Crise au Venezuela: exercice militaire d’un demi-million de soldats et médiation internationale

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Le ministre de la Défense vénézuélien, Vladimir Padrino López,a annoncé le 19 mai 2016 le début de l'Ejercicio de Acción Integral Independencia 2016, des exercices militaires ordonnés par le président Nicolas Maduro qui, confronté à l'opposition, brandit la menace d'une "intervention extérieure". (FANB)
Le ministre de la Défense vénézuélien, Vladimir Padrino López,a annoncé le 19 mai 2016 le début de l’Ejercicio de Acción Integral Independencia 2016, des exercices militaires ordonnés par le président Nicolas Maduro qui, confronté à l’opposition, brandit la menace d’une « intervention extérieure ». (FANB)

Un demi-million de soldats vénézuéliens devaient participer vendredi et samedi à des exercices militaires ordonnés par le président Nicolas Maduro, qui brandit la menace d’une « intervention extérieure » pendant que des médiateurs internationaux tentaient de renouer le dialogue avec l’opposition.

Après plusieurs jours d’escalade, d’anciens chefs de gouvernement étrangers, dont l’Espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, ont tenté de faire retomber la pression jeudi soir après des réunions à Caracas avec les antichavistes et, la veille, avec le chef de l’État vénézuélien.

« Ce sera long, compliqué et difficile, mais c’est le chemin que doit emprunter le Venezuela, celui du dialogue national qui devra aborder les problèmes sociaux, économiques, institutionnels, de cohabitation pacifique, de libertés », a déclaré M. Zapatero, qui conduit cette délégation à la demande de l’Union des nations sud-américaines (Unasur).

Les deux parties ont fait part de leur « volonté » d’échanger, selon l’ex-dirigeant espagnol.

L’opposition, désormais majoritaire au parlement, souligne néanmoins que toute discussion avec le gouvernement devait en priorité porter sur l’organisation d’un référendum en vue de la révocation du président Maduro.

« Au Venezuela, il n’y a pas de solution économique s’il n’y a pas de changement politique », a averti dans un communiqué la coalition d’opposition, la Table de l’unité démocratique (MUD).

De son côté, le président Maduro a dit espérer jeudi soir que le dialogue ferait cesser « l’attitude de coup d’Etat » de l’opposition.

L’ONG Human Rights Watch et quatre ex-présidents colombiens ont de leur côté appelé les membres de l’Organisation des états américains (OEA) à se prononcer fermement sur la crise au Venezuela, à l’occasion de la présentation à Bogota d’un livre de l’opposant vénézuélien emprisonné Leopoldo Lopez.

La fièvre est brusquement montée ces derniers jours dans un Venezuela en pleine crise économique, politique et sociale où le président a décrété l’état d’exception qui lui accorde des pouvoirs accrus en matière de sécurité, de distribution alimentaire et énergétique.

Jeudi soir, le décret du dirigeant socialiste a été jugé « constitutionnel » par le Tribunal suprême de justice (TSJ), la plus haute autorité judiciaire du pays, accusée par les antichavistes d’être proche de Maduro.

Dans le cadre de cet état d’exception, rejeté par le Parlement, 519.000 militaires et miliciens effectueront des manœuvres vendredi et samedi, le président ayant brandi la menace d’une « intervention extérieure ».

« Il (le gouvernement) veut procéder à de grands déploiements militaires pour que les gens aient peur (…) Le faire avec le prétexte d’une menace extérieure est une bonne façon de montrer ses muscles », a expliqué à l’AFP l’analyste Benigno Alarcon.

« Cet exercice n’est pas fait pour provoquer une inquiétude quelconque dans le pays », a répondu le ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez, qui a répété que le « Venezuela était menacé en ce moment ».

En face, l’opposant Henrique Capriles, qui s’était incliné de peu face à M. Maduro lors de l’élection présidentielle de 2013, a, à plusieurs reprises, appelé la population et l’armée à la désobéissance.

Le bras de fer entre chavistes (du nom du président défunt Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013 et mentor de Nicolas Maduro) et anti-chavistes s’est intensifié depuis que l’opposition est parvenue à rassembler début mai 1,8 million de signatures pour lancer le processus du référendum.

Une initiative à laquelle les autorités ont opposé une fin de non-recevoir, même si la commission électorale doit encore se prononcer officiellement sur cette requête.

Les antichavistes, qui espèrent l’organiser d’ici fin 2016 et accusent les autorités de jouer la montre, sont descendus mercredi dans la rue pour accélérer le calendrier mais les manifestations ont été réprimées.

Si ces manifestations n’ont pas été massivement suivies, la tension sociale au Venezuela peut se mesurer à la taille des files d’attente devant les commerces, où règne la pénurie.

Le pays a subi en 2015 une inflation de 180,9% (le FMI prévoit 700% en 2016), la plus élevée au monde, et un recul du PIB de 5,7%, pour la deuxième année consécutive.

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