Les violations de la trêve au Yémen se multiplient, les dirigeants minimisent

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Combats dans la ville de Taëz au Yémen, le 12 mars 2016. (AFP/AHMAD AL-BASHA)
Combats dans la ville de Taëz au Yémen, le 12 mars 2016. (AFP/AHMAD AL-BASHA)

Le Yémen a été le théâtre de nouveaux combats et de raids aériens lundi, au premier jour d’un cessez-le-feu agréé par les belligérants qui ont minimisé ces violations, alors que l’ONU veut profiter de la trêve pour accélérer un règlement politique.

Le conflit au Yémen, qui dure depuis plus d’un an, a déstabilisé la région avec en toile de fond la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran d’une part et une activité croissante de groupes jihadistes de l’autre.

Appliqué depuis minuit (21H00 GMT), le cessez-le-feu est globalement respecté, malgré des violations « commises par les rebelles chiites », a assuré lundi à l’AFP le général Mohamed Ali al-Makdashi, chef d’état-major des forces loyales au président Abd Rabb Mansour Hadi, soutenu par une coalition arabo-sunnite.

Ces violations sont « mineures », a dit le porte-parole de la coalition sous commandement saoudien, le général Ahmed Assiri. « C’est le premier jour et nous devons faire preuve de patience. Cela ira mieux de jour en jour », a-t-il déclaré à l’AFP.

Les rebelles Houthis, tout comme les forces gouvernementales et la coalition menée par Ryad, ont annoncé clairement qu’ils acceptaient le cessez-le-feu et s’engageaient à le respecter.

Cependant, selon les rebelles cités par leur agence, il y a eu 33 violations de la trêve avec au moins un raid aérien de la coalition dans la région de Taëz (sud-ouest) et des opérations loyalistes au sol à Karish (sud), Nahm (nord-ouest) et Marib (centre).

A Taëz, ville en partie assiégée par les Houthis, les loyalistes ont quant à eux fait état de 25 violations de la trêve et d’un civil tué lors d’un bombardement rebelle, mais ils ont assuré que leur riposte se limitait « à l’autodéfense ».

En revanche, la capitale yéménite Sanaa, aux mains des Houthis pro-iraniens, a été épargnée depuis dimanche par la coalition, selon un photographe de l’AFP.

Lors d’un entretien avec le médiateur de l’ONU à Ryad, le Premier ministre yéménite Ahmed ben Dagher a minimisé les violations, affirmant que la trêve « semble bonne ».

« Nous voulons une paix durable » au Yémen où « les armes seront exclusivement aux mains de l’Etat », a-t-il dit.

L’annonce de la cessation des combats intervient alors que la communauté internationale s’inquiète du coût humain d’un conflit ayant fait 6.300 morts en un an, pour moitié des civils, et 30.000 blessés, tandis que 2,4 millions de Yéménites ont été déplacés et 80% de la population a besoin d’une assistance humanitaire, selon l’ONU.

Le Yémen est en proie au chaos depuis la montée en puissance des Houthis, des rebelles issus de l’importante minorité chiite zaïdite, concentrée essentiellement dans le nord du Yémen.

Alliés à des unités de l’armée restées fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh, ils ont fait leur entrée dans la capitale Sanaa en septembre 2014. Six mois plus tard, l’Arabie saoudite voisine intervenait à la tête d’une coalition militaire arabe pour soutenir le président Hadi face au camp rebelle accusé de liens avec l’Iran.

Le médiateur de l’ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed a qualifié la trêve « d’essentielle, d’urgente et d’indispensable » car « le Yémen ne peut pas se permettre de perdre davantage de vies ».

L’ONU s’apprête à organiser le 18 avril à Koweït de nouveaux pourparlers de paix entre le gouvernement et l’alliance Houthis-Saleh.

« Il reste encore beaucoup de travail pour garantir le plein respect de la cessation des hostilités et la reprise des discussions de paix au Koweït », a-t-il reconnu. Il faudra pour cela « des compromis difficiles de la part de toutes les parties, du courage et de la détermination ».

L’ONU prévoit de négocier un accord de partage du pouvoir au Yémen.

Mais le président Hadi insiste sur la mise en application de la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui somme les Houthis de se retirer des zones conquises et de restituer les armes lourdes pillées à l’armée.

La nouvelle trêve fait suite à trois autres cessez-le-feu en 2015 qui ont rapidement volé en éclats. Des experts estiment toutefois qu’elle a plus de chances de tenir cette fois, l’ONU ayant bien préparé le terrain et ayant prévu des commissions mixtes pour la faire appliquer.

« Nous avons peur, nous voulons un arrêt total de la guerre, car nous redoutons la reprise des raids aériens à tout moment », a déclaré une étudiante de Sanaa, Lama al-Wajih, résumant un sentiment largement répandu parmi la population de la capitale.

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