Le Canada à Paris pour hâter le relance du processus de paix israélo-palestinien

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Une trentaine de ministres et représentants de pays arabes et occidentaux, de l'ONU et de l'Union européenne, ont participé à la réunion parisienne, où n'étaient pas conviés Israéliens et Palestiniens, qui n'ont pas eu de négociations directes depuis 2014. (KAMIL ZIHNIOGLU/AFP)
Une trentaine de ministres et représentants de pays arabes et occidentaux, de l’ONU et de l’Union européenne, ont participé à la réunion parisienne, où n’étaient pas conviés Israéliens et Palestiniens, qui n’ont pas eu de négociations directes depuis 2014. (KAMIL ZIHNIOGLU/AFP)

Le Canada a participé aux discussions visant à relancer les pourparlers de paix entre Israël et la Palestine, ce vendredi, à Paris, à l’invitation de la France, hôte de cette rencontre et de son ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayreault.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a discuté de la relance des pourparlers avec ses homologues d’une vingtaine de pays, dont les États-Unis et la Russie, ainsi que l’Union européenne et les Nations unies, mais pas les Israéliens et les Palestiniens.

«Le Canada appuie les travaux constructifs avec la communauté mondiale et les initiatives axées sur des solutions pacifiques au Moyen-Orient », avait indiqué le ministre Dion sur Twitter avant de s’envoler pour Paris.

Cette rencontre visait « à dresser « un état des lieux de la situation sur le terrain et de la solution des deux États », selon un communiqué du Quai d’Orsay.

«La perspective de deux États est en grave danger, nous approchons d’un point de non-retour au-delà duquel elle ne sera plus possible», a mis en garde le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, à l’issue d’une réunion internationale sur le Proche-Orient à Paris.

«Il faut agir en urgence pour préserver cette solution, la réanimer avant qu’il ne soit trop tard», a-t-il exhorté, répétant la volonté de la France d’organiser une conférence avec les Israéliens et les Palestiniens d’ici la fin de l’année.

Le Canada, sous le gouvernement de Stephen Harper, s’était, selon le ministre Dion, « effacé » du dossier faisant « presque promotion du statu quo », un statu quo qu’il estime « nocif pour le peuple israélien comme pour le peuple palestinien ».

Mais le gouvernement Trudeau pour sa part estime lui aussi, comme la France, qu’il est « urgent » que la communauté internationale se mobilise autour de la question, en raison du regain de tension récent.

En conférence de presse aujourd’hui depuis Paris, le chef de la diplomatie canadienne, faisant état d’éléments qui ont fait consensus à la réunion dans la capitale française, a insisté sur l’importance de ne pas oublier la question israélo-palestinienne, qui n’est pas « une question périphérique » et ne doit jamais être oubliée.

Il ne faut jamais abandonner les efforts pour relancer le processus de paix, a déclaré le ministre Dion, qui a réitéré que le statu quo était inacceptable et malsain, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens, rappelant que cette position avaient aussi été celles de deux célèbres premiers ministres israéliens, Golda Meir, figure historique qui a participé à la création de l’État d’Israël, et Yitzhak Rabin, artisan des accord d’Oslo assassiné par un extrémiste israélien en novembre 1995.

Il importe de tout faire pour favoriser la relance des pourparlers et de se tenir prêts à accompagner les parties, mais aussi de redonner espoir aux jeunes palestiniens et israéliens en renforçant les liens économiques, par des programmes d’échanges universitaires, et des programmes humanitaires, a également déclaré le ministre canadien.

« Nous ne pouvons pas nous substituer aux parties prenantes. Notre initiative vise à leur donner les garanties que la paix sera solide, durable et contrôlée internationalement » et les « rassurer pour qu’ils reprennent le chemin de la négociation », a assuré pour sa part le président français, soulignant que « le choix courageux de la paix » leur revenait in fine.

Les Israéliens et les palestiniens absents

Israéliens et Palestiniens n’ont pas été conviés à la conférence de Paris, dont le but essentiel est de réaffirmer l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution à deux Etats, seule formule considérée comme viable pour régler un conflit vieux de presque 70 ans.

L’objectif est de mettre en place des groupes de travail sur des thèmes précis comme les incitations économiques à faire la paix, la mesures de désescalade ou les garanties de sécurité régionale, afin de pouvoir convoquer une conférence de paix d’ici à la fin de l’année avec les deux parties.

Les groupes de travail devraient se réunir «avant la fin du mois», a promis le ministre français des Affaires étrangères, Jean-marc Ayrault, ajoutant qu’il s’entretiendrait «très rapidement» avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour leur proposer de «travailler étroitement avec eux».

