Pas de largages d’aides imminents de l’ONU en Syrie malgré les pressions

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Des Syriennes assises à Daraya, au sud-ouest de Damas, le 23 mai 2016. (AFP/Archives/FADI DIRANI)
Des Syriennes assises à Daraya, au sud-ouest de Damas, le 23 mai 2016. (AFP/Archives/FADI DIRANI)

Les Nations unies ont écarté jeudi le largage dans l’immédiat d’aides internationales vitales dans les localités assiégées de Syrie, malgré les demandes pressantes de Londres et Paris pour prêter d’urgence secours aux habitants affamés dans le pays en guerre.

Selon l’ONU, près de 600.000 personnes vivent dans 19 zones ou localités encerclées par les belligérants, principalement par les troupes du régime du président Bachar al-Assad, et près de quatre millions dans des zones difficiles d’accès.

Face au désastre humanitaire provoqué par le conflit qui a fait également 280.000 morts depuis plus de cinq ans et jeté hors de leurs foyers des millions de personnes, le Conseil de sécurité de l’ONU doit tenir vendredi une réunion d’urgence axée sur les aides.

Mais l’envoyé spécial adjoint de l’ONU pour la Syrie, Ramzy Ezzeldin Ramzy, a affirmé à Genève que les largages n’étaient pas « imminents » car le Programme alimentaire mondial « finalise les plans » en vue de cette opération qui s’annonce compliquée.

Comme ces largages devront se faire par avion depuis de très hautes altitudes ou par hélicoptère dans les zones urbaines densément peuplées, l’ONU a besoin du feu vert du régime car les appareils devront emprunter les voies aériennes habituellement utilisées par les avions commerciaux, a-t-il dit. Ce qui n’est pas un fait acquis.

L’ambassadeur britannique à l’ONU Matthew Rycroft a demandé la réunion d’urgence du Conseil pour évoquer les possibilités d’accès aux villes assiégées et demander que ces largages, décidés par le Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG), aient lieu comme prévu.

Son collègue français François Delattre a estimé que ces secours devraient être livrés d’urgence pour toutes les zones « où les populations civiles, y compris les enfants, risquent de mourir de faim ».

En mai, les 20 pays du Groupe international de soutien à la Syrie avaient fixé le 1er juin comme dernier délai pour que des convois puissent avoir accès aux villes assiégées, sans quoi l’ONU procéderait aux largages.

En date du 2 juin 2016:

Une vingtaine de zones ou localités en Syrie sont actuellement assiégées, principalement par les forces du régime de Bachar al-Assad, accusé de recourir aux sièges pour forcer les rebelles à déposer les armes.

Jeudi, le groupe de travail sur l’accès humanitaire, qui regroupe les membres du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS), a décidé d’ajouter Waer, quartier rebelle de la ville de Homs (centre) où vivent 75.000 personnes, à la liste des zones assiégées.

Au total, l’ONU considère désormais que quelque 592.700 personnes vivent dans 19 zones ou localités assiégées.

Les sièges imposés par le régime se trouvent principalement autour de Damas.

– DARAYA, à 10 km de la capitale, a été l’une des premières villes à se soulever contre le régime en 2011, et l’une des premières aussi à être assiégée (depuis novembre 2012).

Le régime tente depuis quatre ans de reprendre la localité, très proche de la base aérienne de Mazzé, siège des services de renseignements de l’armée de l’air et de leur prison.

Mercredi, à la faveur d’une trêve de 48 heures, le régime a autorisé pour la première fois l’entrée d’un convoi humanitaire à Daraya, mais l’aide n’incluait pas de nourriture.

– MADAYA, où plus de 40.000 personnes vivent assiégées depuis des mois, a été l’une des villes les plus touchées; 46 personnes y sont mortes de faim entre le 1er décembre 2015 et fin janvier, selon Médecins sans frontières (MSF).

– MOUADAMIYAT AL-CHAM, ville rebelle située au sud-ouest de Damas, dans la Ghouta occidentale, a été classée de nouveau comme ville assiégée par l’ONU en janvier, le régime ayant imposé de nouvelles restrictions qui continuent de provoquer des pénuries de nourriture. Mercredi, un convoi est entré pour la première fois depuis mars dans cette ville.

D’autres localités contrôlées par les rebelles sont aussi encerclées dans la province de Damas comme Zabadani ou encore Douma, Erbine, Harasta et Zamalka dans la région de la Ghouta orientale.

