CIRRICQ: « Être en guerre ou ne pas être en guerre, voilà la question!

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Le brigadier-général à la retraite Richard Giguère, ex grand patron des Forces armées de l'Est du canada,  maintenant professeur invité à l'École des Hautes études internationales de l'Université Laval. (Jacques Godbout/45eNord.ca)
Le brigadier-général à la retraite Richard Giguère, ex grand patron des Forces armées de l’Est du canada, maintenant professeur invité à l’École des Hautes études internationales de l’Université Laval. (Jacques Godbout/45eNord.ca)

Sommes-nous en guerre? Étonnante question qu’a posé le brigadier-général à la retraite Richard Giguère au colloque organisé par le Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec (CIRRICQ) à l’École nationale d’administration publique à Montréal.

On se rappelle tous le tollé soulevé par le refus du premier ministre Trudeau tout récemment de parler de « guerre » contre l’État islamique, ses détracteurs l’accusant du coup de ne même pas vouloir « nommer » le mal, voire même d’être déconnecté de la réalité…

Mais le jeune chef du gouvernement canadien ne l’est peut-être pas tant que ça!? Pour paraphraser Shakespeare: « Être en guerre ou ne pas être en guerre, voilà la question!,

La question a resurgit samedi matin alors qu’une vingtaine d’experts provenant de dix universités canadiennes et le ministre de la Défense y ont discuté samedi matin de la défense du Canada au 21e siècle qui s’inscrivait dans le cadre des consultations publiques sur la politique de défense, mais était organisé par le CIRRICQ, et non par le ministère.

Présentateur au premier atelier du colloque de samedi, l’atelier sur la prolifération des menaces (les autres étant «Les acquisitions militaires au 21e siècle», «La gestion des conflits mondiaux», et «La défense de l’Amérique du Nord») le brigadier-général à la retraite Richard Giguère, maintenant professeur invité à l’École des Hautes études internationales de l’Université Laval, s’est interrogé sur la définition même de la guerre.

« Il est fort intéressant de se pencher sur l’élaboration de la nouvelle stratégie de défense du Canada en ce moment que la réponse à une question aussi simple que: Sommes-nous en guerre? ne fait même pas consensus ici au Canada et dans les capitales de nos principaux alliés », a lancé l’ancien grand patron des Forces armées pour tout l’Est du canada

Et l’ex haut gradé de faire remarquer, fort judicieusement, que « la réponse à cette question aurait été unanime si nous étions ici même à Québec en 1916 ou en 1941. Mais aujourd’hui, elle fait l’objet d’un débat, entre autres politique et académique, symptomatique de la complexité de l’environnement sécuritaire contemporain ».

Les menaces traditionnelles, « les menaces de fer et de feu ne sont pas disparues, plus de terrorisme ne signifie pas moins de risques traditionnels, nous ne sommes pas dans un jeu à somme nulle », a expliqué Richard Giguère.

L’ex militaire n’a pas manqué de faire le parallèle avec ce qu’on désigne sous le terme de « La Petite Guerre »: toutes les actions autres que la bataille rangée, des reconnaissances aux attaques sur les lignes de ravitaillement de l’armée ennemie. Appellation et à laquelle on a substitué «guerre de harcèlement», de «guerre non conventionnelle» ou de «guérilla».

« Sommes nous à une époque de guerre permanente?  »

Les aspects barbares, contraire à l’éthique et à la morale, aujourd’hui comme jadis, exerce une fascination grandissante sur l’esprit du public, des hommes politiques et des décideurs et risquent de nous faire oublier les menaces traditionnelles qui existe toujours, pourrait-on conclure de la présentation du brigadier-général à la retraite devenu universitaire, qui a mis en garde samedi au colloque du CIRRICQ son auditoire contre les simplifications outrancières.

