Ottawa: le ministre chinois des Affaires étrangères s’en prend à une journaliste canadienne

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Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a rencontré à Ottawa le 1er juin 2016 le ministre des Affaires étrangères de la Chine, M. Wang Yi. (Ministère canadien des Affaires étrangères)
Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a rencontré à Ottawa le 1er juin 2016 le ministre des Affaires étrangères de la Chine, M. Wang Yi. (Ministère canadien des Affaires étrangères)

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a rencontré à Ottawa ce 1er juin le ministre des Affaires étrangères de la Chine, Wang Yi, qui, non content de faire taire les journalistes dans son pays, s’en est pris en conférence de presse à une journaliste canadienne qui évoquait la question des droits de l’homme.
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Mise à jour au 03/06/2016 à 9h43

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, se référant à la réprimande imméritée qu’a servi son homologue chinois, Wang Yi, à une journaliste canadien, Amanda Connolly, lors d’une conférence de presse commune hier à Ottawa, a remercié aujourd’hui sur con compte twitter la journaliste canadienne pour ses questions, « démontrant la liberté de la presse ».

Il a même souligné qu’il a « utilisé l’exemple des questions la représentante de IPolitics « lors de [sa]rencontre pour souligner l’importance des droits de la personne pour les Canadiens ».

Toujours sur son compte twitter, le chef de la diplomatie canadienne a conclu son intervention sur la réponse courroucée du ministre chinois des Affaires étrangères à la journaliste en affirmant qu’en « appeler au respect des droits de la personne [est la]prérogative de tous.

Par contre, en conférence téléphonique depuis Paris, où il se trouvait pour participer à l' »Initiative pour la paix au Proche-Orient, le ministre Dion a affirmé qu’il ne lui appartenait toutefois pas de défendre une journaliste en sol canadien, où la liberté de presse est entière.

Ce qu’il appartient à un ministre canadien des Affaires étrangères de faire est de soulever la question des droits de la personne auprès des régimes qui les bafouent, a expliqué le ministre, qui a assuré l’avoir fait « très clairement » auprès de son homologue chinois.

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Cette visite à Ottawa avait été la première rencontre du Dialogue des ministres des Affaires étrangères Canada-Chine, une nouvelle tribune que le Canada juge importante pour accroître la collaboration de haut niveau entre les deux pays.

Les ministres Dion et Wang y ont discuté, dit Ottawa, de la façon de promouvoir les intérêts communs au moyen des relations bilatérales, ainsi que la paix et la sécurité dans le monde.

Les ministres ont également parlé des droits de la personne, révèle le ministère canadien des Affaires étrangères.

Le ministre Dion a précisé à ce sujet qu’il avait parlé avec son homologue chinois du cas du Canadien Kevin Garratt emprisonné en Chine pour espionnage, et qu’il ne ratait jamais une occasion d’évoquer les droits de la personne et les dossiers consulaires épineux avec ses différents interlocuteurs étrangers, mais toujours de manière « respectueuse ».

Mais, en conférence de presse après la rencontre, le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, s’est permis de réprimander avec colère une journaliste canadienne, Amanda Connolly, qui l’interrogeait sur le piètre bilan de la Chine en matière de respect des droits de la personne.

Ce qui ajoute à l’injure est que la journaliste en question s’exprimait au nom de tous les médias présents: les médias canadiens avait en effet regroupé plusieurs questions en une seule portant, notamment, sur la question de la détention illégale de ressortissants de Hong Kong, celle du Canadien Kevin Garratt, et sur les activités de la Chine en mer de Chine méridionale à l’appui de ses revendications territoriales. Et c’est Amanda Connolly qui avait été choisie par ses collègues pour poser cette question à notre ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion.

Sur son site IPolitics reproduit intégralement la question de sa journaliste et la réponse du ministre chinois des Affaires étrangères, que vous pouvez lire ci-dessous.

QUESTION: “There are no shortage of concerns about China’s treatment of human rights advocates such as the Hong Kong booksellers and its detention of the Garratts, not to mention the destabilizing effects of its territorial ambitions in the South China Sea. Given these concerns, why is Canada pursuing closer ties with China, how do you plan to use that relationship to improve human rights and security in the region, and did you specifically raise the case of the Garratts during your talks?”

La question s’adressait au ministre Dion, qui répond, puis, les médias chinois présents pose la question suivante au ministre chinois qui saute sur l’occasion pour répondre à la question que la journaliste d’iPolitics avait adressé au ministre canadien et pour la réprimander avec colère.

WANG: “I want to respond to the question from this reporter about China. I have to say that your question is full of prejudice against China and arrogance where I have heard that come from and this is totally unacceptable. I have to ask whether you understand China? Have you been to China? Do you know that China has lifted more than 600 million people out of poverty and do you know that China is now the second largest economy in the [crosstalk]. Do you think development is possible for China without protection of human rights and do you know that China has written the passion and promotion of human rights into our constitution? Other people don’t know better than the Chinese people about the human rights conditions in China and if the Chinese people, who are in the best position have say about China’s human rights situation. So I would like to suggest to you please don’t ask questions in such an irresponsible manner and though we welcome goodwill suggestions, we reject groundless or unwarranted accusations.”

Wang Yi a déclaré que la journaliste canadienne avait agi de manière «irresponsable» en le questionnant sur ce sujet délicat et sur l’emprisonnement du Canadien Kevin Garratt pour espionnage.

M. Wang semblait réellement en colère, rapportent les médias canadiens, alors qu’il sermonnait la journaliste en pleine conférence de presse conjointe avec le chef de la diplomatie canadienne dans le hall d’entrée de l’édifice abritant le quartier général d’Affaires mondiales Canada.

Par le biais d’un interprète, Wang Yi a affirmé que cette question portait préjudice à la Chine et que seuls les Chinois étaient en mesure de discuter de la performance de leur nation sur le plan du respect des droits de la personne.

Apparemment, les ministres chinois n’apprécient pas les questions difficiles, toutes légitimes soient-elles, et, même invités dans un pays étranger, ils se permettent de faire la leçon aux journalistes du pays hôte.

Mais la Chine est le second partenaire commercial du Canada.

Alors, après la vente des VBL à l’Arabie saoudite, qui a aussi un piètre bilan en matière de respect des droits de l’homme, le principe de « conviction responsable » mis de l’avant par le ministre Dion signifie-t-il maintenant qu’il faudra également plus ou moins accepter qu’un invité chinois vienne ici tancer une journaliste canadienne, comme il le fait sans doute avec les journalistes de son pays…

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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