Dans la province de Homs, les villes rebelles de Rastane et de Talbissé, subissent aussi un siège dévastateur de la part du gouvernement.

– FOUA et KAFRAYA, agglomérations chiites pro-régime de la province d’Idleb (nord-ouest), sont assiégées par des rebelles islamistes.

Les insurgés ont cherché à lier le sort de ces deux localités à celui de Zabadani et Madaya, exigeant que toute aide parvenant aux villages loyalistes soit également livrée à ces deux villes rebelles.

En avril, 250 habitants de Madaya et de Zabadani ont rallié la province d’Idleb, tenue par les insurgés. Dans le même temps, le même nombre d’habitants de Foua et Kafraya ont été transférés à Damas et dans la province de Lattaquié, bastion du régime sur la côte. Les évacuations ont été accompagnées par une livraison d’aide humanitaire dans ces villes.

Début février, les forces gouvernementales, soutenues par l’aviation russe, avaient réussi à briser le siège imposé depuis plus de trois ans par les rebelles islamistes aux localités chiites de Nebbol et Zahra, dans la province d’Alep (nord).

Le groupe djihadiste État islamique (EI) assiège depuis janvier 2015 la ville de Deir Ezzor dans l’est de la Syrie où vivent plus de 200.000 personnes.

L’EI contrôle plus de 60% de Deir Ezzor, chef-lieu de la province éponyme qui est en majorité aux mains du groupe ultraradical sunnite.

Depuis début avril, le Programme alimentaire mondial procède à des largages par avion de vivres sur Deir Ezzor.

Le gouvernement syrien a aussi pu livrer de l’aide aux localités assiégées qu’il contrôle par largage aérien. Une possibilité dont ne disposent pas les rebelles, qui n’ont pas d’aviation.

Or mercredi, à la faveur d’une trêve de 48 heures expirant jeudi avant l’aube, le régime a autorisé pour la première fois l’entrée d’aides à Daraya, ville rebelle située à 10 km de Damas et assiégée depuis 2012.

Mais cette aide n’incluait pas de nourriture, au grand désespoir des habitants affamés dans la ville détruite, l’une des premières à s’être soulevées contre le régime en 2011. Près de 10.000 personnes y vivent actuellement.

« Il est choquant et complètement inacceptable que les camions ne soient pas autorisés à transporter de la nourriture », a déploré l’ONG Save the Children en Syrie.

« Daraya a besoin de tout; nourriture, médicaments, produits sanitaires, carburants …. », a indiqué le militant antirégime Chadi Matar dans la ville.

« On ne vend plus de produits à Daraya. Il n’y a que des opérations de troc entre habitants », ajoute-t-il. « Certaines denrées rentrent par le biais de la contrebande car quelques personnes risquent leur vie pour sortir de la ville ».

La guerre en Syrie, qui met aux prises divers acteurs locaux, régionaux et internationaux, a permis la montée en puissance des groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Front Al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie).

Sur le front, les Forces démocratique syriennes (FDS), alliance dominée par les Kurdes, concentraient leurs opérations sur la province septentrionale d’Alep où elles veulent s’emparer de la ville de Minbej, à une quarantaine de km au sud de la frontière turque.

Les FDS, soutenues par des frappes intenses de la coalition internationale dirigée par Washington, ont avancé et se trouvent à 10 km de Minbej, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Les combats sont féroces » dans la ville qui sert de principale voie de ravitaillement depuis la Turquie pour Raqa, capitale de facto des jihadistes en Syrie, selon l’ONG.

Plus à l’ouest, un attentat suicide a fait deux morts à Lattaquié, un fief du régime, selon l’agence de presse officielle Sana.

De l’autre côté de la frontière, en Irak, les forces gouvernementales soutenues notamment par l’aviation de l’allié américain se heurtent à la résistance de l’EI à Fallouja, à 50 km à l’ouest de Bagdad. Quelque 50.000 civils sont bloqués dans ce fief djihadiste totalement assiégé et leur présence ralentit les opérations de reconquête, selon le pouvoir.

L’EI a profité de la guerre civile en Syrie et de l’instabilité en Irak pour s’y implanter, la communauté internationale cherchant à mettre hors de danger de nuire ce groupe responsable de terribles exactions dans les régions conquises et d’attentats meurtriers dans le monde.

Jeudi, les autorités allemandes ont annoncé avoir déjoué un projet d’attentat suicide de l’EI fomenté par des Syriens dont trois ont été arrêtés.

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