La communauté internationale prête à armer la Libye contre la menace djihadiste

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Le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj, le 8 janvier 2016 à Tunis. (Archives/FETHI BELAID/AFP)
Le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj, le 8 janvier 2016 à Tunis. (Archives/FETHI BELAID/AFP

Les grandes puissances et les pays voisins de la Libye ont décidé lundi de soutenir le réarmement du gouvernement d’union nationale à Tripoli qui tente d’asseoir son autorité sur un pays miné par les divisions politiques et la menace djihadiste.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a annoncé à Vienne que 25 pays et institutions internationales s’étaient mis d’accord pour appuyer la démarche du nouvel exécutif libyen qui va demander à être exempté de l’embargo sur les ventes d’arme à la Libye en vigueur depuis 2011.

Il s’agit pour Tripoli, selon M. Kerry, « de pouvoir acquérir les armes et les balles nécessaires pour combattre Daesh et d’autres groupes terroristes ».

John Kerry et son homologue italien Paolo Gentiloni ont soutenu que la communauté internationale n’avait en revanche pas l’intention d’intervenir militairement en Libye pour soutenir le gouvernement d’union nationale dirigé par Fayez al-Sarraj, installé depuis mars à Tripoli et parrainé par l’ONU.

Présent à Vienne, Fayez al-Sarraj a sollicité de l’aide auprès des ministres présents qui se sont dit prêts « à répondre aux demandes du gouvernement libyen en vue d’entraîner et d’équiper la garde présidentielle et les forces autorisées ».

« Les États-Unis sont prêts à fournir de l’aide humanitaire, économique et un appui en matière de sécurité au nouveau gouvernement libyen s’il le demande », a déclaré le chef de la diplomatie américaine.

La Russie, l’Arabie Saoudite, la Chine, l’Egypte, la Tunisie, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie sont notamment signataires de cet engagement pris à l’issue d’une rencontre qui a duré moins de deux heures.

L’embargo de l’ONU sur les ventes d’armes à la Libye a été imposé au début de la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, mais a été violé à maintes reprises.

Il sera maintenu et même renforcé pour les factions rivales au gouvernement de Tripoli, ont assuré les participants à la réunion de Vienne.

« Coopération de tous » nécessaire

Plus d’un mois et demi après son installation, le gouvernement d’union nationale de M. al-Sarraj peine à asseoir son autorité et à gagner l’adhésion d’un gouvernement parallèle installé dans l’Est. Ce dernier refuse de céder le pouvoir avant un vote de confiance du Parlement, maintes fois reporté.

Le gouvernement Sarraj est également sous pression des jihadistes du groupe Etat islamique (EI) qui ont récemment étendu leur influence à l’ouest de la ville libyenne de Syrte qu’ils contrôlent depuis juin 2015.

« La stabilisation de la Libye est la réponse clef à ces risques et pour stabiliser la Libye, nous avons besoin d’un gouvernement d’un gouvernement », a souligné M. Gentiloni.

« Je serai franc, la situation en Libye est extrêmement mauvaise économiquement, financièrement et sur le plan de la sécurité. Nous avons besoin de la coopération de tous », a observé le chef de l’exécutif libyen qui s’exprimait lors d’une conférence de presse aux côtés des chef de la diplomatie américain et italien.

L’enjeu est aussi d’endiguer le flux migratoire depuis la Libye, à 300 kilomètres seulement des côtes italiennes.

Dissensions politiques et vide sécuritaire ont facilité depuis 2014 l’implantation de l’EI en Libye, constituant une menace directe pour ses voisins et l’Europe.

Les combattants de l’EI se sont emparés la semaine dernière de la localité d’Abou Grein, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Syrte, après une série d’attaques contre les forces militaires du gouvernement d’union. C’est la première fois que le groupe extrémiste réussit à étendre son contrôle à l’ouest de cette ville.

La guerre contre les djihadistes est l’un des éléments de la rivalité entre les forces du gouvernement d’union et celles du gouvernement parallèle basées dans l’est et dirigées par le général controversé Khalifa Haftar.

Les deux autorités rivales accélèrent les préparatifs pour déclencher en premier l’offensive visant à chasser l’EI de Syrte, au risque d’éloigner la perspective d’une réconciliation et d’une victoire contre les djihadistes.

L’EI compte 3.000 à 5.000 combattants en Libye et tenterait d’y attirer des centaines de recrues étrangères, selon des sources françaises et américaines.

Résolution de l’ONU en préparation pour étendre la mission navale de l’UE

Par ailleurs, la France et le Royaume Uni préparent un projet de résolution à l’ONU qui permettrait à l’opération navale européenne au large de la Libye de faire respecter l’embargo sur les armes imposé à ce pays, ont indiqué lundi des diplomates.

La « décision politique » a été prise à Bruxelles d’étendre ainsi le mandat de l’opération Sophia, conçue initialement pour traquer les passeurs de migrants, a indiqué un diplomate.

Aux termes de la résolution en préparation, la force navale de l’Union européenne servirait aussi à former et entrainer les garde-côtes libyens.

Si les bâtiments de guerre européens repèrent l’arrivée d’armes en Libye, explique un autre diplomate, « ils seront à même de bloquer les navires les transportant » sans avoir à demander l’autorisation des pays dont ces navires battent pavillon.

La plupart des armes ne vont pas au gouvernement légitime mais à son rival ou à des groupes armés, a-t-il souligné.

Les ministres des affaires étrangères de l’UE pourraient donner leur feu vert formel le 23 mai à cette extension des activités de Sophia.

Pour l’instant, l’opération européenne se limite à la haute mer. L’étendre aux eaux territoriales libyennes nécessiterait l’accord des autorités libyennes.

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