Libye: l’ONU va autoriser mardi les Européens à contrôler l’embargo sur les armes

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La force navale européenne en Méditerranée. (Euvnafor)
La force navale européenne en Méditerranée. (Euvnafor)

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit autoriser mardi l’opération navale européenne au large de la Libye à contrôler l’embargo sur les armes imposé à ce pays afin d’aider le gouvernement d’union libyen dans sa lutte contre les djihadistes.

Le vote sur cette résolution, présentée notamment par Paris et Londres, doit intervenir à 15H00 locales (19H00 GMT), ont indiqué des diplomates.

L’ONU étendra ainsi, à la demande de l’Union européenne, l’opération navale européenne Sophia. Celle-ci avait pour but initial de lutter contre les passeurs qui incitent des milliers de migrants à tenter la traversée vers l’Europe au péril de leur vie.

Des diplomates n’excluent pas des abstentions de la part de certains des 15 membres du Conseil, notamment la Russie, l’Égypte ou le Venezuela.

« Nous pensons cependant que le Conseil va soutenir largement ce texte qui renforce l’embargo et empêchera un flot illégal d’armes d’atteindre Daech » (acronyme arabe du groupe État islamique), indique l’un d’eux.

La résolution autorisera pendant douze mois les bâtiments de guerre européens à « inspecter sans tarder en haute mer au large de la Libye les navires venant de Libye ou y allant » et qui sont soupçonnés de transporter des armes et des équipements militaires.

La plupart des armes entrant en Libye ne vont pas au gouvernement légitime mais à son rival ou à divers groupes armés et milices.

L’ONU estime que les six millions de Libyens détiennent 20 millions de pièces d’armement de toutes sortes.

Après la chute du régime de Mouammar Kadhafi et en raison du chaos qui a suivi, l’ONU a imposé en 2011 un embargo sur les armes mais ses experts ont signalé depuis de nombreuses livraisons d’armes à des factions libyennes, venant du Soudan, d’Egypte, de Turquie ou des Emirats arabes unis.

Pour mener à bien les inspections, les Européens « sont autorisés à utiliser toutes les mesures appropriées aux circonstances », précise la résolution.

Elle invoque le chapitre 7 de la charte de l’ONU qui prévoit l’usage de la force.

Les bâtiments de guerre de l’UE pourront notamment détourner le navire suspect de sa route vers un port afin de l’inspecter plus complètement et de détruire les armements saisis.

Avant d’intervenir, ils devront cependant « faire des efforts de bonne foi pour obtenir l’aval du pays dont le navire bat pavillon ».

Cette mention est une concession à la Russie, qui avait insisté sur ce point.

Renforcer l’embargo aidera le nouveau gouvernement d’union nationale (GNA) libyen à asseoir son autorité.

D’autant qu’il est prévu des exemptions à l’embargo pour permettre à ce gouvernement d’acquérir certains armements afin de mieux lutter contre le groupe État islamique.

La résolution réaffirme que le gouvernement d’union « peut soumettre des demandes d’exemption » afin que son armée puisse combattre plus efficacement l’EI ou d’autres groupes affiliés à Al-Qaïda.

Ces demandes devront être « examinées rapidement » par le Comité de l’ONU chargé de gérer l’embargo.

Les forces soutenant le GNA mènent depuis un mois une offensive contre le fief de l’EI à Syrte, à 450 km à l’est de Tripoli, et ont repris en chemin d’autres localités aux djihadistes.

Le chef du GNA Fayez al-Sarraj a appelé mardi tous ses concitoyens à soutenir cette offensive.

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, avait expressément demandé il y a une semaine au Conseil d’adopter cette résolution afin de « faire de la Méditerranée un endroit plus sûr pour tous ».

Le chef du fragile gouvernement d’union nationale en Libye a appelé mardi ses concitoyens à soutenir l’offensive pour reprendre Syrte au groupe Etat islamique, à laquelle refusent de participer les autorités contrôlant l’est du pays.

