Syrie: l’EI revendique des attentats dans des fiefs du régime, 121 morts

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À Tartous, une cinquantaine de personnes ont péri dans une attaque à la voiture piégée qui a explosé dans une station de bus suivie de deux attentats suicide au même endroit. (SYRIAN ARAB NEWS AGENCY VIA AFP)
À Tartous, une cinquantaine de personnes ont péri dans une attaque à la voiture piégée qui a explosé dans une station de bus suivie de deux attentats suicide au même endroit. (SYRIAN ARAB NEWS AGENCY VIA AFP)

Le régime syrien a été frappé en plein cœur par une série d’attentats qui ont fait plus de 120 morts dans ses fiefs de la région côtière et ont été revendiqués par le groupe djihadiste État Islamique (EI).

Les attaques ayant touché Tartous et Jablé sont inédites dans ces villes relativement épargnées par la guerre qui ravage la Syrie depuis cinq ans.

Elles sont également les plus meurtrières depuis 30 ans dans ces bastions des alaouites, communauté minoritaire à laquelle appartient le chef de l’État Bachar al-Assad.

160523-infographie-attentats-ei-syrieCes attentats sans précédent ont été menés alors que l’EI fait face à une pression croissante en Syrie comme en Irak, où les forces gouvernementales ont lancé lundi la bataille pour chasser les jihadistes de la ville de Fallouja.

L’EI a par ailleurs revendiqué un sanglant double attentat au Yémen, qui a fait au moins 41 morts en visant de jeunes recrues de l’armée à Aden.

A Tartous, la série d’attentats a commencé vers 09H00 (06H00 GMT) lorsque deux kamikazes se sont fait exploser à l’intérieur de la gare routière, suivis de l’explosion d’une voiture piégée à l’extérieur, selon une source policière.

« C’est la première fois qu’on entend des explosions à Tartous et qu’on voit des morts et des corps démembrés », a témoigné Chadi Osmane, un employé de banque de 42 ans qui s’est rendu sur le lieu des explosions.

Un quart d’heure plus tard, des explosions se sont produites simultanément à Jablé, à 60 km plus au nord, devant la gare routière, la compagnie d’électricité et deux hôpitaux, a indiqué à l’AFP une source policière.

« A l’hôpital national, un kamikaze a fait exploser sa ceinture dans le service des urgences, tandis que dans celui d’Al-Assaad, une voiture piégée a explosé à l’entrée « , a précisé cette source. La télévision syrienne a montré des carcasses de bus carbonisées, du sang, de la fumée et des débris de vitres.

Au total, la police a fait état de quatre voitures piégées et de trois attentats suicide, tandis que l’OSDH a rapporté deux attentats à la voiture piégée et cinq attaques suicides.

L’ONG a établi le bilan à au moins 121 morts et des dizaines de blessés, la quasi-totalité des civils. Il y a au moins 78 morts, selon l’agence officielle Sana.

Rappel des attentats les plus meurtriers depuis le début de la guerre il y a cinq ans en Syrie, où plus de 120 personnes ont péri lundi dans des attentats revendiqués par le groupe Etat islamique (EI), dans des fiefs du régime.

–2011–

– 23 déc: 44 personnes sont tuées et 166 blessées, selon le ministère de l’Intérieur, dans deux attentats suicide dans le quartier de Kafar Soussé (ouest de Damas), les premiers de grande ampleur depuis le début de la révolte, en mars.

Les attaques visent la Direction de la sûreté générale et un bâtiment de la Sécurité militaire. L’opposition en impute la responsabilité au régime qui met en cause Al-Qaïda.

–2012–

– 10 mai: 55 personnes sont tuées et plus de 370 blessées, d’après le ministère de l’Intérieur, dans deux attentats quasi simultanés dans le quartier de Qazzaz (sud de Damas) devant un siège de la Sécurité.

– 28 nov: 54 morts et 120 blessés dans un double attentat sur une place de Jaramana, ville de la banlieue de Damas favorable au régime, indique l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Localité à majorité chrétienne et druze à l’est de la capitale, Jaramana a été la cible de plusieurs attentats.

–2013–

– 21 fév: Quatre attentats dans le nord de Damas font au moins 83 morts. La principale attaque a lieu près du siège du parti Baas dans le quartier commerçant de Mazraa (61 morts).

