Colombie: Santos veut en finir avec les mines et Uribe en finir avec l’accord de paix!

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Un soldat colombien cherche des mines laissées par la guérilla dans le département d’Antioquia, dans le nord-est du pays, le 3 mars 2015 (AFP)
Un soldat colombien cherche des mines laissées par la guérilla dans le département d’Antioquia, dans le nord-est du pays, le 3 mars 2015 (AFP)

La paix ne pourra être complète en Colombie tant que le pays sera infesté par les mines anti-personnel qui ont déjà fait environ 11.500 victimes, a affirmé mardi le président Juan Manuel Santos.

« La Colombie est très proche de mettre fin a plus d’un demi-siècle de conflit armé (…) mais une paix complète n’est pas possible dans un pays miné », a déclaré M. Santos à l’ouverture du forum « Initiative globale de déminage pour la Colombie » auquel participent jusqu’au 13 mai à Bogota des représentants de 25 pays, des Nations unies, de l’Union européenne (UE), de l’Organisation des états américains (OEA) et d’ONG internationales.

« Le défi que nous devons relever est énorme puisque la Colombie reste le deuxième pays le plus miné du monde et le deuxième par le nombre de victimes, seulement dépassé par l’Afghanistan », a souligné le chef de l’État, précisant que les mines anti-personnel avaient fait à ce jour environ 11.500 victimes, touchant 700 des quelque 1.100 municipalités colombiennes.

« La paix n’est pas possible dans un pays miné (…) mais sans la paix une Colombie libre de mines anti-personnel n’est pas non plus possible », a renchéri M. Santos.

Le gouvernement est dans la dernière ligne droite de pourparlers avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) et s’apprête à engager des négociations officielles avec l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste).

Selon M. Santos, les forces armées comptent actuellement « 700 hommes et femmes sur le terrain et 5.000 autres en cours d’entraînement » et « l’an prochain, ils seront 10.000 dédiés au déminage ». Il a réaffirmé que « le but est que d’ici cinq ans il n’y ait pas de mines anti-personnel en Colombie ».

Le président colombien a souligné l’importance de l’engagement de la communauté internationale dans le financement du déminage, en particulier l’aide des États-Unis avec plus de 60 millions de dollars, de la Norvège avec près de 25 millions de dollars, ainsi que de l’UE avec 10 millions d’euros depuis 2011 et quatre millions supplémentaires promis pour cette année.

Selon une source diplomatique interrogée par l’AFP, ce forum intervient à un moment-clé car « il met le focus sur la Colombie à quelques mois de la prochaine réunion au Chili des pays signataires de la Convention d’Ottawa » interdisant les mines anti-personnel. Cette réunion, du 28 novembre au 2 décembre, sera la première en Amérique latine depuis 2009.

Mais l’ex-président Uribe pour la « résistance civile » à un accord de paix

Le président colombien Uribe (Archvies/Claudio Reyes/EPA)
Le président colombien Uribe (Archvies/Claudio Reyes/EPA)
Par ailleurs, l’ex-président colombien Alvaro Uribe, farouche opposant aux pourparlers de paix avec les Farc, a proposé mardi d’opposer une « résistance civile » à un accord éventuel entre le gouvernement actuel et cette guérilla.

« La résistance civile, la résistance citoyenne c’est, dans le cadre des mécanismes de la Constitution et de la loi, l’opposition à cet accord d’impunité totale avec les Farc, qui ne fera que stimuler plus de violence et ne sera pas tenable », a déclaré l’ancien chef de l’Etat au journal télévisé de la chaîne RCN.

« Dans les prochains jours, afin d’avancer avec cette résistance civile, nous présenterons un texte aux citoyens et demanderons leur appui en le signant », a-t-il ajouté, en annonçant aussi des manifestations contre l’accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) négocié depuis fin 2012 et entré dans la phase finale des pourparlers.

Alvaro Uribe, sénateur de droite et qui a dirigé la Colombie de 2002 à 2010, est l’opposant le plus virulent au gouvernement du président Juan Manuel Santos, qui a été son ministre de la Défense au moment de la grande offensive contre les groupes rebelles. Les deux hommes se sont éloignés lorsque l’actuel chef de l’État a approché la guérilla afin de négocier la paix.

L’ex-président a également parlé de son idée de « résistance civile » lundi soir à la chaîne de radio-télévision Caracol. « Le jour où l’accord est signé, et tout indique qu’il est très proche, je dois inviter les citoyens qui ont les mêmes préoccupations que moi à nous préparer pour voir (…) comment nous allons y résister civilement », a-t-il déclaré.

Le ministre de l’Intérieur, Juan Fernando Cristo, a été parmi les premiers à réagir aux propos d’Alvaro Uribe.

« Cette annonce est délirante, c’est faire de la résistance contre la paix en Colombie alors que nous résistons depuis 60 ans à la guerre et que nous avons aujourd’hui la possibilité justement d’en finir avec ce conflit », a déclaré M. Cristo.

La complexe guerre interne colombienne a impliqué au fil des décennies guérillas d’extrême-gauche, paramilitaires d’extrême-droite et forces armées, sur fond de violences du trafic de drogue, faisant au moins 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,8 millions de déplacés.

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