La CPI condamne Jean-Pierre Bemba à 18 ans de prison

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Jean-Pierre Bemba dans la salle d’audience de la CPI lors du prononcé de la peine le 21 juin 2016.(capture d'écran/45eNord.ca/CPI)
Jean-Pierre Bemba dans la salle d’audience de la CPI lors du prononcé de la peine le 21 juin 2016.(capture d’écran/45eNord.ca/CPI)

La Cour pénale internationale a condamné mardi l’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba à 18 années de prison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il devient la personnalité la plus haut placée à être condamnée par la CPI jusqu’à présent.

« La chambre condamne M. Jean-Pierre Bemba Gombo à une peine totale de 18 ans de prison », a déclaré la juge Sylvia Steiner en audience publique, considérant que l’ancien chef militaire avait échoué à exercer un contrôle effectif sur son armée privée envoyée en République centrafricaine en octobre 2002, où ses hommes ont violé, tué et pillé avec une « cruauté particulière ».

Alors que les avocats de la défense ont déjà annoncé lundi soir leur intention de faire appel du verdict, Jean-Pierre Bemba, riche homme d’affaires devenu chef de guerre, a été déclaré coupable le 21 mars de la vague de meurtres et de viols commis par sa milice, le Mouvement de libération congolais (MLC), en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003.

Historique à plusieurs égards, cette peine est la plus lourde jamais imposée par cette juridiction basée à La Haye, aux Pays-Bas, et fondée en 2002 pour juger les pires crimes commis à travers le monde. La procureure Fatou Bensouda avait requis « 25 ans au minimum ».

C’est également la première fois qu’est condamnée devant la CPI l’utilisation de viols et violences sexuelles en tant que crimes de guerre et de la première peine rendue contre un ancien vice-président dans l’histoire de la Cour ainsi que contre un chef militaire, en vertu du principe de la « responsabilité du commandant ».

En cinq mois, en 2002 et 2003, quelque 1500 hommes du MLC ont tué, pillé et violé en Centrafrique, où ils s’étaient rendus pour soutenir le président Ange-Félix Patassé face à une tentative de coup d’État menée par le général François Bozizé.

Ces hommes ont violé avec la volonté de terroriser et de torturer, selon les experts, s’en prenant indifféremment aux hommes, femmes et enfants, forçant parfois leurs victimes à assister aux viols de leurs proches.

Mme Steiner a souligné que le chef militaire avait fait « davantage que de tolérer les crimes en tant que commandant ». « L’échec de M. Bemba à prendre des mesures avait délibérément pour objectif d’encourager ces attaques menées contre la population civile », a-t-elle estimé.

La chambre à trois juges n’a par ailleurs trouvé « aucune circonstance atténuante » permettant d’alléger la peine de M. Bemba.

Il s’agit de la troisième peine prononcée par la CPI depuis 2002.

L’ancien rebelle Jean-Pierre Bemba, condamné mardi à 18 ans de prison par la Cour pénale internationale (CPI), laisse en République démocratique du Congo le souvenir d’un chef autoritaire qui reste encore populaire à Kinshasa, neuf ans après son départ en exil.

La CPI, qui siège à La Haye, avait jugé en mars que M. Bemba, 53 ans, était responsable des atrocités – viols et violences sexuelles – commises par ses hommes en Centrafrique en 2002 et 2003. Elle a fixé sa peine mardi à 18 ans de prison, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

A l’époque, la rébellion qu’il dirigeait, le Mouvement de libération du Congo (MLC), appuyait le président centrafricain Ange-Félix Patassé, pour écraser une tentative de coup d’État du général François Bozizé qui finira par s’emparer du pouvoir en 2003.

Né le 4 novembre 1962 à Bogada, dans la région forestière de l’Équateur (frontalière de la Centrafrique), Jean-Pierre Bemba est le fils d’un riche homme d’affaires proche de l’ancien dictateur Mobutu Sese Seko.

Il dirige les entreprises familiales puis se lance à son compte dans la téléphonie mobile, le fret aérien, crée deux chaînes de télévision, évoluant sous les ailes protectrices du défunt maréchal du Zaïre.

De cette époque, un de ses anciens proches garde de lui l’image d’un homme « accroché à une calculette », peu prompt à s’acquitter de l’impôt mais intraitable avec ses débiteurs. « Le social n’était pas son point fort », ajoute cet ex-cadre du groupe familial, il était « trop impulsif, trop autoritaire comme patron ».

Ces traits de caractère, le député Delly Sesanga, qui fut son directeur de cabinet à la vice-présidence (2003-2006) pendant la transition politique en RDC, le confirme.

Le « Chairman », comme on le surnomme encore au sein de son parti était « réactif », dit-il, au point d’agir parfois dans « une sorte de précipitation qui peut conduire à des erreurs ». Mais il était un « chef intelligent doté d’un sens pratique aigu » et « sûr de lui », doué d' »autorité » pour les « décisions importantes ».

L’aventure militaire de M. Bemba commence en 1998. Surnommé le « Mobutu miniature », il a quitté brusquement la capitale l’année précédente après la prise du pouvoir par le chef rebelle Laurent-Désiré Kabila (père de l’actuel président congolais Joseph Kabila) et l’emprisonnement de son père, Jeannot Bemba.

Soutenu par l’Ouganda, il crée et dirige le MLC. Ce mouvement rebelle règnera en maître dans la région de l’Équateur et une partie du nord-est du pays. Comme tous les belligérants ayant pris part à la deuxième guerre du Congo (1998-2003), le MLC est accusé par les Nations unies d’avoir commis des atrocités à grande échelle dans les zones qu’il contrôlait.

Réputé audacieux, M. Bemba, colosse d’1,90 m au visage rond, obtient à la fin de la guerre un des quatre postes de vice-président dans le cadre d’une transition politique dirigée par Joseph Kabila, qui a accédé à la tête de l’État à la mort de son père en 2001.

Battu par M. Kabila à la présidentielle de 2006 après un entre-deux-tours émaillé de violences, il est élu sénateur. Il refuse alors d’abandonner la protection de sa garde rapprochée (privilège que lui valait ses fonctions de vice-président) en disant craindre pour sa sécurité. L’affrontement avec le pouvoir est inévitable. Bemba en sort perdant. Il quitte Kinshasa sous escorte blindée des Casques bleus une nuit d’avril 2007, après de violents combats entre l’armée congolaise et sa milice ayant fait au moins 300 morts en plein coeur de Kinshasa selon l’ONU.

L’enfant chéri de Kinshasa, où il avait obtenu 70% des suffrages contre M. Kabila à la présidentielle, est arrêté à Bruxelles en mai 2008, en vertu d’un mandat d’arrêt de la CPI. Depuis, le MLC (devenu un parti politique) s’est vidé d’une vingtaine de ses dirigeants, mais reste la deuxième force d’opposition à l’Assemblée nationale.

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