Colombie: avec les derniers accords de La Havane, la paix semble plus proche

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L'écusson d'un Farc près de Montealagre, en Colombie (Archives/Luis Robayo/AFP)
L’écusson d’un Farc près de Montealagre, en Colombie (Archives/Luis Robayo/AFP)

Le gouvernement colombien et les Farc sont parvenus à s’entendre sur des thèmes si épineux, tels que le blindage juridique du futur accord de paix et la sortie des adolescents de la guérilla, que la fin du conflit semble de plus en plus certaine.

Avec les récentes nouvelles venues de La Havane, siège depuis 2012 des négociations entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), la sphère politique colombienne commence à considérer qu’un accord définitif de paix est « très proche ».

« Nous nous rapprochons chaque fois davantage de la paix. L’agrément obtenu la semaine dernière sur (…) l’exécution et l’approbation des accords est une avancée très importante. C’est simplement la garantie que les accords seront respectés », a déclaré le chef de l’État.

« Sortir les enfants de la guerre est une autre démonstration que ce chapitre douloureux de notre histoire va bientôt se refermer et qu’un nouveau va commencer: celui de la paix et de la réconciliation », a ajouté M. Santos.

À l’autre extrémité de l’échiquier, un féroce opposant au processus de paix, l’ex-président et actuel sénateur Alvaro Uribe, a mis en garde contre la signature « très proche » en appelant à la « résistance civile » envers ce qui se décide dans le cadre des pourparlers.

Seule la résolution de points clés de l’agenda des négociations a permis une paix qui semble désormais à portée de main.

Les négociateurs sont d’abord convenus jeudi dernier que l’accord définitif aurait valeur constitutionnelle et serait reconnu par le droit international, via des formalités légales internes devant le Congrès colombien et externes avec les Nations unies.

Ils se sont ensuite mis d’accord dimanche sur la sortie progressive des mineurs des rangs de la guérilla selon un protocole qui devrait être mis en oeuvre dans deux semaines, avec l’appui, là aussi, de l’ONU.

Des experts ont souligné la volonté politique que démontrent ainsi les deux parties, mais ils restent prudents sur le temps qui reste avant la signature d’un accord final.

« Nous sommes au début de la fin, mais nous ne sommes pas à la fin », a déclaré à l’AFP Jorge Restrepo, directeur du Centre de ressources pour l’analyse des conflits (CERAC).

En septembre, M. Santos et le chef des Farc, Timoleon Jimenez alias « Timochenko », s’étaient engagés publiquement à signer la paix avant le 23 mars pour mettre fin à plus de 50 ans d’un conflit armé, qui a fait au moins 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,8 millions de déplacés. Mais ils n’ont pas réussi à tenir ce délai.

« L’accord de désengagement des enfants est une avancée importante car c’est une mesure de désescalade et de construction de la confiance qui ne figurait pas dans l’agenda d’origine », a ajouté M. Restrepo. « Et celui de stabilité juridique supprime un obstacle très sérieux à la négociation, qu’était pour les Farc le manque de garantie », notamment en cas de changement de gouvernement.

« Cela peut favoriser une fin de négociation plus tôt que prévu, mais il reste encore à se mettre d’accord sur le cessez-le-feu bilatéral et sur les mécanismes d’approbation » définitive par plébiscite, pour M. Santos, ou par Assemblée constituante selon les Farc, souligne cet expert.

L’analyste de l’International Crisis Group pour la Colombie, Kyle Johnson, estime, de son côté, qu’il y a « beaucoup de confiance entre les parties pour aborder des thèmes complexes et avancer le plus rapidement possible ».

Mais lui aussi se refuse à considérer la signature de la paix comme « imminente » tant que le point sur le désarmement des guérilleros ne sera pas réglé.

Un autre expert, Jaime Zuluaga, professeur à l’Université Externado, pense que la montée au créneau des opposants laisse à penser que l’accord de paix est proche: « La situation politique actuelle est très complexe, avec un accroissement des tensions pour et contre la guerre. Mais il est commun qu’à mesure que l’on se rapproche d’un accord, les tensions augmentent et même les expressions de violence. »

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