Enseignement universitaire à Saint-Jean, c’est enfin officiel! (VIDÉO)

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Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a enfin fait à la période des questions à la Chambre des Communes aujourd’hui l’annonce officielle du retour tant attendu de l’enseignement universitaire au Collège militaire royal de Saint-Jean.

Le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan, accompagné de la ministre du patrimoine Mélanie Joly, devait annoncer ce mardi à Saint-Jean lors d’un colloque sur le leadership le retour de l’enseignement universitaire au Collège royal militaire Saint-Jean, mais ils n’ont pu se rendre à Saint-Jean « dû a des obligations en chambre qui nécessitaient leur présence ».

Mais qu’à cela ne tienne: le ministre de la Défense a fait quand même aujourd’hui en Chambre l’annonce tant attendue. En réponse à une question du député de la circonscription de Saint-Jean, Jean Rioux, le ministre a enfin annoncé officiellement, et en français de surcroît, qu’il « a l’intention de ramener l’enseignement universitaire à Saint-Jean ».

« C’est un bon jour pour le bilinguisme au Canada », a également déclaré le ministre en Chambre ajoutant qu’il « avait hâte de travailler sur ce dossier avec le gouvernement du Québec » [l’éducation étant de juridiction provinciale, ndlr].

Quant au député de Saint-Jean, il ne peut pas y avoir d’homme plus heureux.

La phase de planification commence maintenant

À la sortie de la Chambre, à la mêlée de presse qui a suivi l’annonce, le ministre Sajjan a déclaré que le gouvernement allait maintenant établir un plan précis pour ramener l’enseignement universitaire à Saint-Jean. « Nous travaillons sur l’échéancier, quand ça va être fait, comment ça va être fait et le calcul des coûts aussi, mais il était important pour nous d’annoncer cela, afin que nous puissions commencer les travail de planification ».

« Quant à l’accréditation », de préciser le ministre, »Nous devons travailler avec la province de Québec et, [pendant la phase de préparation, ndlr]c’est aussi une excellente occasion pour nous de nous assurer que nous attirons toute l’attention de partout au Canada sur les Forces armées canadiennes ».

« On doit travailler présentement avec le gouvernement du Québec pour s’assurer justement de reconnaître la formation universitaire. Mon collègue Harjit Sajjan à la Défense va avoir des discussions avec le gouvernement du Québec pour la mise en oeuvre justement de cette volonté que nous avons de faire en sorte de ramener l’éducation universitaire pour les militaires au Collège de Saint-Jean », a également précisé à son tour la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly à cette occasion.

Guerre de tweets sur la paternité du bébé

De leur côté, les conservateurs ont rappelé que c’est eux qui ont rouvert le CMR Saint-Jean en 2008. L’ex ministre des Anciens combattants conservateur, Erin O’Toole et l’ex ministre de la Défense dans le cabinet Harper, Jason Kenney, déplorant tous deux sur leur compte twitter que « Les libéraux [aient]fermé le Collège militaire royal en 1995, les conservateurs l’ont rouvert en 2008 et prévu l’expansion et, aujourd’hui, les libéraux s’en attribuent le mérite ».

Pour Jason Kenney, sans les conservateurs, le CMR Saint-jean n’existerait tout bonnement plus aujourd’hui.

Ce à quoi l’attaché de presse du ministre Sajjan, Jordan Owens, a immédiatement répliqué à son tour sur son compte twitter que l’expansion prévue par les conservateurs ne s’est jamais réalisée et que c’est finalement aujourd’hui le gouvernement libéral qui ramène l’enseignement universitaire à Saint-Jean.

Chose certaine, quand on se bat pour la paternité d’une idée ou d’une action, c’est certainement qu’elle est bonne…

Applaudissements à Saint-Jean

Quoi qu’il en soit, avec l’annonce officielle du ministre Sajjan aujourd’hui, un nouveau chapitre peut maintenant s’ouvrir dans l’histoire du Collège militaire de Saint-Jean, dont sont issus non seulement plusieurs de nos plus éminents militaires, comme Walter Natynczyk, ex chef d’état-major de la Défense, Roméo Dallaire, héros et ex commandant des Forces des Nations Unies au Rwanda, ou Marc Garneau, ex astronaute devenu aujourd’hui ministre des Transports dans le gouvernement Trudeau, mais aussi l’homme de lettres Gratien Gélinas ou l’ex PDG d’Hydro-Québec André Caillé ainsi que plusieurs autres personnalités qui ont marqué la société canadienne et québécoise.

Et aujourd’hui, à un Colloque sur le leadership organisé par le CMR, l’annonce par le colonel Bernard que le ministre Sajjan avait déclaré officiellement en Chambre l’engagement du gouvernement Trudeau pour le retour l’enseignement universitaire au Collège a été accueillie par les applaudissements nourris des quelque 475 personnes réunies dans l’établissement, dont le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Un peu plus tard, au nom du Gouvernement du Québec, les ministres Jean-Marc Fournier, Hélène David et Lucie Charlebois se sont réjouis par voie de communiqué de la décision du gouvernement fédéral de redonner au Collège militaire royal de Saint-Jean un statut universitaire.

