Sommet mondial sur l’action humanitaire: le Canada annonce un nouvel apport de fonds

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La souffrance humaine atteint un niveau inégalé depuis la Seconde Guerre mondiale. Voilà pourquoi, pour la première fois depuis la création des Nations Unies, il y a 70 ans, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a convoqué un Sommet mondial sur l’action humanitaire.(Nations Unies

Alors que des dirigeants et ONG du monde entier sont réunis lundi à Istanbul pour un sommet inédit, parrainé par l’ONU, visant à améliorer la manière globale de répondre aux crises humanitaires provoquées par les conflits et le réchauffement climatique, la ministre canadienne du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a annoncé aujourd’hui dans le cadre du Sommet un apport de 274 millions de dollars en aide humanitaire.

Ces fonds seront destinés à des organismes des Nations Unies voués à l’aide humanitaire et au développement afin qu’ils renforcent les interventions d’urgence, veillent à la protection des enfants en situation de crise et bâtissent une résilience à long terme face à l’insécurité alimentaire.

L’aide du Canada permettra de s’attaquer à la famine et à l’insécurité alimentaire qui sévissent actuellement en Éthiopie, et d’améliorer la résilience de la population à plus long terme. Ce pays est touché par une grave sécheresse, et la sécurité de plus de 8 millions d’Éthiopiens est en péril.

Les fonds accordés par le Canada serviront aussi à protéger les droits des enfants, particulièrement ceux des filles, dans les situations de conflits armés, et à mettre en place des mesures de protection de l’enfance dans les situations d’urgence.

Un soutien au Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) procurera une aide humanitaire d’urgence aux populations du monde touchées par des catastrophes naturelles et par des conflits armés.

«Nous devons agir dès maintenant, car le nombre de personnes ayant un besoin urgent d’aide n’a jamais été aussi élevé. Le Canada va continuer de donner l’exemple en élaborant et en soutenant des programmes humanitaires novateurs. Nous nous engageons à mettre chaque dollar à profit pour veiller à ce que les personnes les plus démunies et les plus vulnérables, notamment les femmes et les filles, reçoivent les soins, l’aide et la protection dont elles ont besoin.», a déclaré la ministre canadienne.

Le Canada a annoncé aujourd’hui le versement d’une somme totale de 274 millions de dollars en aide humanitaire, à l’occasion du Sommet mondial sur l’action humanitaire, qui se tient à Istanbul, en Turquie. Ce financement aidera à renforcer les interventions d’urgence, la protection de l’enfance et la résilience à long terme face à l’insécurité alimentaire.

Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH) – Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) [page en anglais](147 millions de dollars, de 2016 à 2021)

Le Canada versera 147 millions de dollars au Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) sur une période de cinq années financières pour aider à sauver des vies, à apaiser les souffrances et à protéger la dignité humaine dans des collectivités aux prises avec des crises humanitaires. Le CERF est un fonds humanitaire qui permet d’apporter une aide humanitaire rapide, équitable et fiable aux victimes de catastrophes naturelles et de conflits armés.

Protection sociale en milieu rural : Programme de protection des moyens de production de l’Éthiopie – Programme alimentaire mondial des Nations Unies et Banque mondiale [pages en anglais](125 millions de dollars, de 2016 à 2021)

L’Éthiopie est aux prises avec les graves effets d’une sécheresse persistante. Les collectivités rurales d’Éthiopie en sont particulièrement affectées parce qu’elles dépendent du succès de leurs récoltes. Le Canada viendra en aide au Programme de protection des moyens de production du gouvernement de l’Éthiopie, qui est offert par le Programme alimentaire mondial et la Banque mondiale. Il s’agit d’un programme qui aide les familles des milieux ruraux à se préparer à de longues périodes de pénurie alimentaire. L’un des moyens d’y parvenir consiste à aider les familles à protéger leurs moyens de subsistance et leurs avoirs en dotant les collectivités de plans de gestion de l’eau et en octroyant une aide financière aux gens temporairement privés de leur emploi.

Groupe de travail sur la protection de l’enfance – UNICEF (1 million de dollars, de 2015 à 2017)

En soutenant ce programme, le Canada contribuera à améliorer la protection de l’enfance en cas de crise humanitaire partout dans le monde. L’aide apportée par le Canada permettra également au personnel humanitaire d’adapter les normes de protection de l’enfance au contexte local, par le truchement d’un travail de suivi, d’évaluation et de formation d’appoint.

