Cérémonie d’enrôlement à Montréal des nouveaux élèves officiers: diversité et fierté

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Cérémonie d'enrôlement à Montréal des nouveaux élèves officiers au Mannège militaire Côte-des-Neiges à Montréal dimanche 19 juin. Photo de groupe.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
Cérémonie d’enrôlement à Montréal des nouveaux élèves officiers au Mannège militaire Côte-des-Neiges à Montréal dimanche 19 juin. Photo de groupe.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Dimanche matin, 19 juin 2016, avait lieu la cérémonie marquant l’enrôlement de 41 élèves-officiers sélectionnés dans le cadre du Programme de formation des officiers de la Force régulière (PFOR), un groupe de jeunes gens prêts à relever les défis de la vie militaire et reflétant la diversité de notre société.

La cérémonie, qui avait lieu au Manège militaire du Royal Canadian Hussars (RCH), sur le Chemin Côte-des-Neiges, était présidé par le Brigadier-général Luis de Sousa, Commandant adjoint de la 2e Division du Canada (cmdtA 2 Div CA), dont la carrière militaire débuta en 1979 au Canada, mais qui est lui-même né au Açores, au Portugal.

Parmi les autres dignitaires présents, on retrouvait le Colonel Simon Bernard, Commandant du CMR Saint-Jean, qui a vu se confirmer cette année le retour de l’enseignement universitaire à Saint-Jean alors que, après avoir été fermé en 1995, le Collège, tout en reprenant du service à partir du 24 mai 2008, ne donnait plus que l’année préparatoire et la deuxième année.

Étaient aussi présents à la cérémonie, bien sûr, le Major Richard Collin, Commandant du CRFC Québec, et son supérieur, le colonel Timothy Bishop, Commandant du Groupe de recrutement des Forces armées canadiennes et qui avaient présidé la veille à la cérémonie d’enrôlement de 18 jeunes élèves-officiers à Québec, à la base Valcartier.

Aurélie Godard-Paquette qui se destine au génie électrique et mécanique, à la cérémonie d'enrôlement des élèves-officiers, au Nannège militaire Côte-des-Neiges à Montréal dimanche 19 juin.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
Aurélie Godard-Paquette qui se destine au génie électrique et mécanique, à la cérémonie d’enrôlement des élèves-officiers, au Mannège militaire Côte-des-Neiges à Montréal dimanche 19 juin.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

À la cérémonie de dimanche à Montréal, les Tremblay et les Desjardins se mêlaient aux Chouduri, aux Chan, aux Xu Lu ou aux Dascalescu, tout comme les Valérie, Anastasia et Anne-Sophie se mêlaient aux Denis, Antoine ou William. De jeunes garçons et filles, de diverses origines, qui seront dorénavant réunis sous un même drapeau pour défendre nos valeurs communes de paix et d’égalité.

41 nouveau élofs, qui ont choisi des métiers aussi divers que génie électrique ou mécanique, pilote, infanterie, contrôle aérospatiale, transmissions, artillerie, logistique, opérations maritimes de surface et sous-marines, blindés, soins infirmiers, administration des services de santé, renseignement, officier systèmes de combat aérien, etc.

DML-Liste enrolé PFOR-Ordre alphabétique

Parmi les raisons qui peuvent inciter les jeunes Canadiens à s’enrôler dans les Forces armées, les responsables du recrutement citent souvent la recherche d’un sentiment de fierté et de l’esprit d’équipe, la possibilité de voyager, les études subventionnées, le salaire concurrentiel, et la contribution au mieux être du Canada et des ses alliés dans le monde.

Mais, pour les deux élofs que 45eNord.ca a rencontré sur place, Aurélie Godard-Paquette qui se destine au génie électrique et mécanique, et Zachary Bélanger, qui se destine, lui, au génie tout court, c’est carrément le désir d’aider les autres qui les motivent. Pour eux, savoir se mettre au service des autres est LA qualité primordiale et indispensable pour faire un bon officier.

Aurélie, pour sa part, succède, si on peut dire, à son grand-père maternel qui a servi dans l’armée et fait la guerre, et Zachary, lui aussi, compte dans sa lignée un grand-oncle qui a servi sous les drapeaux. Bon sang ne saurait mentir…

Zachary Bélanger, qui se destine, au génie, à la cérémonie d'enrôlement des élèves-officiers, au Nannège militaire Côte-des-Neiges à Montréal dimanche 19 juin.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
Zachary Bélanger, qui se destine, au génie, à la cérémonie d’enrôlement des élèves-officiers, au Mannège militaire Côte-des-Neiges à Montréal dimanche 19 juin.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Interrogés également sur le défaut qui pourrait leur nuire, les nouveaux élofs ont tous deux mentionné leur manque de patience, une vertu, on s’en doute, qu’ils auront deux ans pour cultiver au CMR Saint-Jean.

