Syrie: la situation devient « hors de contrôle », avertit Kerry

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Le Secrétaire d'Etat américain, John Kerry répond aux journalistes le 6 août 2015 à Kuala Lumpur, en Malaisie, au cours d'une conférence de presse après deux jours de rencontres à la réunion ministérielle de l'ASEAN. (Département d'État)
Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry répond aux journalistes le 6 août 2015. (Département d’État)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry qui tente de sauver la trêve en Syrie a reconnu lundi à Genève que la situation devenait « hors de contrôle » même si les bombardements du régime ont baissé d’intensité sur la ville d’Alep.

M. Kerry, qui a rencontré l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a annoncé qu’il allait appeler son homologue russe Sergueï Lavrov pour plaider un rétablissement du cessez-le-feu.

« Le conflit devient à bien des égards hors de contrôle », a déclaré John Kerry.

Staffan de Mistura doit pour sa part se rendre à Moscou mardi pour rencontrer le chef de la diplomatie russe, avec toujours le même sujet à l’ordre du jour : le rétablissement du cessez-le-feu, entré en vigueur le 27 février mais gravement compromis ces derniers jours.

Moscou et Washington sont les initiateurs du processus de paix en Syrie, et M. de Mistura a indiqué que si les deux pays ne parviennent pas à s’entendre il n’est guère probable qu’il y ait des avancées.

Alliée du président syrien Bachar al-Assad, la Russie a fait état dimanche de pourparlers en cours pour parvenir à une suspension des combats à Alep. Les Etats-Unis avaient auparavant appelé à l’arrêt des bombardements du gouvernement sur la partie de la ville du nord de la Syrie tenue par les rebelles.

Après plusieurs raids et affrontements dans la nuit entre régime syrien et rebelles dans la deuxième ville de Syrie, aucun raid ou tir n’a été entendu depuis le matin dans le secteur rebelle, selon un correspondant de l’AFP.

Des habitants se sont aventurés dans la rue, profitant du calme, et quelques échoppes ont ouvert leurs portes, mais la circulation restait faible.

D’intenses raids aériens avaient eu lieu dans la nuit selon le journaliste de l’AFP. Aucune indication n’a pu être obtenue dans l’immédiat sur d’éventuelles victimes.

Plus de 250 civils dont une cinquantaine d’enfants ont péri depuis la reprise le 22 avril des violences à Alep, la majorité dans des raids menés par l’aviation du régime, en violation de la trêve.

« Ce qui se passe à Alep est une honte. C’est une violation du droit humanitaire. C’est un crime », a affirmé lundi le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir, avant sa rencontre à Genève avec John Kerry.

Il a également accusé les Russes et le président Bachar al-Assad de violer « tous les accords conclus » pour soutenir le processus de paix.

Le secrétaire d’Etat américain a quant à lui expliqué que Washington allait demander aux rebelles modérés de se distancer à Alep du Front Al-Nosra, le plus important groupe jihadiste en Syrie après l’Etat islamique (EI).

La Russie et le gouvernement de Bachar al-Assad ont justifié l’offensive sur Alep par la présence d’Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, qui n’est pas englobé par l’accord de trêve du 27 février.

Moscou avait annoncé dimanche que des « négociations actives » étaient en cours pour faire terme les armes dans la province d’Alep.

Le Centre russe pour la réconciliation des parties belligérantes en Syrie, créé par l’armée russe pour superviser la trêve, a indiqué lundi que ces négociations se poursuivaient.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a souhaité l’organisation rapide d’une réunion ministérielle du groupe international de soutien à la Syrie pour « restaurer la trêve », et a appelé les alliés russe et iranien de Damas à faire pression sur le régime syrien.

« La France condamne avec force les attaques du régime qui ont causé de nombreuses victimes » et « appelle les soutiens du régime à prendre leurs responsabilités et à user de leur influence sur Damas pour faire taire les armes », a déclaré le porte-parole du Quai d’Orsay Romain Nadal.

Le 3e round de négociations qui avait commencé le 13 avril s’est achevé le 27 avril à Genève. Les principaux représentants de l’opposition ont quitté la table des négociations pour protester contre la dégradation de la situation humanitaire et les violations de la trêve.

M. de Mistura a demandé à ce que le cessez-le-feu soit « revitalisé », avec l’aide de Washington et Moscou, et espère lancer un 4e round de pourparlers courant mai.

La guerre en Syrie a fait plus de 270.000 morts depuis 2011, selon l’OSDH.

Face à la tragédie à Alep, le hashtag « #AleppoIsburning » a été relayé massivement sur les réseaux sociaux, appelant à des manifestations de solidarité dans plusieurs pays du 30 avril au 7 mai.

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