez-le-feu, qui servira de test avant les négociations de paix prévues au Koweït.

Yéménites sceptiques

« Nous irons à ces consultations pour faire la paix », a répété samedi le président Hadi en réunissant son équipe de négociateurs.

Mais il a ajouté qu’il revenait aux Houthis de « remplir les engagements prévus par la résolution 2216 » du Conseil de sécurité de l’ONU, qui les somme de se retirer des villes et des régions conquises par la force et de restituer les armes prises à l’Etat.

Cette nouvelle trêve a plus de chances de tenir que les précédentes, estiment des experts. Houthis et Saoudiens ont échangé en mars des prisonniers à la faveur de pourparlers inédits sur une trêve humanitaire à la frontière.

« Pour la première fois, les groupes qui peuvent mettre fin aux opérations militaires majeures, en particulier les Saoudiens et les Houthis, semblent être plus disposés à le faire », note April Longley Alley, spécialiste du Yémen à l’International Crisis Group (ICG).

« Le chemin de la paix au Yémen sera long et difficile », ajoute-t-elle cependant.

Mais de nombreux Yéménites, déçus par les précédentes échecs, restent sceptiques sur les chances d’une véritable cessation des hostilités.

« Je ne m’attends pas à la réussite de la trêve. Les Houthis n’ont jamais honoré leurs engagements durant les guerres contre l’Etat depuis 2004 », a déclaré à l’AFP Zayed al-Qaïssi, habitant de Marib.

« Même le gouvernement (de M. Hadi) ne peut nous obliger à respecter un cessez-le-feu tant que nous n’aurons pas reconquis nos territoires » aux mains des rebelles, affirme Zayed, armé d’un fusil d’assaut Kalashnikov à l’instar de la plupart des hommes des tribus au Yémen.

A Sanaa, on doute de la sincérité des Saoudiens. « L’Arabie saoudite ne fait que tergiverser, par ses tromperies. Nous devons rester en alerte », affirme Ali Mohsen, un fonctionnaire de 50 ans.

Oum Mohamed, une mère de famille de Sanaa, ne croit pas non plus à cette « duperie » et dit vouloir « un arrêt réel de la guerre », qui selon l’ONU a fait depuis mars 2015 quelque 6.300 morts, des civils pour la moitié, et 30.000 blessés.

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