Bureau du représentant spécial du secrétaire général pour les enfants et les conflits armés – Nations Unies (1 million de dollars, de 2015 à 2017)

Les enfants sont les premières victimes des conflits armés. Le soutien accordé par le Canada contribuera à leur protection et à leur bien-être. Les fonds octroyés par le Canada aux travaux du Bureau du représentant spécial du secrétaire général (RSSG) pour les enfants et les conflits armés permettront d’appuyer les spécialistes de la protection de l’enfance et de leur fournir des conseils fonctionnels en ce qui concerne le suivi, la promotion et la mise en place de plans d’action qui amélioreront la vie de ces enfants.

Un système humanitaire à bout de souffle

Avec environ 60 millions de déplacés et 125 millions de personnes ayant besoin d’assistance dans le monde, de nombreux acteurs du secteur, États, organisations non gouvernementales et entreprises, estiment en effet que le système humanitaire actuel est à bout de souffle et a besoin d’être repensé d’urgence.

« Jamais depuis la Seconde guerre mondiale autant de personnes n’avaient été forcées de quitter leur foyer », a déploré le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon à l’ouverture du sommet. « Nous sommes ici pour façonner un avenir différent », a-t-il ajouté.

« Ce n’est pas une tâche aisée », a-t-il poursuivi, et atteindre les objectifs exige « une volonté politique à une échelle que nous n’avons pas vue au cours des dernières années ».

Le sommet de deux jours veut engendrer une série « d’actions et d’engagements concrets » pour, entre autres, prévenir les conflits, faire respecter le droit international humanitaire et garantir des sources de financement stables pour les projets humanitaires.

Hôte du sommet, le président turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté la communauté internationale à « prendre ses responsabilités ». « Le système actuel a des insuffisances (…), le fardeau n’est porté que par certains pays », a-t-il lancé, rappelant que la Turquie accueillait environ trois millions de réfugiés, dont 2,7 millions de Syriens.

« Très souvent, des promesses de dons sont faites, mais l’argent ne suit pas pour être mis dans les projets », a pour sa part déploré la chancelière allemande Angela Merkel. « Cela doit cesser ».

Les engagements pris lors de ce sommet ne seront toutefois pas contraignants, ce qui a suscité le scepticisme. Anticipant une « déclaration de bonnes intentions » et aucune avancée concrète, l’influente ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a annoncé qu’elle ne participerait pas au sommet.

‘Nouveau consensus international’

Le sommet, qui accueille près de 6.000 participants, dont plus de 60 chefs d’Etat et de gouvernement, a débuté avec la traditionnelle photo de famille, suivie d’une cérémonie d’ouverture rythmée à laquelle a pris part l’acteur Daniel Craig, qui a incarné James Bond dans plusieurs films.

Ce sommet a le potentiel de « lancer le plus grand mouvement humanitaire de notre histoire », a-t-il déclaré, mettant en garde contre des « phrases creuses » qui ne seraient pas suivies d’actions.

Des rencontres bilatérales en marge de l’événement sont également attendues : Mme Merkel a fait savoir qu’elle évoquerait l’état de la démocratie en Turquie avec le président Erdogan lundi.

Le choix d’Istanbul pour accueillir ce sommet inédit est aussi symbolique que controversé. La Turquie accueille 2,7 millions de Syriens, mais plusieurs ONG accusent ses autorités, qui démentent, de renvoyer des Syriens dans leur pays en guerre.

Plusieurs conflits dans la région, notamment en Syrie, où plusieurs cas de civils morts de faim dans des villes assiégées ont été rapportés, illustrent de manière criante les limites du système humanitaire actuel.

« Nous avons besoin d’un nouveau consensus international en faveur du respect du droit international humanitaire », a insisté Mme Merkel. « Que ce soit en Syrie ou ailleurs, nous voyons que des hôpitaux et des centres sont systématiquement bombardés », a-t-elle déploré.

L’ONG MSF, dont 75 hôpitaux ont été attaqués l’année dernière, a indiqué qu’elle boycotterait le sommet en raison du manque d’initiatives concrètes pour mettre fin aux « graves restrictions mises en places par certains Etats » en termes d’accès humanitaire.

Malgré tout, les participants, dont de nombreuses ONG de petite ou moyenne taille en première ligne des crises humanitaires, espèrent que le sommet impulsera au moins un élan dans la bonne direction.

Il faut que le sommet d’Istanbul soit une « étape majeure », a dit à l’AFP Kerem Kinik, dirigeant du Croissant rouge turc, en fixant des objectifs de développement et en consolidant le système de financements.

« Aujourd’hui, ici, nous faisons des promesses. Nous devrons joindre le geste à la parole », a déclaré M. Erdogan. « Nous aurons alors réglé tous nos problèmes ».

*Avec AFP

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