« La pratique nous démontre bien que les réponses [ aux questions qui permettraient de mieux définir la politique de défense, NDLR] ne sont pas si évidentes, nous sommes souvent confrontés au fait que malheureusement, il n’y a pas de réponses simples à des problèmes compliqués »

« La guerre est un caméléon qui change d’aspect à chacune de ses manifestations « , a souligné ce week-end Richard Giguère à son auditoire, citant Clausewitz, le célèbre théoricien militaire prussien de la première moitié du 19e siècle.

Parmi les changements majeurs, l’ex-militaire, maintenant professeur aux Hautes études internationales de l’Université Laval, a noté dans sa présentation « la spontanéité des crises et leur étalement immédiat dans l’infosphère ce qui rajoute une pression supplémentaire sur les décideurs politiques et a comme conséquence pour les militaires d’avoir beaucoup moins de temps pour la préparation et la montée en puissance », l’hybridité des guerres (porosité entre guerres conventionnelles et guerres irrégulières, distinction entre combattants et non-combattants).

Ce qui a amené Richard Giguère à poser une question subsidiaire absolument pertinente: « Sommes nous à une époque de guerre permanente?  »

Et opération Sentinelle en France, où plus de 10 412 militaires ont été déployés au lendemain des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015 pour faire face à la menace terroriste et protéger les «points» sensibles du territoire et qui a été renforcée lors des attaques du 13 novembre 2015 en Île-de-France, est-ce la guerre permanente, et sur le territoire nationale en plus.

À l’heure de la « guerre permanente », sommer le premier ministre de déclarer l’état de guerre relève, au mieux, de la tendance à remplacer la réflexion par la rhétorique, au pire de la petite politique.

L’emploi des forces de sécurité et de défense sur notre propre territoire si l’ennemi s’y est déplacé remet aussi en cause la validité et l’utilité de la distinction entre « la force du dedans » et « la force du dehors », a aussi souligné samedi l’ex haut-gradé devenu professeur et penseur.

La nécessaire réflexion

« Dans le domaine académique, les experts s’entendent pour affirmer qu’il n’y a pas une mais plusieurs définitions de la guerre, selon les approches et les niveaux d’analyse. Il nous faut donc vivre avec ces ambiguïtés, ces doutes, ces manifestions que la raison a parfois bien de la difficulté à expliquer », nous rappelle avec sagesse l’ex commandant de la 2e Division du Canada.

« Posons les bonnes questions, offrons les meilleures réponses. Basons-nous en priorité sur l’environnement contemporain de défense et de sécurité, les risques et menaces, l’adéquation des ressources viendra après suite aux décisions de nos dirigeants », a finalement conclut celui qui, en entrevue sur place peu après avec 45eNord.ca, n’a pas manqué de souligner l’incongruité qu’il y avait à réexaminer la politique de défense du Canada sans d’abord revoir sa politique étrangère.

Et, si ce colloque n’avait servi qu’à ça, nous faire voir qu’il n’y a pas qu’un seul point de vue, qu’une seule vérité et que toutes ces questions peuvent et doivent être débattues, la ronde de consultation n’aura pas été inutile, même si elle apportait plus de questions que de réponses. Parce qu’on ne peut plus se cacher qu’il faut maintenant moins de fanfare et de rhétorique et plus de réflexions et de discussions.

Au colloque sur l’islamisme radical au CMR Saint-Jean en avril, la femme politique québécoise d’origine marocaine Fatima Houda-Pépin, ex-député et Vice-présidente de l’Assemblée Nationale, Fatima-Houda Pépin, avait épinglé la méconnaissance du monde arabo-musulman et de l’islam dans la classe politique ici. Ce samedi 7 mai, plusieurs participants, dont le brigadier-général à la retraite Richard Giguère, nious aurons rappelé que poser les bonnes questions était dA,autant plus important que les décisions qui seront prises auront toujours de lourdes de conséquences pour nos filles et nos fils qui portent le drapeau canadien sur leurs uniformes.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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