Colombie: trois journalistes disparus dans une région sous contrôle des guérillas

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La journaliste hispano-colombienne, Salud Hernandez-Mora, enlevée par des guérilleros en Colombie. (capture d'écran/El Mundo)
La journaliste hispano-colombienne, Salud Hernandez-Mora, enlevée par des guérilleros en Colombie. (capture d’écran/El Mundo)

Au moins trois journalistes étaient portés disparus mardi dans le Catatumbo, région de Colombie où sont en conflit plusieurs guérillas, selon les autorités et des médias.

La correspondante du quotidien espagnol El Mundo, Salud Hernandez, a été vue pour la dernière fois samedi dans le Catatumbo (nord-est), où ont disparu lundi deux reporters de la chaîne de radio-télévision locale RCN, Diego De Pablos et Carlos Melo, qui enquêtaient sur le sort de la journaliste de nationalité hispano-colombienne.

Le président Juan Manuel Santos a déclaré à la presse avoir « donné des instructions au commandant de l’armée de terre et au directeur de la police afin qu’ils se rendent sur place pour renforcer les opérations de recherche de Salud Hernandez et des deux reporters qui ne sont pas encore réapparus ».

« Hier soir (lundi), il y avait cinq reporters (disparus): deux de Caracol, un de l’agence EFE, deux de RCN. Ont réapparu ceux de Caracol ainsi que le reporter de l’agence EFE, mais pas ceux de RCN et nous les cherchons », a ajouté M. Santos.

L’un d’eux, Diego Velosa, de la chaîne de radio-télévision colombienne Caracol, a déclaré lundi qu’il se trouvait avec son équipe dans le village de Filogringo, où Salud Hernandez a été vue pour la dernière fois, lorsqu’ils ont été « abordés par des guérilleros de l’ELN », l’Armée de libération nationale (guévariste), guérilla d’extrême-gauche inspirée de la révolution cubaine.

« Ils nous ont retenus pendant trois heures et après trois heures d’interrogatoire, ils nous ont confisqué tout notre matériel (…) et nous ont obligés à quitter les lieux », a-t-il raconté, ajoutant qu' »une équipe de journalistes de la chaîne RCN » avait également été interceptée peu avant dans le même secteur.

Dans un communiqué RCN a dénoncé « le possible enlèvement » de ses deux journalistes, en demandant leur « libération immédiate ».

L’ONG colombienne Fondation pour la liberté de la presse (Flip) a pour sa part exprimé « sa préoccupation à propos des agressions contre la presse » dans la zone du Catatumbo et affirmé que l' »ELN aurait les journalistes en son pouvoir ».

Disparition ou enlèvement?

L'ELN (Ejército de liberaciòn nacional) est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien (Archives/courtoisie/Espectador)
L’ELN (Ejército de liberaciòn nacional) est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien (Archives/courtoisie/Espectador)
Le quotidien El Mundo avait indiqué lundi que sa correspondante avait été « séquestrée par la guérilla ».

L’ELN et le gouvernement ont annoncé fin mars l’ouverture prochaine de négociations de paix, dont la date n’a cependant pas encore été fixée en raison du refus de cette guérilla de renoncer aux enlèvements.

Le chef des négociateurs du gouvernement, Frank Pearl, a écrit sur son compte Twitter que « si @ELN_Paz a séquestré @saludhernandezm, Diego de Pablos et Carlos Melo, elle doit les libérer au plus tôt ». « La liberté d’expression est un droit et une des principales garanties pour construite la paix », a-t-il ajouté.

La Flip a pour sa part fait état de trois journalistes locaux au « sort incertain », outre Salud Hernandez, dont ceux de RCN et un autre sur laquelle elle n’a pas de détails.

Selon le procureur général Jorge Perdomo, il y a deux journalistes de RCN disparus et « un accompagnant », que les autorités tentent de les localiser via leurs téléphones portables.

À propos de Salud Hernandez, il a ajouté que les autorités considéraient pour le moment qu’il s’agissait d' »une disparition ».

L’agence espagnole EFE a précisé que son photographe était un pigiste occasionnel.

La précarité des communications dans le Catatumbo complique les recherches dans cette région frontalière du Venezuela, où outre l’ELN sont présentes les guérillas des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et l’Armée populaire de libération (EPL). Aucune n’a pour le moment revendiqué sa responsabilité dans les disparitions des journalistes.

La Société interaméricaine de presse (SIP) a exprimé sa préoccupation pour la correspondante d’El Mundo et demandé que « sa vie soit garantie », tandis que le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a estimé sa disparition était un « rappel des grands dangers auxquels sont confrontés les journalistes » enquêtant sur le conflit armé, qui a fait au moins 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,8 millions de déplacés.

Une rassemblement pour réclamer la libération des journalistes est prévu mercredi dans le centre de Bogota.

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