Le CMR Saint-Jean retrouve son statut universitaire, le général Dallaire en explique l’importance (VIDÉO)

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Selon plusieurs sources militaires concordantes et bien renseignées, le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan doit annoncer mardi à Saint-Jean le 17 mai lors d’un colloque sur le leadership le retour de l’enseignement universitaire au Collège royal militaire Saint-Jean. Rencontré sur place lors du défilé annuel, le lieutenant-général à la retraite et ex sénateur Roméo Dallaire nous en expliqué toute l’importance.

Il y a 21 ans, en 1995, le nouvellement élu gouvernement libéral de Jean Chrétien décidait de fermer plusieurs institutions jugées inutiles, dont le Collège militaire royal de Saint-Jean. Le gouvernement de Stephen Harper l’a rouvert en 2008, mais à titre de cégep seulement.

Le Collège militaire royal du Canada, à Kingston, était, depuis lors, la seule université fédérale dédiée à la formation des officiers des Forces armées canadiennes.

Au moment de quitter son poste de commandant du CMR Saint-Jean en juin dernier, la colonel Jennie Carignan avait révélé à 45eNord.ca que plusieurs options de réouverture avaient été préparées et que l’une d’elles avait finalement été choisie en 2014 et s’est traduite par la présentation d’un plan d’affaires plus détaillé avant d’être présenté au Conseil des Forces armées canadiennes.

Puis, lors de la dernière campagne électorale, le Parti conservateur, alors au pouvoir, s’était tout naturellement engagé à rétablir la vocation universitaire du Collège militaire royal de Saint-Jean.

Le nombre de diplômés universitaires francophones du collège militaire avait, il faut aussi le dire, considérablement diminué depuis la fermeture du CMRSJ et le RMC de Kingston éprouvait quant à lui de la difficulté à recruter des francophones du Québec.

Les francophones représentent aujourd’hui environ 22 % des 883 élofs inscrits au programme de formation des officiers de la Force régulière et au programme de formation-intégration à la Réserve, alors qu’à la fermeture du CMRSJ, ils étaient deux fois plus nombreux, soit environ 400.

Mais tout ça n’est pas qu’une question de langue.

Au colloque sur la politique de défense qui s’était tenu le 7 mai à Montréal, le ministre Sajjan avait déclaré qu’il réexaminait sérieusement cette question.

Le ministre avait alors ajouté que « Si nous sommes sérieux pour ce qui est d’attirer les meilleurs talents, le Collège militaire royal devrait être capable de le faire », laissant toutefois perplexes plusieurs observateurs qui prenaient pour déjà acquise que la décision de ramener l’enseignement universitaire.

Le général Dallaire nous explique l’importance du retour de l’enseignement universitaire

Ce dimanche 15 mai, invité d’honneur à l’inauguration du Musée du Fort-Saint-Jean, le lieutenant-général et sénateur libéral à la retraite bien connu, Roméo Dallaire, n’avait pas manqué de souligner qu’il espérait pour bientôt cette annonce de la part « d’un gouvernement dans lequel nous avons mis tant d’espoir ».

En entrevue à 45eNord.ca aujourd’hui, le général a expliqué pourquoi le retour de l’enseignement universitaire à Saint-Jean est si important.

Il a été établi en l’an 2000 un principe fondamental: « que pour être un officier dans les Forces armées, il faut avoir un degré universitaire d’envergure et reconnu », de souligner le général.

« Mais il y a aussi la nature des cours à prendre », explique également Roméo Dallaire. « On a besoin d’ingénieurs, on a besoin de techniciens, mais on a besoin de ‘l’émancipation intellectuelle’ du corps des officiers dans les humanités, l’anthropologie, la sociologie, la philosophie, afin de comprendre la complexité des missions, des conflits, des frictions qui existent dans les pays ».

Et, pour le général, « Ça nous prend un endroit où on peut renforcer cette dimension de l’éducation intellectuelle rigoureuse qu’une université fournit à des individus sur, justement, les humanités ».

Le Royal Military College [de Kingston, ndlr]oeuvre principalement dans les secteurs techniques et du génie, il fallait donc, selon l’ex haut gradé et homme politique libéral, « un autre endroit d’ouverture, alors que Saint-Jean restait encore une infrastructure non maximisée avec le potentiel d’augmenter le nombre d’élèves officiers ».

« Non seulement de francophones , qu’on veut attirer, des francophones de qualité qui fréquenteront ainsi une université de qualité et qui vont servir internationalement », d’insister le général, mais aussi « pour les anglophones qui, eux, ont besoin d’approfondir leur connaissance, non seulement notre culture canadienne et québécoise, mais aussi de ‘mousser’ cette dimension biculturelle à être utile internationalement ».

« Les Forces armées ne peuvent pas continuer à œuvrer à l’atteinte des objectifs, tant en nombre qu’en qualité et en contenu sans que le Collège royale militaire de Saint-Jean devienne une université », de conclure le général.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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