Irak: la bataille de Falloujah contre l’EI s’annonce difficile

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Forces irakiennes le 23 mai 2016 à à l'assaut de la ville de Falloujah. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)
Forces irakiennes le 23 mai 2016 à à l’assaut de la ville de Falloujah. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)

Les forces irakiennes ont lancé lundi une vaste offensive pour reprendre la ville de Falloujah au groupe État islamique (EI), une bataille qui s’annonce comme l’une des plus difficiles dans la guerre contre les djihadistes.
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Mise à jour au 24/05/2016 à 9h41

Les forces irakiennes resserraient mardi le siège autour des combattants du groupe Etat islamique (EI) à Fallouja, où des civils se retrouvent piégés, offrant un peu de répit au Premier ministre Haider al-Abadi en pleine tourmente politique.

« Les forces fédérales ont avancé vers l’est de Fallouja tôt ce matin depuis trois directions », a affirmé à l’AFP le capitaine de police Raed Shaker Jawdat.

Les forces paramilitaires des Hached al-Chaabi (Mobilisation populaire), constituées principalement de milices chiites, ont également gagné du terrain au sud de la ville.

Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) estime qu’il y a encore environ 50.000 personnes dans cette ville conquise par l’EI en janvier 2014.

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Des bombardements aériens accompagnaient l’avancée des troupes vers cette ville de la province d’Al-Anbar située à seulement une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad, a constaté un photographe de l’AFP.

Le signal de l’ offensive a été donné dans la nuit par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, qui a ensuite visité le centre de commandement.

« Dans les premières heures, les braves combattants ont progressé » dans plusieurs directions afin de reprendre « toutes les zones occupées par l’EI autour de Falloujah », a déclaré M. Abadi à la télévision.

Lundi soir, les forces de sécurité ont annoncé avoir déjà repris Karma, une petite ville située dans un secteur rural au nord-est de Falloujah. « Ils ont hissé le drapeau (irakien) sur l’hôtel de ville », a dit le général Abdel Wahab al-Saadi.

Plus tôt dans la journée, l’EI avait affirmé avoir repoussé « une large attaque » des forces irakiennes et détruit de nombreux blindés.

Falloujah est une ville clé pour l’EI puisqu’elle avait été la première conquise par les jihadistes en janvier 2014 au début de leur conquête de larges pans du territoire irakien.

Ce bastion sunnite avait auparavant été une ville symbole sous l’occupation américaine. L’armée américaine avait eu énormément de mal en 2004 à déloger les insurgés et y avait livré les combats parmi les plus durs depuis la guerre du Vietnam.

Crise politique

La bataille de Falloujah s’inscrit dans le cadre de la lutte globale contre le groupe djihadiste implanté en Irak et en Syrie, où il a revendiqué lundi des attentats ayant fait 148 morts au cœur de la zone contrôlée par le régime selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

M. Abadi a précisé que l’opération aurait dû commencer plus tôt mais qu’elle avait été retardée par « les problèmes politiques et certains évènements (…) menaçant la sécurité dans Bagdad ».

L’Irak est embourbé depuis plusieurs mois dans une crise politique qui s’est matérialisée ces dernières semaines par l’envahissement à deux reprises par des manifestants de la Zone verte ultrasécurisée de Bagdad qui abrite les principales institutions de l’Etat.

L’opération sur Falloujah est menée, selon M. Abadi, par des militaires, des membres des forces spéciales et de la police, des milices et des tribus progouvernementales. Ces forces bénéficient du soutien de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les États-Unis.

Selon le porte-parole de la coalition Steve Warren, 21 frappes aériennes ont été menées sur des positions de l’EI dans et autour de Falloujah depuis le 17 mai. Et un porte-parole du Pentagone a indiqué que l’armée américaine était prête à déployer ses hélicoptères de combat si le gouvernement irakien le demandait.

Bagdad a pour sa part annoncé avoir bombardé la ville avec des chasseurs F-16 mis à disposition par les Américains.

Pénuries de nourriture

Dimanche, le Commandement irakien des opérations avait appelé les civils à quitter Falloujah. Ceux qui ne peuvent partir doivent accrocher un drapeau blanc sur leur maison et se tenir loin des positions de l’EI, avait-il ajouté.

Des responsables ont fait état ces dernières semaines du départ de dizaines de familles, mais l’EI a tenté d’empêcher les civils de quitter la ville, qui comptait auparavant environ 300.000 habitants.

L’ONU estime qu’il y a environ 50.000 personnes encore à Falloujah et qu’il est « important que les habitants puissent disposer de couloirs sûrs » pour fuir la ville, a indiqué lundi son porte-parole Stéphane Dujarric.

Parallèlement, les forces progouvernementales ont été accusées d’empêcher l’entrée de nourriture dans Falloujah, qui manque notamment de médicaments. « L’aide n’est pas entrée dans Falloujah depuis que le gouvernement a repris la ville voisine de Ramadi », selon le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés.

Si la reprise de Mossoul (nord), la deuxième ville du pays, est l’un des objectifs prioritaires de Bagdad, ses forces déployées depuis plusieurs mois dans la province septentrionale de Ninive progressent lentement et un éventuel assaut sur Mossoul n’est pas imminent.

Dans la province d’Al-Anbar, par contre, les forces de sécurité ont repris ces derniers mois au groupe jihadiste sunnite la capitale régionale Ramadi ainsi que les villes de Hit et Routba.

De larges parts de cette province majoritairement sunnite restent néanmoins aux mains de l’EI, qui a eu l’opportunité depuis deux ans de renforcer ses défenses, notamment à Falloujah.

Les forces irakiennes ont toutefois l’avantage de bien connaître cette zone, surtout si elles s’appuient sur les combattants des tribus qui leurs sont loyales.

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