« Nous saluons les victoires remportées par nos fils (…) dans la bataille pour la libération de Syrte », a déclaré Fayez al-Sarraj dans une allocution télévisée.

Elles « méritent d’être l’exemple d’un projet national » autour duquel les Libyens doivent « s’unir », a ajouté le chef du gouvernement d’union nationale (GNA) depuis le 30 mars.

M. Sarraj a vu sa position renforcée par les succès de l’offensive lancée le 12 mai par les différentes unités armées soutenant le GNA, qui ont repris de nombreuses positions djihadistes dont le port et l’aéroport international de Syrte.

Le Premier ministre est soutenu avec force par l’ONU, dont le Conseil de sécurité devait voter mardi une résolution autorisant l’opération navale européenne au large de la Libye à contrôler l’embargo sur les armes imposé par les Nations unies depuis 2011, selon des diplomates.

M. Sarraj réclame depuis des semaines un assouplissement de cet embargo car, à l’heure actuelle, la plupart des armes entrant en Libye ne vont pas au gouvernement légitime mais à son rival ou à divers groupes armés et milices.

L’ONU a par ailleurs décidé de prolonger le mandat de sa mission d’appui (Manul) en Libye jusqu’au 15 décembre 2016.

Ces décisions interviennent alors que les forces pro-GNA se heurtent à la résistance de l’EI dans son fief de Syrte, situé à 450 km à l’est de Tripoli.

« Nos forces ont repoussé à l’aube une nouvelle attaque de l’EI qui tentait de reprendre le contrôle du port », a déclaré à l’AFP Reda Issa, porte-parole des forces gouvernementales. « Il y a des victimes dans nos rangs », a-t-il précisé, sans donner davantage de détails.

Lundi soir, les pro-GNA avaient pris le contrôle d’un dépôt d’armes et de munitions avec un soutien aérien de l’armée.

Pour M. Sarraj, le défi est de transformer les succès militaires des derniers jours en victoire politique. Son objectif déclaré est de faire du GNA le seul gouvernement d’une Libye unie, comme le souhaitent aussi l’ONU et la communauté internationale.

Mais il se heurte jusqu’à présent au refus des autorités basées dans l’est du pays et contrôlant la Cyrénaïque, l’une des deux grandes régions peuplées du pays, de reconnaître sa légitimité et de lui céder le pouvoir.

Ces autorités considèrent les forces pro-GNA comme des « milices hors-la-loi » et non comme l’une des composantes d’une armée nationale.

« Nous suivons de près les combats à Syrte (…) mais chaque chose en son temps », a déclaré à l’AFP le colonel Ahmad al-Mesmari, un porte-parole des forces fidèles au général Khalifa Haftar, qui revendique détenir l’autorité militaire dans l’est.

Ces forces combattent depuis deux ans des groupes islamistes – dont l’EI – présents à Benghazi, la deuxième ville du pays, située à 1.000 km à l’est de Tripoli, et dans sa région.

« La nouvelle donne n’est pas favorable à Khalifa Haftar », surtout si « les forces fidèles au GNA, son principal rival, réussissent à libérer Syrte de l’emprise de l’EI », souligne Mohamed Eljarh, expert libyen au Centre Rafic Hariri pour le Moyen-Orient.

Les forces pro-GNA sont placées sous un commandement conjoint basé à Misrata, à 200 km à l’ouest de Tripoli. Elles sont composées de milices issues des villes de l’ouest qui s’étaient illustrées durant la révolte ayant conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

L’offensive sur Syrte est également menée par des unités venant de régions situées plus à l’est, comme les Gardes des installations pétrolières.

L’opération anti-EI a déjà fait 140 morts parmi les forces pro-GNA et plus de 500 blessés, selon des sources médicales.

Le bilan des pertes dans les rangs djihadistes n’est pas connu mais est probablement très élevé. L’EI aurait quelque 5.000 combattants en Libye, dont de nombreux étrangers venus d’autres pays africains ou du Moyen-Orient, selon des responsables américains. La grande majorité d’entre eux seraient à Syrte, la seule grande ville contrôlée dans le pays par l’EI.

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