Une main artificielle contrôlée par la pensée conçue par les chercheurs du Pentagone

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La poignée de main de Johnny Matheny est amicale et ferme. Mais ce n’est pas sa main qu’il présente à son interlocuteur: c’est une prothèse contrôlée par ses nerfs, conçue par les scientifiques du Darpa, la tête chercheuse technologique du Pentagone.

« Au début, il faut penser assez fort pour réussir chaque mouvement », explique Johnny Matheny démontrant sa maîtrise de la prothèse noire métallique, fermant et faisant tourner son poing dans un mouvement d’allure tout à fait naturelle.

« Mais maintenant ça me vient naturellement, je n’ai pas même pas à y penser », poursuit-il.

Johnny Matheny présentait sa main artificielle mercredi dans la cour intérieure du Pentagone, où le Darpa (Agence américaine des projets de recherche avancés sur la défense) exposait ses recherches et expérimentations actuelles.

Le Darpa a financé les recherches qui ont donné naissance à Internet. Il est à l’origine de nombreuses technologies aujourd’hui répandues dans le public, comme les logiciels de reconnaissance vocale ou les écrans tactiles des smartphones.

La prothèse de Johnny Matheny est expérimentale, n’ayant pas encore reçu toutes les autorisations réglementaires. Elle s’accroche directement sur un socle métallique placé chirurgicalement sur l’os de son bras, sous le coude, là où il a été coupé.

M. Matheny la contrôle via des capteurs reprenant les signaux des nerfs, qui autrefois allaient jusqu’à l’extrémité de ses doigts.

Le département de la Défense américain a un intérêt évident à financer les recherches sur les prothèses: plus de 1.600 soldats américains ont été amputés pendant les guerres d’Irak et d’Afghanistan, souvent après avoir été touchés par des bombes artisanales placées le long des routes.

Pour un soldat dont la vie vient d’être bouleversée par une explosion, voir que des prothèses sont disponibles « donne de l’espoir », explique Fred Downs, 71 ans, amputé du bras gauche après avoir sauté sur une mine au Vietnam en 1968.

« Ça vous fait réaliser que vous allez être capable d’être à nouveau fonctionnel et indépendant », explique M. Downs, qui a dirigé pendant 30 ans le programme des prothèses au département américain des anciens combattants.

M. Downs a lui-même un bras artificiel DEKA, mis au point en 2006 et désormais approuvé par l’administration de la santé américaine.

M. Downs contrôle son bras en faisant bouger des muscles de son pied, les signaux étant transmis à la prothèse par une technologie sans fil.

Les chercheurs du Darpa travaillent sur d’autres projets pour aider les blessés de guerre. Ils sont également en train de développer une prothèse qui donne le sens du toucher, ou bien des bras artificiels contrôlés directement par le cerveau.

« Nous ne faisons que réaliser ce qui est possible », explique Justin Sanchez, le directeur des technologies biologiques du Darpa.

Une équipe travaille ainsi sur des implants de mémoire pour des personnes souffrant de blessures traumatiques au cerveau. Plus de 340.000 soldats actifs ou vétérans souffrent de ces maux provoqués par une explosion ou un choc.

Des patients ont amélioré leur mémoire de 20 à 30%, et la performance devrait s’accroître, selon Justin Sanchez.

« Cela montre comment les travaux accélérés du Darpa peuvent changer la manière dont nous pensons ces problèmes », a déclaré Justin Sanchez.

Parmi les autres technologies exposées mercredi par le Darpa, une application pour téléphone qui permet la traduction quasi instantanée de l’arabe irakien à l’oral vers l’anglais.

Ou des petits outils imitant les pattes du lézard gecko permettant de grimper sur quasiment n’importe quelle surface, des technologies permettant d’utiliser quand même la radio en cas de brouillage ennemi…

« De temps en temps, ça ne marche pas assez bien, le projet peut juste mourir, ou trouver une application des années après », explique le porte-parole du Darpa, Rick Weiss.

« C’est un modèle à risque dont les récompenses sont élevées », souligne-t-il.

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