Les morts de civils discréditent les missions militaires des États-Unis

0
Au moment du bombardement, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents dans l'hôpital. (MÉDECINS SANS FRONTIÈRES)
Au moment du bombardement sur un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) à Kunduz en Afghanistan en octobre 2015, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents dans l’hôpital. (MÉDECINS SANS FRONTIÈRES)

Les États-Unis sous-estiment l’impact à long terme des morts de civils sur leurs missions militaires et ont échoué à tirer les leçons de 15 années d’engagement en Afghanistan, selon un rapport publié mercredi.

L’armée américaine s’est pourtant engagée à éviter les pertes civiles, les frappes erronées ou les cibles mal identifiées. Mais des engins non explosés ou des partenaires sans scrupules l’ont souvent conduite à tuer des civils en Afghanistan, en Irak, en Syrie ou ailleurs.

Selon ce rapport du réseau Open Society Foundations, fondé par le milliardaire américain George Soros et qui promeut la bonne gouvernance démocratique, ces morts civiles ont gravement discrédité la mission des Etats-Unis en Afghanistan et ont contribué à la montée des talibans.

« Ces victimes civiles ont accéléré l’insurrection et discrédité les gouvernements américain et afghan », affirme l’ancien combattant de l’Armée de terre américaine Christopher Kolenda, co-auteur de ce rapport.

« C’est comme brûler une bougie par les deux bouts avec un chalumeau », estime-t-il.

Lors d’une discussion à Washington avec les auteurs du rapport, l’ancienne numéro 3 du Pentagone, Michèle Flournoy, dont le nom est régulièrement cité comme potentielle ministre de la Défense d’un prochain gouvernement démocrate, a estimé qu' »après plus de 15 ans de guerre, il y a encore bien trop peu de réflexion sur les leçons à tirer de ces expériences, en particulier sur le plan stratégique ».


Comment les morts de civils discréditent les missions militaires des États-Unis et de leurs alliés.(United States Institute of Peace)

Parmi les « principaux facteurs » de ces morts civiles figurent les frappes aériennes non planifiées pour soutenir les soldats au sol.

En Afghanistan en 2008, par exemple, les frappes aériennes ont été responsables de 64% des 828 civils tués par des forces pro-gouvernementales.

160609-opens-society-foundations-morts-civiles-raids-aeriensDans ce pays, le raid américain sur un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) ayant coûté la vie à 42 personnes à Kunduz en octobre, a fait scandale. Et en Syrie et en Irak, où une coalition internationale menée par Washington combat le groupe État islamique (EI) depuis l’été 2014, le Pentagone a reconnu avoir tué 41 civils alors que près de 13.000 frappes ont été conduites.

« Les frappes (…) sur des cibles surveillées depuis un certain temps et menées à la suite d’un comportement jugé suspect sont particulièrement inquiétantes », affirme le rapport.

Le rapport dénonce aussi des partenaires « prédateurs » en Afghanistan qui peuvent « agir en toute impunité ou presque en raison de leur étroite et très visible proximité avec l’armée américaine ».

En janvier, l’ONG Amnesty International avait assuré que les forces kurdes, appuyées par Washington pour combattre l’EI en Irak, avaient détruit des milliers de maisons dans une tentative de déraciner des communautés arabes, ce qui peut constituer des crimes de guerre.

Les auteurs font plusieurs recommandations, comme la mise en place de « cellules de protection des civils » pour les surveiller et communiquer avec les commandants militaires pour améliorer les prises de décision sur le champ de bataille.

L’armée devrait aussi « éviter les dénis et communiquer à temps et clairement sur les enquêtes » à propos de ces morts civiles, suggère le rapport.

Ce document reconnaît que le Pentagone a fait des progrès dans la protection des civils mais critique les pays partenaires.

« Au Yémen, en Irak, en Syrie et au Pakistan, les forces américaines sont de plus en plus confrontées à un environnement opérationnel et de ciblage difficile et ont pris des mesures importantes pour protéger les civils », admet le rapport.

Mais « d’autres parties au conflit ont montré un froid mépris pour la vie des civils, avec des crimes de guerre inqualifiables, en Syrie notamment ».

Les commentaires sont fermés.