Syrie: Washington et Moscou obtiennent une promesse de trêve à Alep

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Des secouristes syriens aident une femme blessée à se sortir des décombres, après une frappe aérienne des forces gouvernementales contre le quartier d'Hadariya tenu par les rebelles, le 10 avril 2016 à Alep. (AFP/Archives/THAER MOHAMMED)
Des secouristes syriens aident une femme blessée à se sortir des décombres, après une frappe aérienne des forces gouvernementales contre le quartier d’Hadariya tenu par les rebelles, le 10 avril 2016 à Alep. (AFP/Archives/THAER MOHAMMED)

Sous intense pression diplomatique des Etats-Unis et de la Russie, la Syrie s’est engagée mercredi à respecter une trêve de deux jours à partir de jeudi dans la ville d’Alep ravagée par les combats entre le régime et des rebelles.

« Une trêve sera appliquée à Alep pour 48 heures à partir de jeudi à 01H00 », soit mercredi à 22H00 GMT, a annoncé dans un communiqué le commandement des forces armées syriennes relayé par les médias du régime.

Auparavant à Washington, le secrétaire d’Etat américain John Kerry avait fait état d’un accord américano-russe pour « étendre » à Alep la cessation des hostilités en Syrie, en principe en vigueur depuis le 27 février. Cette trêve, qui concernait tout le pays à l’exclusion des régions tenues par les djihadistes de l’Etat islamique et du Front-al-Nosra, a volé en éclats le 22 avril dans cette grande ville martyre d’Alep (nord) divisée entre secteurs rebelles et ceux du régime.

Le ministère russe de la Défense a confirmé « la réintroduction du +régime du silence+ pour 48 heures dans la ville d’Alep » jusqu’au 6 mai à minuit.

Mais d’après John Kerry, cette nouvelle trêve à Alep est d’ores et déjà « en vigueur » depuis mardi 21H01 GMT. Il a même vanté une « réduction globale de la violence dans ces zones » tout en reconnaissant « la poursuite des combats en certains endroits ».

Washington et Moscou — les puissances qui comptent dans le conflit syrien dans lequel ils soutiennent des camps antagoniques — négociaient d’arrache-pied depuis le début de semaine un renouvellement du cessez-le-feu qu’ils avaient imposé il y a plus de deux mois.

Se félicitant d’une « étroite coordination avec la Russie » pour « surveiller » le silence des armes, John Kerry a exhorté « toutes les parties à respecter totalement la nouvelle trêve à Alep et dans tout le pays ».

Combats acharnés

Dans la ville meurtrie, mercredi a effectivement été légèrement plus calme, après une nuit de bombardements et des combats acharnés mardi, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Les affrontements de mardi ont été « les plus violents depuis plus d’un an », a condamné une ONG syrienne. Depuis le 22 avril, 284 personnes, dont 57 enfants et 38 femmes, ont péri dans les violences à Alep marquées par les terribles raids du régime du président Bachar al-Assad et les bombardements à l’artillerie lourde des rebelles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Et les habitants de l’ancienne capitale économique syrienne n’espèrent pas un long répit.

« Je ne pense pas que les frappes vont s’arrêter », a déploré Mahmoud Sendeh, un militant de 26 ans d’un secteur rebelle d’une ville devenue le symbole d’une guerre qui a fait plus de 270.000 morts, des millions de réfugiés et de déplacés depuis mars 2011.

À la demande de la France et du Royaume-Uni, le Conseil de sécurité de l’ONU était réuni mercredi soir à New York pour tenter de trouver une solution à Alep, une ville qui « brûle » selon Londres. Des responsables onusiens y ont dénoncé des « crimes de guerre ».

À Berlin, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier a « demandé aux troupes du régime Assad combattant là-bas de respecter totalement la trêve ». Sans quoi, 400.000 personnes pourraient fuir vers la Turquie, a averti l’émissaire spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui tente de relancer les négociations de paix indirectes à Genève entre le régime et l’opposition.

Damas, allié de Moscou, a affirmé avoir lancé le 22 avril son offensive aérienne contre la partie rebelle d’Alep en riposte à des attaques du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, présent selon lui dans ce secteur.

« Catastrophe » à Alep

Outre la mort et les destructions à Alep, l’aide humanitaire ne parvient pas aux quartiers rebelles, a condamné l’ONU en accusant Damas de ne pas laisser passer les convois. « Nous avons besoin d’une fin des bombardements et des combats. C’est une catastrophe. Les docteurs et infirmières se font tuer pendant que la population saigne », a déclaré le président du groupe de travail de l’ONU sur l’aide humanitaire Jan Egeland.

John Kerry, qui tente désespérément depuis des mois d’imposer un règlement politique au conflit, avait menacé une nouvelle fois mardi le président Assad de « répercussions » si les violences continuaient.

Ailleurs en Syrie, au moins 22 frappes du régime ont visé la Ghouta orientale, le bastion rebelle à l’est de Damas, et les combats ont repris entre soldats et rebelles dès l’expiration dans la nuit d’un cessez-le-feu provisoire, selon l’OSDH.

Cette guerre syrienne très complexe, déclenchée en mars 2011 par la répression brutale de manifestations prodémocratiques, a permis la montée en puissance de ces groupes jihadistes et poussé à l’intervention militaire des puissances étrangères.

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