Prestations pharmaceutiques: la santé des vétérans mise en péril pour faire des économies

0


Les prestations pharmaceutiques — Anciens Combattants Canada. (BVG-Canada)

Le bureau du Vérificateur général (VG), Michaël Ferguson, conclut après examen qu’Anciens Combattants Canada (ACC) n’a pas géré adéquatement le volet « assurance-médicaments » de son Programme des avantages pour soins de santé, tentant plutôt de faire des économies aux dépens de la santé des vétérans.

ACC a eu recours à certaines « stratégies de rentabilité » pour gérer le coût des médicaments, dit le rapport due 32 pages du vérificateur, « mais il n’a pas utilisé toute l’information dont il disposait pour sélectionner et documenter les médicaments qu’il acceptait de couvrir ».

Le ministère a surveillé l’utilisation de certains médicaments à risque élevé, mais il n’a pas établi une approche de surveillance bien définie qui aurait pu l’aider à détecter des tendances importantes pour la santé et le mieux-être des vétérans et pour la gestion du programme, affirme très clairement le rapport.

« Dans l’ensemble », poursuit le rapport, »nous avons constaté qu’Anciens Combattants Canada ne disposait pas d’un processus adéquat pour prendre des décisions fondées sur des éléments probants concernant sa liste de médicaments couverts ».

Pire, pour 17 des 32 décisions examinées, dit le bureau de Michaël Ferguson, ACC n’a pas été en mesure de démontrer qu’il avait dûment tenu compte des besoins des vétérans, des pratiques et des politiques en vigueur en matière de santé, des résultats des recherches cliniques et du rapport coût-efficacité des médicaments.

En outre, décisions fondées ou pas, le rapport mentionne également qu’aucune échéance n’avait été fixée pour mettre à jour la liste de médicaments couverts en fonction des décisions prises  à l’égard des médicaments.

Finalement,  toujours selon le VG,  ACC a déployé peu d’efforts pour analyser l’utilisation de médicaments ne figurant pas sur sa liste des médicaments couverts, mais auxquels les vétérans admissibles pouvaient avoir accès au cas par cas. « Faute d’une telle analyse, le Ministère peut difficilement déterminer les médicaments qui sont régulièrement approuvés sur demande et qui pourraient donc être ajoutés à sa liste de médicaments couverts. Une telle pratique allégerait le fardeau administratif des vétérans et réduirait les frais d’administration du Ministère », souligne le rapport du vérificateur général.

On ne peut que terminer la lecture du dernier rapport du VG avec amertume. Anciens Combattants Canada a pour mission d’assurer une couverture médicaments qui favorise la santé et le mieux-être des vétérans, dont certains sont considérés comme étant vulnérables et ont besoin de soins particulier pour traiter des problèmes de santé complexes, comme des troubles de santé mentale. Il est impossible de ne pas conclure que le comportement du ministère a mis carrément la mission en péril.

Être humainement responsable

Le bureau du vérificateur recommande donc d’instaurer un cadre décisionnel précisant les types d’éléments probants qui doivent être pris en compte et la manière de le faire et d’utiliser ce cadre pour déterminer les médicaments qu’il payera et la limite du montant couvert. Le cadre devrait aussi comprendre l’exigence que la liste des médicaments couverts soit mise à jour en temps opportun.

ACC devrait aussi établir une approche bien définie pour surveiller l’utilisation des médicaments qui soit adaptée aux besoins des vétérans et contribue à la bonne gestion du programme de prestations pharmaceutiques.

ACC a appliqué certaines stratégies de rentabilité pour gérer le coût des médicaments: la substitution des génériques aux médicaments de marque, les ententes avec certaines associations de pharmaciens pour obtenir des prix réduits, notamment grâce à la réduction de la marge bénéficiaire de certains médicaments et des frais d’exécution d’ordonnance.

Cependant, le Ministère n’a pas évalué les résultats de ces stratégies. De plus, il n’a pas mis en œuvre des stratégies pour les nouveaux médicaments onéreux qui entrent sur le marché, ni pour gérer la hausse des coûts de la marijuana à des fins médicales.

Le Ministère doit employer des stratégies de rentabilité pour gérer, dans la mesure du possible, les coûts afin d’assurer une gestion prudente des fonds publics, mais doit avant tout « établir une approche bien définie pour surveiller l’utilisation des médicaments qui soit adaptée aux besoins des vétérans et contribue à la bonne gestion du programme de prestations pharmaceutiques », conclut le rapport du vérificateur général.

Le ministre Herh accepte toutes les recommandation du Vérificateur

De son côté, le ministre des Anciens combattants, Kent Hehr, a tout de suite déclaré accepter toutes les recommandations du vérificateur général.

« Le gouvernement du Canada est déterminé à fournir à nos vétérans et à leurs familles les soins et le soutien dont ils ont besoin pour assurer leur santé et leur bien-être », a assuré le ministre. « Ces recommandations nous aideront à mieux servir nos vétérans, et à remplir notre obligation envers ceux et celles qui ont servi notre pays. « .

Le ministre compte mettre en œuvre chacune de ces recommandations pour s’assurer que le Programme des avantages pour soins de santé est efficace et efficient pour ceux qui l’utilisent.

Le ministère travaillera également à améliorer son système de prestation en partenariat avec les professionnels de la santé réglementés qui fournissent des soins directs à nos vétérans et le ministre a annoncé qu’il y a environ six semaines, il a demandé qu’il soit précédé à un examen afin d’évaluer la façon dont nous permettons aux vétérans d’obtenir de la marijuana à des fins médicales.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que « fiscalement responsable » puisse à l’avenir aller de pair avec « humainement responsable ».

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.