Les Casques bleus pourraient dorénavant protéger les civils par la force en tout temps

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Des Casques bleus rwandais de la Minusca patrouillent sur un marché de Bangui, le 14 septembre 2015 à Bangui (Archives/EDOUARD DROPSY/AFP)
Des Casques bleus rwandais de la Minusca patrouillent sur un marché de Bangui, le 14 septembre 2015 à Bangui (Archives/EDOUARD DROPSY/AFP)

Vingt-neuf pays qui fournissent des Casques bleus à l’ONU ont adhéré mercredi aux « principes de Kigali », un engagement pour donner priorité à la protection des civils, y compris par la force, ont annoncé les Pays-Bas et le Rwanda.

Le chef de la diplomatie néerlandaise Bert Koenders et l’ambassadeur rwandais Eugène-Richard Gasana ont organisé mercredi un débat aux Nations unies sur les progrès de cette initiative, lancée en mai 2015 à Kigali.

« Les échecs du passé ne doivent pas nous dicter notre avenir », a déclaré M. Gasana, dont le pays a connu en 1994 un génocide que l’ONU n’a pas su empêcher. « Aujourd’hui nous avons lancé un mouvement » qui va permettre de « sauver de vies », a-t-il ajouté.

La présence à Srebrenica (Bosnie) en 1995 de Casques bleus néerlandais faiblement armés n’avait pas empêché des soldats serbes de perpétrer le pire massacre commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

« Le drapeau bleu (de l’ONU, Ndlr) doit fournir une protection et ce n’est pas toujours le cas », a déploré M. Koenders.

Il a souligné que « des dizaines de millions de personnes en zones de conflit attendent de l’ONU qu’elle les préserve des ravages de la guerre » mais que les Casques bleus « ont du mal » à le faire en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud ou en République centrafricaine.

Les 29 pays signataires incluent des contributeurs importants comme le Bangladesh et l’Ethiopie (plus de 8.000 Casques bleus chacun) ou le Rwanda (6.000).

Mais il manque à l’appel le Pakistan (7.600 Casques bleus) ou l’Inde (7.800), et parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité seul Washington a pour l’instant adhéré.

Les États-Unis n’ont que 80 officiers sur le terrain mais finance 28% du budget du maintien de la paix, soit 8,27 milliards de dollars par an.

Les Casques bleus fournis par ces 29 pays représentent le tiers des quelque 104.000 forces actuellement déployées, a souligné l’ambassadrice américaine Samantha Power.

Selon les principes de Kigali, les Casques bleus doivent « se préparer à utiliser la force pour protéger les civils autant que nécessaire, en accord avec le mandat » de leur mission, y compris en menant des « actions militaires directes contre les acteurs armés » menaçant ces civils.

Dix des 16 missions de l’ONU dans le monde ont dans leur mandat l’obligation de protéger par la force la population en cas de menace imminente. Mais un rapport interne de 2014 avait révélé que trop souvent les Casques bleus « battent en retraite au lieu de tenir bon », a rappelé Mme Power.

Le Canada

Le Canada pour sa part n’a pas encore formellement approuvé les principes de Kigali, mais il a toujours été et demeure un fervent partisan de la protection des civils, a expliqué à 45eNord.ca la porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, Amy Mills.

Le Canada a longtemps été à l’avant-garde des efforts visant à renforcer les normes internationales pour prévenir ou atténuer la violence contre les civils, promouvoir une gamme de mesures visant à améliorer leur protection juridique et physique, et réduire l’impunité pour ceux coupables de violations et d’abus contre eux, souligne la porte-parole.

En outre, « La protection des civils est un thème porteur pour les activités du Canada afin de faire progresser le rôle des femmes dans la paix et la sécurité internationales et à prévenir la violence sexuelle et sexiste, ainsi que pour éradiquer l’exploitation et les abus sexuels par le personnel des Nations Unies », souligne aussi Amy Mills.

Le Canada a défendu l’adoption de l’ordre du jour de protection des civils en tant que membre du conseil de sécurité de l’ONU en 1999 et a ensuite dirigé le développement de la responsabilité liée à la protection de cette doctrine.

Le 19 janvier dernier, devant le conseil, alors que de nombreux États Membres réaffirmaient devant le Conseil leur engagement à protéger les civils de la brutalité des conflits, l’ambassadeur canadien Michael Grant s’engageait résolument pour la protection des civils par les Nations Unies.

« Même s’il incombe aux gouvernements nationaux de protéger les civils, les Nations Unies et le Conseil de sécurité ont aussi un rôle important à jouer, d’autant plus qu’ils ont les outils nécessaires pour prévenir les conflits, y faire face et les régler », avait alors affirmé le représentant du Canada.

« Les recommandations du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix et les initiatives prometteuses comme les ‘Principes de Kigali’ pourront nous guider dans le renforcement de notre capacité à protéger les civils sur le terrain », avait alors expliqué le diplomate canadien.

*Avec AFP

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