G7: Trudeau obtient l’engagement à refuser de payer les terroristes preneurs d’otages

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Justin Trudeau et ses homoloques du G7 à Ise Shima le 26 mai 2016. (Compte Twitter/@JustinTrudeau)
Justin Trudeau et ses homoloques du G7 à Ise Shima le 26 mai 2016. (Compte Twitter/@JustinTrudeau)

Le premier ministre canadien Justin Trudeau s’est déclaré encouragé par les engagements réitérés par ses homologues du groupe des sept pays les plus industrialisés (G7) qui se tenait à Ise Shima, au Japon, de ne pas payer de rançons payées aux terroristes qui prennent des otages.

Le Sommet de cette année se tenait à Ise Shima, au Japon: la présidence du G7 est attribuée à tour de rôle parmi les pays membres. Le Japon occupe la présidence du G7 en 2016, puis ce sera le tour de l’Italie en 2017 et du Canada en 2018.

Outre l’économie, les dirigeants du G7 ont également discuté cette année de questions urgentes en matière de politique étrangère et de sécurité, dont l’ingérence de la Russie en Ukraine, la lutte contre l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) et la crise de réfugiés mondiale. Le premier ministre canadien a pour sa part insisté sur la nécessité, pour les pays du G7, de rester solidaires en refusant de payer des rançons aux groupes terroristes (p 16 et suivantes de la déclaration commune).

La réitération de l’engagement des pays du G7 à ne pas payer de rançons pour faire libérer leurs citoyens pris en otages figure déclaration commune de 32 pages du Sommet, mais ne semble toutefois pas aller beaucoup plus loin qu’il y a trois ans.

L’engagement commun quant à la cessation de tout paiement de rançon ressemble beaucoup à celui qui avait déjà été pris en 2013 et que plusieurs pays du G7 n’ont pas respecté, ont fait remarquer des experts.

«Ça ne ressemble pas à une prise de position ferme, non?, a déclaré David Welch, membre du Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale et titulaire de la chaire en sécurité globale de l’école d’études internationales Balsillie, cité par La Presse Canadienne.

« L’initiative est venue du Canada, c’est ce qui est clair. Ce sera intéressant de voir si les Européens, en particulier, tiendront parole. L’Europe a une longue tradition de payer des rançons pour résoudre des prises d’otages », d,ajouter l’expert.

Les touristes canadiens John Ridsdel (g) et Robert Hall (d) enlevés le 21 septembre 2015 par des hommes armés sur l'île de Samal, aux Philippines. (EASTMINCOM/AFP)
Les touristes canadiens John Ridsdel (g) et Robert Hall (d) enlevés le 21 septembre 2015 par des hommes armés sur l’île de Samal, aux Philippines. (EASTMINCOM/AFP)
Le mois dernier, un Canadien détenu depuis plusieurs mois par les militants d’Abou Sayyaf aux Philippines,John Ridsdel, avait été décapité. Les djihadistes avaient réclamé une rançon en échange de sa remise en liberté.

Un autre Canadien, Robert Hall, a lui aussi été kidnappé aux Philippines par le même groupe et sa vie est menacée.

Au lendemain de l’exécution le 25 avril dernier de John Ridsdel, Justin Trudeau avait rappelé la politique canadienne de ne jamais verser de rançon à des terroristes, que ce soit directement ou indirectement.

Le premier ministre canadien, qui était alors interrogé par les journalistes à l’issue de deux jours de réunion de son cabinet à Kananaskis en Alberta, avait expliqué que, non seulement les rançons constituent une importante source de financement pour les organisations terroristes, mais que céder au chantage des ravisseurs mettrait en péril la vie des millions de Canadiens qui habitent, travaillent ou voyagent à l’étranger.

Le premier ministre canadien s’était entretenu auparavant avec David Cameron, premier ministre du Royaume-Uni, à la suite du meurtre de John Ridsdel, et les deux premiers ministres se sont entendus sur le principe de refuser de verser toute rançon dans des situations comme celle-ci, avait alors rapporté le bureau du premier ministre canadien, rappellant que «le versement de rançons ne fait que perpétuer la violence à l’égard de nos citoyens».

David Cameron et Justin Trudeau appuient donc tous deux clairement et sans détour l’objectif de promouvoir ce principe dans l’ensemble de la communauté internationale « et ont convenu de continuer de travailler ensemble à favoriser la sécurité de [leurs]citoyens partout dans le monde».

Mais, si tous les pays, ou presque, se défendent bien de verser le moindre sou aux groupes terroristes, en juillet 2014 le réputé quotidien américain New York Times publiait une enquête qui révélait que les rançons sont (sans jeu de mots) monnaie courante et qu’elles ont rapporté près de 125 millions de dollars à al-Qaida et ses groupes affiliés depuis 2008.

Seuls quelques pays refusent véritablement de payer des rançons, dont les États-Unis et la Grande-Bretagne, bien que cette politique puisse évidemment coûter la vie de l’otage.

Même si choisir entre le paiement de la rançon ou la mort de l’otage est sans aucun doute un dilemme effroyable, cette stratégie des pays anglo-saxons semble efficace et semble aussi avoir fait de leurs ressortissants des proies moins tentantes pour les groupes dont la motivation est tout autant, sinon davantage financière qu’idéologique. En 2014 par exemple, sur les 53 otages enlevés par al-Qaida les cinq années, précédentes, il n’y avait que trois Américains.

160527 G7 Ise Shima Leaders Declaration

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