Lors de son dernier passage à Montréal samedi 7 mai pour un colloque sur la défense organisé par le Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec (CIRRICQ), le ministre avait déjà abordé le retour de l’enseignement universitaire à Saint-Jean, annoncé par le gouvernement précédent, laissant entendre que le gouvernement libéral n’avait pas oublié cette question.

L’ex femme politique devenue consultante et conférencière Fatima Houda-Pépin, avait demandé au ministre Sajjan «considérant que vous êtes en train de faire une consultation pour redéfinir la politique nationale de défense du Canada, quelle importance accordez-vous dans l’ordre de vos priorités au retour de la formation universitaire en français au Collège militaire royal de Saint-Jean? ».

Ce à quoi le responsable de la Défense dans le gouvernement Trudeau a répondu, admettant l’importance de ce dossier, qu’il « réexaminait sérieusement cette question ». Le ministre avait alors ajouté que «Si nous sommes sérieux pour ce qui est d’attirer les meilleurs talents, le Collège militaire royal devrait être capable de le faire ».

On n’attendait donc plus que l’annonce officielle sur cette question de toute première importance, non seulement pour le Québec, mais pour les Forces armées canadiennes et l’ensemble du pays. Mais, après tant d’années, subsistait encore un certain scepticisme qui, aujourd’hui, vient de disparaître.

L’importance du retour de l’enseignement universitaire

Tout récemment encore sur nos pages, le lieutenant-général à la retraite et ex sénateur Roméo Dallaire nous expliquait toute l’importance de ce retour à Saint-Jean de l’enseignement universitaire..

Il y a 21 ans, en 1995, le nouvellement élu gouvernement libéral de Jean Chrétien décidait de fermer plusieurs institutions jugées inutiles, dont le Collège militaire royal de Saint-Jean. Le gouvernement de Stephen Harper l’a rouvert en 2008, mais à titre de cégep seulement.

Le Collège militaire royal du Canada, à Kingston, était, depuis lors, la seule université fédérale dédiée à la formation des officiers des Forces armées canadiennes.

Au moment de quitter son poste de commandant du CMR Saint-Jean en juin dernier, la colonel Jennie Carignan avait révélé à 45eNord.ca que plusieurs options de réouverture avaient été préparées et que l’une d’elles avait finalement été choisie en 2014 et s’est traduite par la présentation d’un plan d’affaires plus détaillé avant d’être présenté au Conseil des Forces armées canadiennes.

Puis, lors de la dernière campagne électorale, le Parti conservateur, alors au pouvoir, s’était tout naturellement engagé à rétablir la vocation universitaire du Collège militaire royal de Saint-Jean.

Le lieutenant-général (ret.) Michel Maisonneuve, directeur des études, remettait en 2014 don diplôme à l'élève-officier Jacob Turriff. (Mario Poirier/CMRSJ)
Le lieutenant-général (ret.) Michel Maisonneuve remet don diplôme à l’élève-officier Jacob Turriff. (Photo d’illustration/Archives/Mario Poirier/CMRSJ)

Le nombre de diplômés universitaires francophones du collège militaire avait, il faut aussi le dire, considérablement diminué depuis la fermeture du CMRSJ et le RMC de Kingston éprouvait quant à lui de la difficulté à recruter des francophones du Québec.

Les francophones représentent aujourd’hui environ 22 % des 883 élofs inscrits au programme de formation des officiers de la Force régulière et au programme de formation-intégration à la Réserve, alors qu’à la fermeture du CMRSJ, ils étaient deux fois plus nombreux, soit environ 400.

Mais ce n’est pas qu’une question de langue. Comme nous l’expliquait Roméo Dallaire, «Ça nous prend un endroit où on peut renforcer cette dimension de l’éducation intellectuelle rigoureuse qu’une université fournit à des individus sur, justement, les humanités».

Le Royal Military College [de Kingston, ndlr]oeuvre principalement dans les secteurs techniques et du génie, il fallait donc, selon l’ex haut gradé et homme politique libéral, «un autre endroit d’ouverture, alors que Saint-Jean restait encore une infrastructure non maximisée avec le potentiel d’augmenter le nombre d’élèves officiers».

«Non seulement de francophones, qu’on veut attirer, des francophones de qualité qui fréquenteront ainsi une université de qualité et qui vont servir internationalement», d’insister le général, mais aussi «pour les anglophones qui, eux, ont besoin d’approfondir leurs connaissances, non seulement de notre culture canadienne et québécoise, mais aussi de ‘mousser’ cette dimension biculturelle à être utile internationalement».

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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