Brexit: coup dur pour le rêve d’une défense européenne et sérieux maux de tête pour l’industrie

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Des soldats britanniques arrivent à Kandahar, le 27 octobre 2014 en Afghanistan. (AFP/Archives/WAKIL KOHSAR)
Des soldats britanniques arrivent à Kandahar, le 27 octobre 2014 en Afghanistan. (AFP/Archives/WAKIL KOHSAR)

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait marquer la fin du rêve d’une défense européenne et compromettre les projets de l’industrie.

Contrairement à l’Otan, qui organise une défense commune des frontières des États de l’Alliance, les politiques de défense au sein de l’Union visent à créer au cas par cas, et entre pays volontaires seulement, des capacités opérationnelles communes ou des programmes d’armement.

La création d’un « champion européen de la Défense », s’était déjà butée sur les divergences entre les gouvernements britannique français et allemand et rien ne permettait de croire, Brexit ou non, qu’un rapprochement aurait été possible dans l’immédiat.

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) marque la fin de l’ambition de construire une politique de défense à l’échelle de l’UE, avait estimé jeudi, le responsable de la stratégie d’Airbus Group, la veille de la victoire du Brexit au référendum marqué par une participation importante (72,2%) et où 51,9% des électeurs ont voté pour la sortie Royaume-Uni de l’Union européenne. .

«C’est la fin», a déclaré tranché Marwan Lahoud, responsable de la stratégie d’Airbus Group, interrogé sur l’enjeu du référendum lors d’une conférence organisée par le cabinet d’avocat Clifford Chance sur le thème « Brexit, le lendemain du vote».

«Pour un groupe comme Airbus, le Royaume-Uni est fondamental, je cite un ancien ambassadeur du Royaume-Uni à Paris: Airbus sans le Royaume-Uni ce se serait qu’un bus», souligne Marwan Lahoud, rappelant que les ailes des avions sont construites au Pays de Galles. «Si à chaque fois qu’il y a un morceau de métal qui traverse la Manche, et il y en a, il y a une taxe, évidemment la compétitivité d’Airbus, elle est par terre».

Le départ de quelqu’un qui n’était déjà pas vraiment là

Si, pour l’industrie de la défense, c’est probablement la fin d’un rêve, par contre, selon le journaliste français spécialisé dans les questions militaires, stratégiques et internationales Jean-Dominique Merchet, le Brexit n’aura pas de conséquences dramatiques en matière de défense, de renseignement et de sécurité.

« L’Union européenne ne joue qu’un rôle modeste, voire marginal dans ces domaines » [sécurité, renseignement, défense, NDLR] et, qui plus est, le Royaume-Uni s’est tenu traditionnellement à l’écart des initiatives dans ce domaine », écrit-il dans L’Opinion ce matin.

Quant aux autres accords qui lient Londres à ses alliés – qu’ils soient bilatéraux avec la France ou dans le cadre de l’Alliance atlantique – ils resteront tout simplement en vigueur, fait-il valoir, contrairement au responsable d’Airbus, pour qui l’idée selon laquelle la coopération militaire entre les États européens et le Royaume-Uni serait préservée en cas de Brexit est fausse.

Pour Jean-Dominique Merchet, l’implication du Royaume-Uni était te toutes façons déjà modeste. « Le Royaume-Uni avait déjà un statut très particulier dans l’UE, hors de la zone euro, hors de l’espace Schengen, écrit Merchet, il a toujours bloqué les efforts en vue de mettre en place une politique de Défense et de sécurité commune (PESC) ».

« La France et la Grande-Bretagne – les deux principales puissances militaires du Vieux Continent – sont liées par un traité bilatéral depuis novembre 2010, les accords de Lancaster House. Ils organisent leur coopération militaire. Ainsi, une force d’intervention commune (Combined joint expeditionary force, CJEF) a été mise en place et son concept a été validé lors de l’exercice Griffin Strike en avril dernier. Paris et Londres collaborent également en matière de dissuasion nucléaire, les Britanniques « simulant » des tirs dans les installations du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) à Valduc, en Côte-d’Or ».

Quant à l’avion de combat du futur (FCAS) qui pourrait succéder au Rafale et dans le développement duquel sont également engagés Paris et Londres, le journaliste spécialisé en matière de défense n’est pas inquiet non plus. « Sur le plan industriel, le constructeur de missiles MBDA est parvenu à une étroite intégration franco-britannique. Rien de ceci ne sera remis en cause par un Brexit, car tout ceci se déroule en dehors des institutions de l’Union européenne ».

« Dans le domaine du renseignement, l’essentiel de la coopération se déroule aussi en dehors du cadre communautaire, malgré le rôle de l’agence Europol, d’ailleurs dirigée par un Britannique, Rob Wainwright », fait aussi observer dans L’Opinion le journaliste français. Les échanges quotidiens entre la DGSE et le MI-6 ne cesseront pas en cas de Brexit, tant les deux services y trouvent leur intérêt, souligne-t-il.

Sur le contrôle des frontières, le Royaume-Uni n’est pas intégré dans l’espace Schengen de libre circulation,les questions frontalières franco-britanniques étant plutôt régies par un protocole bilatéral de 1991, les «accords du Touquet». Donc « Là encore, le Brexit n’aura en pratique que peu d’effets », conclut Jean-Dominique Merchet.

En un mot comme en mille, le départ des Britanniques, qui faisaient déjà bande à part, est peut-être la fin d’un rêve, mais ressemble curieusement au départ que quelqu’un qui n’était déjà pas vraiment là.

« Continuer à tisser des liens avec les deux parties alors que leur relation se transforme », déclare Justin Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau a fait pour sa part aujourd’hui au sujet des résultats du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne une déclaration suivante où il rappelle que «Le Royaume-Uni et l’Union européenne sont tous les deux d’importants partenaires stratégiques pour le Canada, avec qui nous entretenons de profonds liens historiques et dont nous partageons les valeurs », affirmant que « Nous allons continuer à tisser des liens avec les deux parties alors que leur relation se transforme ».

« Les rapports qu’entretient le Canada avec ses partenaires du monde entier comptent parmi ses plus grands atouts et ces relations contribuent grandement à la prospérité de tous les Canadiens », poursuit le premier ministre canadien dans sa déclaration, qu’il termine en saluant le premier ministre britannique: «Le premier ministre David Cameron a indiqué aujourd’hui qu’il va démissionner d’ici l’automne. Au nom de tous les Canadiens, je tiens à le remercier pour avoir été un proche allié et ami de notre pays. Nous lui souhaitons bonne chance.»

Le président américain Barack Obama a lui auss pris acte vendredi du Brexit, affirmant que le Royaume-Uni et l’Union européenne resteraient « des partenaires indispensables » des Etats-Unis.

« Les habitants du Royaume-Uni ont parlé et nous respectons leur décision », a indiqué, dans un bref communiqué, M. Obama qui avait pris très clairement position en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’UE.

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