Conflit colombien: le gouvernement demande un référendum sur l’accord de paix

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L'écusson d'un Farc près de Montealagre, en Colombie (Archives/Luis Robayo/AFP)
L’écusson d’un Farc près de Montealagre, en Colombie (Archives/Luis Robayo/AFP)

Le gouvernement colombien a demandé jeudi à la Cour constitutionnelle l’autorisation d’organiser un référendum pour valider l’accord de paix qu’il souhaite nouer cette année avec la guérilla des Farc pour mettre fin au plus vieux conflit armé d’Amérique latine.

« Je veux remettre la paix au peuple, pour que ce soit le peuple qui décide si nous devons continuer sur ce chemin », a déclaré le président Juan Manuel Santos lors d’une audience publique face à la Cour.

Le gouvernement, dans la dernière ligne droite des négociations de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), qui se tiennent à Cuba, a promu devant le Congrès une loi pour faire approuver l’accord de paix via un référendum.

Cette loi, une fois approuvée par les parlementaires, devra être également validée par la Cour constitutionnelle, qui avait organisé jeudi une séance publique pour connaître les arguments pour et contre ce plébiscite.

Début mai, la première guérilla du pays s’était déclarée ouverte à une consultation du peuple colombien sur cette question, alors que pendant des années elle avait plutôt plaidé pour une Assemblée constituante pour valider l’accord de paix.

« Les Colombiens doivent avoir le dernier mot », a estimé jeudi le Haut commissaire pour la paix en Colombie, Sergio Jaramillo, également présent à l’audience.

« C’est un principe élémentaire : ce qui concerne tout le monde, tout le monde doit l’approuver, et rien ne concerne plus l’ensemble des Colombiens que la paix », a-t-il insisté.

La vice-procureure générale, Martha Castañeda, a elle estimé que le projet de loi sur le plébiscite « comporte plusieurs failles », notamment parce qu’il « réduit la participation du Congrès » dans ce processus.

Selon un sondage réalisé par l’institut Cifras y Conceptos et diffusé par la radio Caracol, 67% des personnes interrogées sont disposées à participer à un tel vote, et parmi elles une grande majorité (61%) voterait pour la paix, 29% contre.

Parallèlement, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, en déplacement à Bogota, a annoncé que l’Union européenne apporterait plus de 575 millions d’euros pour soutenir les « efforts de consolidation de la paix » en Colombie.

L’aide inclut 400 millions d’euros de prêts par la Banque européenne d’investissements (BEI) et diverses subventions.

« L’histoire européenne nous montre qu’il y a vraiment besoin de leaders forts pour construire la paix. Et je crois que c’est ce dont la Colombie a besoin maintenant : de leaders courageux pour construire la paix », a déclaré Mme Mogherini, dans un communiqué diffusé par la délégation de l’UE en Colombie.

« Plus on approche de l’étape finale des négociations, plus cela devient difficile. Mais au lendemain de l’accord, c’est le moment où la population en bénéficie », a-t-elle assuré.

Le président Santos s’est félicité de ce soutien : « L’Union européenne est un partenaire fondamental pour parvenir à un pays en paix », a-t-il écrit sur Twitter.

Depuis plus d’un demi-siècle, le complexe conflit colombien a impliqué guérillas d’extrême-gauche, milices paramilitaires d’extrême-droite et forces armées, sur fond de violences des narco-trafiquants faisant au moins 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,8 millions de déplacés.

Journalistes disparus: la guérilla de l’ELN responsable, selon le ministre de la Défense

L'ELN (Ejército de liberaciòn nacional) est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien (Archives/courtoisie/Espectador)
L’ELN (Ejército de liberaciòn nacional) est le deuxième groupe rebelle en importance impliqué dans le conflit armé colombien (Archives/courtoisie/Espectador)
Par ailleurs, la guérilla colombienne de l’ELN (extrême-gauche) est « responsable » de la disparition ces derniers jours de trois journalistes dans la région de Catatumbo (nord-est), a affirmé jeudi le ministre de la Défense.

« Sur la base des informations recueillies jusqu’à présent, il est confirmé avec certitude que l’Armée de libération nationale (ELN, ndlr) est responsable de la disparition des trois professionnels », a déclaré aux journalistes Luis Carlos Villegas.

Deux reporters de la radio-télévision colombienne RCN, Diego D’Pablos et Carlos Melo, sont présumés retenus depuis lundi par des hommes armés non identifiés dans la municipalité d’El Tarra où ils enquêtaient sur la disparition samedi de Salud Hernandez, correspondante hispano-colombienne du quotidien espagnol El Mundo et chroniqueuse du quotidien colombien El Tiempo.

« A partir de maintenant la responsabilité de l’intégrité et de la liberté de ces trois citoyens repose exclusivement entre les mains de l’ELN », a prévenu le ministre.

La veille, le président Juan Manuel Santos avait indiqué que, selon une « source crédible », les journalistes se trouveraient avec l’ELN, une information que le gouvernement était alors en train de vérifier.

Le gouvernement et l’ELN, deuxième guérilla du pays existant depuis 1964, ont annoncé fin mars le prochain lancement de pourparlers de paix officiels après plus de deux ans de conversations préliminaires confidentielles.

Mais les enlèvements de civils par cette guérilla qui compte encore 1.500 combattants sont considérés comme le principal obstacle à l’ouverture de ces pourparlers, initialement espérés pour fin mai.

« Le président a averti l’ELN que les discussions de paix ne pourront pas se tenir si elle garde des personnes contre leur volonté », a indiqué le ministre de la Défense.

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