Afghanistan: les talibans exécutent au moins 16 passagers d’autocars

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Un membre de la police nationale afghane s'entraîne dans le camp américain Leatherneck, le 19 juin 2012, dans la province du Helmand, un bastion des talibans dans le sud de l'Afghanistan (Archives/Adek Berry/AFP)
Un membre de la police nationale afghane s’entraîne dans le camp américain Leatherneck, le 19 juin 2012, dans la province du Helmand, un bastion des talibans dans le sud de l’Afghanistan (Archives/Adek Berry/AFP)

Les talibans ont pris en otage mardi des dizaines de passagers d’autocars et en ont exécuté au moins 16, soupçonnés de travailler pour le gouvernement afghan, montrant qu’ils comptent poursuivre le combat une semaine après la désignation de leur nouveau chef.

Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière depuis la nomination la semaine dernière du mollah Haibatullah Akhundzada, un érudit religieux peu versé dans la stratégie militaire, qui a succédé au mollah Mansour, tué par un drone américain au Pakistan.

D’après les autorités locales, lors de l’épisode survenu mardi dans la province septentrionale de Kunduz, les insurgés s’en sont pris aux passagers qu’ils soupçonnent de travailler pour le gouvernement afghan, illustrant leur détermination à continuer de combattre ce gouvernement.

Les talibans ont arrêté « trois ou quatre autocars et ont fait descendre les passagers. Ils ont ensuite vérifié leurs identités », selon Shir Aziz Kamawal, un commandant de la police locale.

« Ils ont exécuté 17 personnes. Ils ont relâché certains passagers mais en retiennent encore d’autres en otage », a-t-il précisé.

Le porte-parole du gouverneur de la province de Kunduz, Sayed Mahmoud Danish, a quant à lui évoqué un bilan de 16 passagers exécutés par les insurgés. « Ils en retiennent toujours 30 autres », a-t-il précisé.

Les talibans ne se sont pas encore exprimés. Mais selon des habitants contactés par l’AFP, les insurgés ont mis en place un « tribunal islamique » dans une mosquée locale pour vérifier si les personnes qu’ils retiennent sont liées d’une manière ou d’une autre aux autorités de Kaboul.

Les talibans arrêtent fréquemment la circulation dans les zones où ils sont en position de force pour contrôler les papiers d’identité des passagers et conducteurs. Ils exécutent ou retiennent en otage ceux dont ils pensent qu’ils travaillent pour le gouvernement.

« Aucun passager ne portait l’uniforme de la police, mais certains ont pu être dans les forces de l’ordre par le passé », a encore expliqué Shir Aziz Kamawal.

1,2 million d’Afghans déplacés

Si les talibans assurent ne s’en prendre qu’aux fonctionnaires du gouvernement « d’apostats » de Kaboul et aux forces de sécurité, « larbins » selon eux des troupes étrangères, les civils sont les premières victimes du conflit.

Dans un rapport publié mardi, Amnesty international explique que le nombre d’Afghans ayant quitté leur foyer pour se réfugier ailleurs dans le pays à cause des violences a plus que doublé en trois ans. Il est passé de 486.300 en 2012 à 1,17 million de personnes l’an dernier.

La région de Kunduz est particulièrement touchée par cette vague de déplacements. A l’automne dernier, les talibans étaient parvenus à s’emparer du chef-lieu éponyme pendant quelques jours avant d’être repoussés. D’après Amnesty international, les féroces combats qui ont alors fait rage pendant plusieurs jours dans le centre de Kunduz ont poussé « 13.000 familles à quitter la ville ».

Depuis, les talibans ont multiplié les offensives militaires dans tout le pays, et non plus seulement dans leurs fiefs du Sud et de l’Est de l’Afghanistan. Les efforts déployés pour les ramener à la table des négociations n’ont donné aucun résultat.

Les observateurs s’attendent d’ailleurs à ce que leur nouveau chef fasse sienne la ligne de son prédécesseur et refuse toute relance du dialogue.

Dans la province méridionale du Helmand, berceau de leur insurrection, les talibans sont ainsi montés d’un cran dans leur offensive depuis l’intronisation du mollah Haibatullah.

Lundi, ils se sont emparés par la force de plusieurs barrages de police de cette région d’où provient la majeure partie de l’opium cultivé en Afghanistan. Mais « nous avons lancé une contre-attaque la nuit dernière et nous avons repris tous les barrages », a assuré à l’AFP Esmatullah Dawlatzaï, chef de la police pour le Sud du pays.

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