Alors que la situation est jugée « catastrophique » sur le terrain, le président français a mis en garde contre les risques du statu quo. « Dans le contexte régional au Proche-Orient et au Moyen-Orient, le vide sera forcément rempli par les extrémistes et les terroristes pourront en tirer avantage », a-t-il alerté.

Le Canada, qui prône la solution des deux États, entend donc collaborer dorénavant avec la communauté internationale sur cette question, lui qui n’a pas participé aux pourparlers de paix israélo-palestiniens depuis 2007.

Il importe de tout faire pour favoriser la relance des pourparlers et de se tenir prêts à accompagner les parties, mais aussi de redonner espoir aux jeunes palestiniens et israéliens en renforçant les liens économiques, par des programmes d’échanges universitaires, et des programmes humanitaires, a également déclaré le ministre canadien.

Source, ministère français des Affaires étrangères

Les participants se sont réunis à Paris le 3 Juin, 2016 pour réaffirmer leur soutien à une solution juste, durable et de la résolution globale du conflit israélo-palestinien.

Ils ont réaffirmé qu’une solution négociée à deux états est la seule façon de parvenir à une paix durable, avec deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. Ils sont inquiets que les actions sur le terrain, en particulier les actes continus de violence et les activités de colonisation en cours, mettent dangereusement en péril les perspectives d’une solution à deux Etats.

Les participants ont souligné que le statu quo est intenable, et ont souligné l’importance que les deux côtés démontrent, avec des politiques et des actions, un véritable engagement à la solution à deux États dans le but de rétablir la confiance et de créer les conditions pour mettre fin totalement l’occupation israélienne qui a commencé en 1967 et de résoudre toutes les questions de statut permanent par le biais de négociations directes sur la base des résolutions 242 (1967), 338 (1973), et rappelent également les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies et soulignant l’importance de la mise en œuvre de l’Initiative de paix arabe.

Les participants ont discuté des moyens possibles par lesquels la communauté internationale pourrait aider à faire avancer les perspectives de paix, y compris en fournissant des incitations significatives pour les parties à faire la paix. Les participants ont également mis en évidence le potentiel pour la paix et la sécurité régionale comme prévu par l’Initiative de paix arabe.

Les participants ont souligné le rôle essentiel du Quartet* et des parties prenantes régionales clés. Ils se sont félicités de l’offre des pays intéressés à contribuer à cet effort. Ils ont également salué l’offre de la France de coordonner, et la perspective de convoquer avant la fin de l’année une conférence internationale.

*NDLR: Le Quartet est le groupe formé de quatre États et d’organisations nationales et internationales décidé à réaliser une médiation dans le processus de paix israélo-palestinien. Le Quartet est composé des États-Unis d’Amérique, de la Russie, de l’Union européenne et des Nations unies. Le groupe fut formé en 2002, en réponse à l’escalade du conflit au Moyen-Orient.

Hostilité israélienne, tiédeur américaine

L’initiative française suscite toutefois depuis plusieurs mois l’hostilité d’Israël.La démarche « échouera », a même lancé à la veille de la réunion le ministère israélien des Affaires étrangères.

L’État hébreu rejette toute approche internationale et réclame des négociations directes avec les Palestiniens.

« Sauf que (ces négociations directes) cela ne marche pas (…) tout est bloqué », a rétorqué vendredi le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault. « Aujourd’hui, ils ne dialoguent pas, la colonisation se poursuit, la violence se développe, le désespoir s’installe, la propagande de Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique) et d’Al-Qaïda se développe dans tous ces territoires et c’est extrêmement dangereux ».

Les dernières négociations directes, menées sous égide américaine, ont échoué en 2014.

Interrogé sur la difficulté que pose l’arrivée de l’ultranationaliste Avigdor Lieberman à la tête du la diplomatie israélienne, le ministre Dion a pour sa part réaffirmé avec force un élément central de sa politique de « conviction responsable: « N’attendez pas d’avoir l’interlocuteur idéal, négociez la paix avec celui qui est là », car ces négociations ne peuvent tarder.

Quant aux États-Unis, acteurs incontournables sur le dossier, ils ont répondu avec tiédeur à l’initiative française.

Le secrétaire d’État John Kerry, médiateur malheureux des négociations israélo-palestiniennes en 2013 et 2014, était présent à la réunion de Paris, mais n’a apporté aucune proposition spécifique ».

Finalement, seuls les Palestiniens, « au bord du désespoir », semblent soutenir pleinement la démarche.

Saëb Erakat, numéro deux de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a qualifié vendredi de « lueur d’espoir » l’initiative française, mais il a réclamé qu’elle fixe « un cadre et un calendrier clairs » pour la création d’un Etat palestinien, dans une contribution publiée sur le site internet du quotidien israélien Haaretz.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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