Neutraliser les tueurs séduits par l’EI, l’impossible défi du FBI

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Charles Harvey Eccleston, un Américain qui avait travaillé à la Commission américaine de régulation nucléaire, avait conçu le projet de vendre des secrets nucléaires à l'Iran, à la Chine, au Venezuela et à un autre pays non identifié (FBI)
La police fédérale avait interrogé Mateen, le tueur d’Orlando, à plusieurs reprises en 2013 et 2014, pour « d’éventuels liens avec des terroristes », mais n’avait pas pu engager de procédure contre lui, faute d’avoir quoi que ce soit à lui reprocher sur un plan judiciaire.(FBI)

Le FBI avait repéré Omar Mateen, l’auteur de la tuerie d’Orlando, mais il n’a pu l’empêcher de passer à l’acte, illustrant la difficulté de lutter contre les loups solitaires poussés au meurtre par le groupe État islamique.

La police fédérale avait interrogé Mateen à plusieurs reprises, en 2013 et 2014, pour « d’éventuels liens avec des terroristes ». Mais elle n’avait pas pu engager de procédure contre lui, faute d’avoir quoi que ce soit à lui reprocher sur un plan judiciaire.

Comme elle n’avait rien pu faire en 2011 contre Tamerlan Tsarnaev, qu’elle avait aussi repéré, et qui était devenu deux ans plus tard le co-auteur avec son frère de l’attentat contre le marathon de Boston.

Les États-Unis sont de plus en plus confrontés à des actes de terrorisme intérieur, comme à Boston ou à San Bernardino (Californie) début décembre, où un couple radicalisé a abattu 14 personnes.

« Il semble que le tireur ait été inspiré par diverses sources d’informations extrémistes sur internet », a déclaré Barack Obama à l’issue d’une réunion dans le Bureau ovale avec, entre autres, le directeur du FBI James Comey et le ministre de la sécurité intérieure Jeh Johnson.

« Cela semble être similaire à ce que nous vu à San Bernardino, mais nous ne savons pas encore », a-t-il dit, soulignant qu’il n’y a pas à ce stade « de preuves claires » que l’attaque ait été commanditée depuis l’étranger.

Après des déclarations enflammées d’Omar Mateen à des collègues de travail, « laissant penser à un lien avec des organisations terroristes », le FBI avait enquêté « de manière exhaustive » sur lui, a expliqué Ronald Hopper, un responsable de la police fédérale à Orlando.

Il y avait eu « des interviews de témoins, une surveillance physique, des vérifications de fichiers », a-t-il expliqué. « Mais nous ne sommes pas arrivés à vérifier la réalité de ses allégations et l’enquête a été close ».

Pour Steve Pomerantz, un ancien responsable anti-terroriste du FBI, l’institution policière est juridiquement démunie dans ce genre de ce situation.

« Si tout ce que Mateen faisait était d’aller sur certains sites internet » encourageant le jihad « et de tenir des propos de cinglé, il n’y avait peut-être rien qui pouvait être fait contre lui », a-t-il expliqué à l’AFP.

Tant que les suspects « ne franchissent pas le pas de lever des fonds pour l’EI ou de recruter pour eux, ce n’est pas contre la loi, donc que voulez-vous faire ? »

« Est ce qu’on met sur écoutes ce type ? Pour combien de temps ? Est ce qu’on le suit ?… Mais les effectifs qu’il faudrait pour faire ça sont hors du domaine du possible », poursuit-il.

Sans compter les risques pour les libertés individuelles si les autorités décident d’un accroissement de la surveillance policière: pour un individu dangereux neutralisé, combien de personnes inoffensives pourraient se retrouver dans le collimateur de la police ?

Pour prévenir le passage à l’acte meurtrier de citoyens américains comme Omar Mateen, les autorités américaines se sont efforcées de développer les liens au niveau local avec les différentes communautés d’origine étrangère.

Le but est notamment que des proches, famille, amis, enseignants, éducateurs, sachent à qui s’adresser lorsqu’ils décèlent des signes de radicalisation chez une personne.

Les autorités américaines ont également tenté de s’attaquer aux incitations au meurtre diffusées par le groupe Etat islamique sur internet: poussés par l’administration, les grands réseaux sociaux ont ainsi multiplié les fermetures de comptes.

Et l’administration américaine tente de stimuler la constitution d’un réseau de contre-propagande, sous la houlette d’une structure du département d’Etat, le GVE (Global engagement center), dirigé par un ancien officier des forces spéciales américaines, Michael Lumpkin.

Le GVE tente d’apporter financements et soutiens à tous ceux qui à travers le monde, et notamment au Moyen-Orient, contrent quotidiennement en ligne les appels au meurtre et à la haine du groupe EI.

Mais force est de constater que la proposition des jihadistes, devenir un héros par le massacre, continue de montrer son efficacité.

Il est très simple d’aller tuer des cibles parfaitement inoffensives, en proclamant au dernier moment une allégeance purement virtuelle au groupe Etat islamique, relèvent les experts.

« Si vous voulez trouver une réponse pour les gens qui ont ce profil, ce ne sera pas une réponse policière », estime Steve Pomerantz.

« Le seul moyen de réduire la violence par armes à feu est de confisquer les armes, mais nous avons le second amendement » sur le droit de porter des armes, « donc ça n’arrivera jamais », ajoute-t-il.

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