Le monde ne fait rien alors que le génocide rwandais se répète en Syrie, dénonce Roméo Dallaire

0
Le lieutenant-général à la retraite et ex sénateur libéral Roméo Dallaire estime qu'on assiste actuellement en Syrie à un génocide semblable à celui de 1994 au Rwanda, à l'époque où il était à la tête de la MINUAR, la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda, et dénonce l'inaction du monde face au «génocide syrien».
Le lieutenant-général à la retraite et ex sénateur libéral Roméo Dallaire estime qu’on assiste actuellement en Syrie à un génocide semblable à celui de 1994 au Rwanda, à l’époque où il était à la tête de la MINUAR, la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda, et dénonce l’inaction du monde face au «génocide syrien».

Le génocide rwandais se répète maintenant en Syrie, et encore une fois, on ne fait rien malgré l’évidence, dénonce Roméo Dallaire à l’occasion de la présentation à Ottawa de photos accablantes prises par un militaire syrien des atrocités commises dans les geôles du régime Assad.

Le militaire à la retraite, auteur du livre « J’ai serré la main du diable » sur les massacres du 7 avril 1994 à juillet 1994 au Rwanda qui ont coûté la vie à environ 800 000 Rwandais, faisait partie d’une délégation venue aujourd’hui sur la colline du Parlement documenter les atrocités commises par le régime en Syrie aujourd’hui.

La délégation a présenté à Ottawa 55 000 Photos qui dépeignent les atrocités commises contre des civils dans les prisons syriennes par le régime du président Bachar al-Assad. Les photos ont été sortis clandestinement de Syrie et montrent des actes de torture sur des hommes, des femmes et des enfants.

Les photos de Caesar

Les photos du photographe connu uniquement sous le pseudonyme de Caesar. (martial-trezzini-epa)
Les photos du photographe connu uniquement sous le pseudonyme de Caesar. (martial-trezzini-epa)
Naomi Kikoler, directrice adjointe du Centre Simon-Skjodt pour la prévention des génocides, à Washington, estime pour sa part que la communauté internationale doit faire pour les Syriens ce qu’elle n’a pas su faire pour les Juifs lors de l’Holocauste au XXe siècle: «En publiant ces photos, nous espérons faire pour les Syriens ce qui n’a pas été fait pour les Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale: mettre en lumière leurs souffrances et faire pression pour que les autres posent des gestes afin de prévenir ces crimes et protéger ces communautés.»

Si les terroristes de l’État islamique proclament leurs atrocités sur les réseaux sociaux, l’État syrien, lui, au contraire, cache ses méfaits dans le silence de ses donjons. Avant César, aucun initié avait fourni des preuves de l’existence de la machine de mort syrienne.

Pendant deux ans, entre 2011 et 2013, l’ancien photographe militaire syrien connu seulement sous le pseudonyme de César utilisait un ordinateur de la police à Damas pour copier des milliers de photographies de détenus qui ont été torturés à mort dans les prisons de Bachar al-Assad.

Mois après mois, pendant deux ans, cet homme, resté anonyme, a pris des photos de corps torturés, affamés et brûlés. Ses ordres étaient de photographier les corps afin de documenter les décès des détenus. Il a ensuite fait secrètement des copies qu’il a transférées sur une clé USB afin qu’il puisse les faire sortir de son bureau, caché dans ses chaussures ou sa ceinture, et les transmettre à un ami qui pourrait les faire sortir du pays.

Roméo Dallaire dénonce l’inaction du monde

Roméo Dallaire a déclaré qu’il a vu de ses yeux des enfants être recrutés dans des camps de réfugiés en Jordanie pour aller se battre en Syrie, à l’image de ce qu’il avait constaté en 1994 lors du génocide du Rwanda, qui a fait des centaines de milliers de morts.

Tout récemment, alors que le Canada ajoutait son nom à ceux des vingt-neuf pays qui ont adhéré ce mois-ci aux «principes de Kigali» qui font de la protection des civils une priorité des Casques bleus, quelque soit la mission, le général nous annonçait que les négociations négociation avec les Forces armées rwandaise sur la formation des militaires de ce pays sur la protection des enfants-soldats venaient d’aboutir.

Aujourd’hui, son regard se tourne vers la Syrie: «C’est une honte pour l’humanité lorsqu’une société utilise des enfants comme chair à canon pour une telle cause désespérée, a-t-il soutenu mardi. Et par notre inaction, nous participons à cette disgrâce.»

Le militaire à la retraite, que beaucoup au Canada et dans le monde considère comme un héros, croit que la communauté internationale doit conclure un accord de paix très strict pour mettre fin à la guerre civile en Syrie.

Le conflit en Syrie qui s’éternise depuis cinq ans et a fait plus de 280 000 morts et des millions de déplacés.

Roméo Dallaire a été le commandant des Casques bleus que les Nations unies avaient déployés au Rwanda pour tenter – en vain – de maintenir la paix dans ce pays. L’ONU estime qu’environ 800 000 Rwandais, en majorité tutsis, ont perdu la vie durant les trois mois qu’ont duré les massacres. Ceux qui parmi les Hutus se sont montrés solidaires des Tutsis ont aussi été tués, considérés comme traîtres à la cause hutu.

D’une durée de cent jours, ce fut le génocide le plus rapide de l’histoire et celui de plus grande ampleur quant au nombre de morts par jour.

Depuis ce génocide d’une ampleur sans précédent, le général Dallaire a fait campagne sans relâche pour la prévention des conflits ainsi que contre l’utilisation des enfants-soldats à travers le Roméo Dallaire Child Soldiers Initiative. Il oeuvre aussi à l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne de l’Université Concordia.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.