À Nice, où 18 personnes sont encore entre la vie et la mort, l’enquête se poursuit

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Un camion fonce jeudi 14 juillet en soirée  sur la foule à Nice qui assistait au feu d'artifice sur la Promenade des Anglais: «des dizaines» de morts. (VALERY HACHE/AFP)
Le camion qui a foncé jeudi 14 juillet en soirée sur la foule à Nice qui assistait au feu d’artifice sur la Promenade des Anglais: «des dizaines» de morts. (VALERY HACHE/AFP)

Peu avant l’attentat de Nice jeudi, son auteur, le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, a envoyé un SMS «se félicitant de s’être procuré un pistolet 7.65 et évoquant la fourniture d’autres armes», selon des sources proches du dossier.

Le chauffeur-livreur de 31 ans, qui s’est servi d’un poids lourd pour son attaque, «s’est également pris en photo au volant du camion entre le 11 et le 14 juillet» avant de l’envoyer par SMS, selon les mêmes sources. Les enquêteurs cherchent à «identifier l’ensemble des destinataires» de ces messages.

Dix-huit personnes entre la vie et la mort

Dix-huit victimes se trouvent toujours dans un état critique, trois jours après l’attaque au camion lourd qui a fait 84 morts sur la Promenade des Anglais.

Dans une conférence de presse télévisée, la ministre française de la Santé, Marisol Touraine, a précisé qu’un enfant se trouvait parmi eux. Un seul blessé reste à être identifié, a-t-elle ajouté.

Depuis l’attaque, «près de 500 personnes ont été accueillies dans les cinq cellules psychologiques existantes», a déclaré Mme Touraine.

Par ailleurs, les médias ont rapporté deux nouvelles interpellations, ainsi que la fin de l’interrogatoire de l’ex-femme du présumé responsable, après 48h de garde à vue.

Les enquêteurs progressent sur le profil du tueur

Le profil de l’auteur de l’attentat de Nice revendiqué par le groupe djihadiste État islamique se précisait dimanche avec des signes de préméditation, l’exécutif français cherchant lui à donner des gages de ses efforts antiterroristes face aux critiques.

Selon une source proche des enquêteurs français, le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait repéré les lieux avec son camion les 12 et 13 juillet avant le carnage du 14 juillet, jour de fête nationale en France.

Plusieurs témoins interrogés, parmi la centaine déjà entendue, ont par ailleurs évoqué pour la première fois la religiosité du Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, inconnu des services de renseignement français. Son père avait affirmé qu’il n’avait «aucun lien avec la religion».

Selon les premiers témoignages de voisins, l’assaillant, présenté par l’EI dans sa revendication comme «un soldat de l’Etat islamique», semblait avoir un profil de déséquilibré, multipliant les «crises» avec sa famille.

Dimanche, les autorités ont procédé à deux nouvelles interpellations, un homme et une femme, selon une source judiciaire. Quatre hommes de l’entourage de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel étaient toujours en garde à vue tandis que son ex-épouse a été libérée.

Selon le témoignage de l’un des hommes en garde à vue, rapporté à l’AFP par son avocat Jean-Pascal Padovani, le tueur était «intégré à Nice, il connaissait beaucoup de monde». Les clients d’une salle de sport que fréquentait l’assaillant ont pour leur part évoqué un «frimeur» et un «dragueur».

«Il semble qu’il se soit radicalisé très rapidement», avait déclaré samedi le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve après une réunion de crise du gouvernement.

En fonçant à bord d’un poids lourd frigorifique sur la foule rassemblée sur la Promenade des Anglais à Nice, le soir de la fête nationale, le tueur a écrasé 200 personnes sur deux kilomètres. Parmi les morts figurent dix enfants et adolescents ainsi qu’au moins 17 étrangers.

La communauté russe de Nice a payé un lourd tribut, selon ses représentants, avec «au moins une dizaine de personnes» tuées ou blessées.

Appel aux «Français patriotes»

Huit mois après avoir décrété l’état d’urgence en France et adopté de nouvelles lois antiterroristes dans la foulée des attaques jihadistes du 13 novembre à Paris, le gouvernement socialiste a appelé samedi «tous les Français patriotes» à venir épauler les forces de sécurité.

Cet appel de Bernard Cazeneuve à rejoindre les réservistes de la police et la gendarmerie est la seule proposition nouvelle lancée par le pouvoir, acculé de toutes parts à réagir trois jours après le carnage.

L’ancien premier ministre Alain Juppé et candidat à la primaire de droite pour la présidentielle, a de nouveau tiré à boulets rouges sur le gouvernement en estimant dimanche que «nous pouvons faire plus et mieux même si, bien sûr, le risque zéro n’existera jamais». Il appelle ainsi à «passer à la vitesse supérieure» contre le terrorisme.

Même son de cloche chez le président du Sénat Gérard Larcher (droite) qui s’est dit favorable à la prolongation de l’état d’urgence après l’attentat de Nice, mais estime dimanche que «les Français attendent plus du président de la République et du gouvernement».

Mais le premier ministre Manuel Valls a mis en garde dans le Journal du dimanche contre toute surenchère: «Je vois bien, aussi, dans l’escalade des propositions, monter la tentation de remettre en cause l’État de droit». «Mais remettre en cause l’État de droit, remettre en cause nos valeurs serait le plus grand renoncement», fait-il valoir.

À coup de chiffres, les autorités cherchent à tout prix à rassurer l’opinion sur l’implication des forces de l’ordre : «100 000 policiers, gendarmes et militaires sont mobilisés pour assurer la sécurité», a affirmé M. Cazeneuve.

L’effectif de l’opération militaire Sentinelle, maintenu à 10 000 hommes contre 7000 prévus initialement après la fin de l’Euro-2016, restera à ce niveau «jusqu’à la fin de l’été», a de son côté annoncé le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian.

Le «ras-le-bol» des Français face à la vague d’attentats se lisait dans les messages déposés sur la Promenade des Anglais. «Assez de discours !», «Marre des carnages dans nos rues !», «Arrêtons le massacre !», pouvait-on notamment lire.

Point d’orgue des trois jours de deuil national, la France marquera une minute de silence lundi à 6h00 HE. Le président François Hollande tiendra au préalable un troisième Conseil de défense et de sécurité pour tirer les leçons de l’attaque.

L’attentat de Nice est la troisième tuerie de masse en France, après ceux de janvier 2015 contre le journal satirique Charlie Hebdo, des policiers et des Juifs (17 morts) et du 13 novembre (130 morts à Paris et à Saint-Denis). Depuis 18 mois, plusieurs autres attaques ou tentatives ont aussi choqué le pays comme la mort à l’arme blanche en juin à leur domicile de deux fonctionnaires de police.

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