Curieusement, malgré le retour de l’enseignement universitaire à Saint-Jean, Aurélie et Zachary, comme, devons-nous dire, une bonne quinzaine d’élofs interrogés depuis que le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, en a fait l’annonce officielle le 17 mai, ont d’ores et déjà choisi de quitter le CMR Saint-Jean pour le RMC Kingston après leur année préparatoire et leur première année à Saint-Jean.

Dans certains cas, parce le programme qu’ils ont choisi se donnent à Kingston, mais, dans plusieurs cas, pour s’assurer d’être vraiment bilingue en s’immergeant dans un milieu véritablement anglophone.  » Dans une ville francophone, je serai trop porté à ne parler que ma langue, le français », explique pour sa part Zachary.

Ou peut-être parce qu’un bon officier veut toujours aller ailleurs et plus loin…

Mais « Il y aurait sans doute lieu de bien faire comprendre aux élofs qu’ils peuvent très bien devenir parfaitement bilingues à Saint-Jean », fait pour sa part remarquer le commandant du CMR Saint-Jean, le colonel Simon Bernard, interrogé peu après et qui a lui même reçu toute sa formation à Saint-jean avant que le gouvernement Chrétien ne décrète la fermeture de l’établissement en 1995.

La beauté et les difficultés de l’engagement

Le Major Richard Collin, Commandant du CRFC Québec, et son supérieur, le colonel Timothy Bishop, Commandant du Groupe de recrutement des Forces armées canadiennes, à la cérémonie d'enrôlement dimanche 19 juin à Montréal des élèves-officiers sélectionnés dans le cadre du Programme de formation des officiers de la Force régulière (PFOR). (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
Le Major Richard Collin, Commandant du CRFC Québec, et son supérieur, le colonel Timothy Bishop, Commandant du Groupe de recrutement des Forces armées canadiennes, à la cérémonie d’enrôlement dimanche 19 juin à Montréal des élèves-officiers sélectionnés dans le cadre du Programme de formation des officiers de la Force régulière (PFOR). (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Optimistes après cette cérémonie où tant de jeunes gens se sont engagés à servir avec enthousiasme, les colonel Bishop et Collin, respectivement Commandant du Groupe de recrutement des Forces armées canadiennes et Commandant du CRFC Québec, se sont quant à eux déclarés confiants de parvenir à recruter et à garder suffisamment d’effectifs pour combler les besoins des Forces armées canadiennes.

Toutefois, ces deux hauts-responsables du recrutement n’ignorent pas pour autant les obstacles qui se dressent entre eux et leur objectif. Et ces obstacles ne sont pas, comme on pourrait le croire, le terrorisme et les événements malheureux qui ont marqué les dernières années en Occident. Au contraire, après chacun des attentats majeurs qui ont frappé le Canada ou un de ses alliés, les jeunes se sont présentés plus nombreux aux Centres de recrutement.

Les obstacles majeurs sont plutôt, de dire les Colonels Bishop et Collin, l’ignorance de cette grande diversité de métiers à l’intérieur des Forces et certaines idées préconçues.

À l’heure où les jeunes ont dans leur vie active, non pas une carrières, mais plusieurs, jusqu’à trois ou quatre « carrières » différentes, l’idée de s’engager pour toujours freine l’élan de plusieurs « millenials » qui ignorent que, premièrement, on se s’engagent pas pour toujours dans les Forces armées, mais pour un contrat à durée déterminée, et que, deuxièmement, la vie dans les Forces armées, loin d’être un long fleuve monotone, est plutôt faite de plusieurs défis différents.

Et c’est là que surgit un deuxième problème, propre au Québec, de confier le Colonel Collin. L’accès aux jeunes de cette province pour leur faire connaître ce que sont véritablement les Forces armées canadiennes n’est pas toujours aisé.

Beaucoup peut être fait via les réseaux sociaux, mais il faut aussi pouvoir rencontrer en personne les jeunes du Québec.

Et parfois, intimidés par les Conseils étudiants et les syndicats, les établissements d’enseignement n’osent pas collaborer pleinement: le 16 mars dernier par exemple, une représentante de l’association étudiante du Cégep de St-Jérôme a même été jusqu’à signifier à des représentants militaires qu’elle ne désirait pas de kiosques de l’armée entre les murs de l’établissement en renversant la table des représentants des Forces armées au Salon de l’emploi qui se tenait au Cégep.

Bien sûr, l’animosité des syndicalistes étudiants ne s’exprime pas toujours de façon aussi spectaculaire, mais il n’en demeure pas moins que ce problème, probablement unique au Québec dans la fédération canadienne aux dires des hauts-responsables du recrutement, a pour effet que le représentant de n’importe quelle industrie qui fabriquerait n’importe quoi est davantage bienvenu dans les salons de l’emploi qui se tiennent dans nos établissements d’enseignement que ceux de nos Forces armées qui ont pour mission de nous protéger.

Mais, ce dimanche, devant les 41 jeunes Canadiens qui prêtaient serment et s’engageaient dans la vie militaire, et devant ces parents, aussi fiers et rayonnants que leurs enfants, l’heure était au renouveau, à l’optimisme et aux remerciements.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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