– 21 mars: Un attentat suicide à l’intérieur de la mosquée Al-Imane, à Mazraa, fait au moins 49 morts, dont un célèbre dignitaire sunnite favorable au régime.

–2014–

– 14 fév: Au moins 47 morts dans un attentat à la voiture piégée devant une mosquée d’une localité tenue par les rebelles, dans la province de Deraa (sud).

– 29 avr: Au moins 100 morts, en majorité des civils selon l’OSDH, dans un double attentat dans le quartier à majorité alaouite (communauté à laquelle appartient le président Bachar al-Assad) d’Al-Abbassiya à Homs (centre). L’attaque est revendiquée par les jihadistes du Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda.

–2016–

– 21 fév: Un double attentat revendiqué par l’EI frappe le quartier loyaliste à majorité alaouite d’Al-Zahra à Homs, faisant 64 morts, en grande majorité des civils. Il s’agit du bilan le plus lourd pour un attentat du genre dans la ville depuis octobre 2014, lorsque 55 personnes, dont 49 enfants, ont péri dans une double attaque devant une école dans le quartier alaouite d’Akrama.

Quelques heures plus tard, un double attentat suicide – également revendiqué par l’EI – perpétré à 400 mètres du mausolée de Sayeda Zeinab, dans la banlieue de Damas, fait 134 morts, dont 97 civils, selon l’OSDH. Fin janvier, un attentat avait fait au moins 70 morts près de ce sanctuaire chiite.

Ces attentats revendiqués par l’EI sont les plus meurtriers depuis le début de la révolte en 2011, avec près de 200 morts en une journée.

– 23 mai: Au moins 121 personnes, la quasi-totalité des civils, sont tuées dans des attentats menés à Tartous et Jablé, deux villes côtières à majorité alaouite dans l’ouest de la Syrie. L’EI revendique les attentats, selon l’agence Amaq, liée à l’organisation ultraradicale sunnite.

‘Ville paralysée’

« C’est la première fois que Tartous est rattrapée par la guerre (…) J’ai vu de ma fenêtre des gens courir terrorisés, les magasins ont fermé et la ville est entièrement paralysée », a raconté Merhi, un peintre.

Le mode opératoire est la marque de fabrique d’Al-Qaïda, dont est issu l’EI, qui a revendiqué ces attaques selon l’agence Amaq, liée à l’organisation ultraradicale.

Ce dernier groupe n’a pas de présence connue sur la côte syrienne, contrairement au Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, qui combat le régime dans la province de Lattaquié. Mais l’organisation compte énormément sur ses cellules dormantes pour attaquer ses ennemis.

Si la revendication est confirmée, il s’agirait d’un coup d’éclat de la part de l’EI pour montrer qu’il est toujours opérationnel malgré ses défaites tant dans l’ouest de l’Irak que dans l’est de la Syrie.

Après les attentats, des habitants de Tartous s’en sont pris à des réfugiés d’Alep et d’Idleb, qui sont des fiefs de la rébellion, en les accusant de « sympathie avec le terrorisme ».

Tartous et Jablé accueillent respectivement la base maritime et l’aéroport militaire du contingent russe soutenant les forces gouvernementales.


Quatre attentats terroristes simultanés dans la ville de Jableh. (SANA)

« La montée des tensions et de l’activité terroriste en Syrie ne peut que susciter une grande inquiétude », a réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, dont le pays mène depuis huit mois des frappes contre les adversaires du régime d’Assad. Ces attentats « démontrent une nouvelle fois à quel point la situation est fragile en Syrie et la nécessité de prendre des mesures énergiques pour relancer le processus de paix », a-t-il ajouté.

« Les attentats aux voitures piégées commis aujourd’hui par Daech (acronyme de l’EI en arabe) à Tartous (…) sont odieux », a réagi de son côté le Quai d’Orsay à Paris.

Il s’agit des attentats les plus meurtriers depuis ceux du 16 avril 1986, lors que des bombes avaient explosé à Tartous et dans d’autres localités avoisinantes, faisant 144 tués. Les autorités avaient accusé la confrérie des Frères musulmans avec l’appui financier de l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein.

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