L’Irak élimine les poches de résistance de l’EI à Falloujah

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Un véhicule des forces antiterroristes garées à Falloujah pendant une opération pour regagner la ville au groupe EI le 16 juin 2016. (AFP/Jean Marc MOJON)
Un véhicule des forces antiterroristes garées à Falloujah pendant une opération pour regagner la ville au groupe EI le 16 juin 2016. (AFP/Jean Marc MOJON)

Les forces irakiennes s’efforçaient samedi de déloger les combattants du groupe État islamique (EI) de leurs dernières poches de résistance dans leur bastion de Falloujah, dont la perte marquerait l’un des plus importants revers infligés aux djihadistes en Irak depuis plus de deux ans.

Revigorées par leur percée à Falloujah, à 50 km à l’ouest de Bagdad, les forces armées ont repris leurs opérations autour de Mossoul, le dernier grand bastion de l’EI en Irak que le premier ministre Haider al-Abadi a promis de «libérer très prochainement».

Même si Falloujah n’a pas été encore entièrement reconquise, elle constitue la dernière en date des batailles perdues par l’EI qui a vu se rétrécir ces derniers mois son «califat» proclamé il y a deux ans sur les territoires occupés en Irak et en Syrie.

Au lendemain de la prise du centre de Falloujah et du principal QG gouvernemental sur lequel elles ont hissé le drapeau national, les forces d’élite «continuent d’avancer pour libérer les quartiers nord» de la ville, où se sont redéployés les djihadistes, selon le commandant Abdelwahab Saadi.

Les forces de police ratissaient pour leur part les quartiers ouest reconquis à la recherche des derniers djihadistes et d’explosifs, a ajouté le commandant de l’offensive pour reprendre Falloujah lancée le 23 mai avec le soutien aérien crucial de la coalition internationale dirigée par les États-Unis.

Vendredi, M. Abadi a affirmé que les forces d’élite du contre-terrorisme (CTS) et les autres unités militaires avaient quasiment repris Falloujah, « à l’exception d’une petite part », après s’être heurtées à une résistance limitée de l’EI.

Exode massif

Selon des responsables de la sécurité, de nombreux membres de l’EI ont réussi à fuir en se fondant parmi les civils sortis de la ville ces derniers jours.

Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), la débandade de l’EI à Falloujah a entraîné un exode massif avec la sortie de quelque 20 000 civils de la ville en seulement quelques heures vendredi.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des centaines de personnes traversant à la nage l’Euphrate pour se réfugier dans un lieu sûr.

Le NRC a dit craindre pour les civils restés à Falloujah qui seraient les plus vulnérables – femmes enceintes, vieillards, personnes handicapées – sans pouvoir préciser leur nombre.

Depuis plusieurs jours, les ONG alertaient sur la crise humanitaire créée dans et autour de Falloujah où des camps ont été installés pour les déplacés.

L’EI s’est emparé de Falloujah, ville de la grande province d’Al-Anbar, en janvier 2014, cinq mois avant son offensive fulgurante en Irak qui lui avait permis de prendre le contrôle d’autres régions dont Mossoul, la deuxième ville d’Irak (nord).

L’enjeu Mossoul et Raqa

Alors que M. Abadi a promis de vaincre l’EI en Irak avant la fin 2016, les forces irakiennes ont lancé une nouvelle bataille pour libérer la province de Ninive dont Mossoul est le chef-lieu.

«Nous avons commencé à 5 h (22 h, vendredi heure de l’Est) la deuxième phase de l’opération pour la libération de Ninive» avec l’objectif de reprendre la localité de Qayyarah et « d’en faire un tremplin pour reconquérir Mossoul », environ 60 km plus au nord, a déclaré à l’AFP le ministre de la Défense Khaled al-Obeidi.

Pour Patrick Martin, analyste spécialiste de l’Irak à l’Institute for the Study of War, basé à Washington, l’EI pourrait survivre à la perte de Falloujah.

«La machine de propagande de l’EI sur les réseaux sociaux trouvera probablement toujours les moyens d’attirer les recrues et d’encourager les attaques de loups solitaires», estime-t-il.

L’EI a enregistré de minimes succès militaires sur le terrain en Syrie et en Irak ces derniers mois, mais il a fait les gros titres en revendiquant des attentats meurtriers notamment en Occident.

En Syrie, il fait face à plusieurs offensives dans les régions qu’il contrôle dans le nord, mais parvient à se défendre en recourant principalement aux attentats suicide surtout dans ses fiefs de Minbej, dans la province d’Alep, et Tabqa dans celle voisine de Raqa.

Néanmoins les batailles pour reprendre Mossoul et la ville de Raqa, capitales de facto de l’EI, changeraient véritablement la donne. «Leur perte [pour l’EI]signifierait la perte des illusions sur le califat», estime Patrick Skinner, un analyste du groupe Soufan.

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