Budget de défense modeste, mais le Canada accroît autrement son rôle international, plaide Trudeau

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Attaque canadienne lors d’un scénario d’opérations urbaines, durant ANAKONDA 16, en Pologne, le 14 juin 2016. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Attaque canadienne lors d’un scénario d’opérations urbaines, durant ANAKONDA 16, en Pologne, le 14 juin 2016. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Faire autrement: le premier ministre Justin Trudeau a défendu, mardi, les budgets modestes consacrés à la défense nationale, arguant que le pays accroît autrement son rôle international, (même sur le plan militaire semble-t-il), l’accroissement du rôle du Canada et celui du budget de la Défense n’allant pas forcément de pair.

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a noté cette semaine que le budget du ministère canadien de la Défense nationale avait atteint des creux historiques l’an dernier, à 0,98 % du produit intérieur brut (PIB). Il s’agit de son plus bas niveau depuis des décennies, alors que les pays membres de l’OTAN s’étaient entendus en 2014 pour consacrer à la défense 2,0 % de leur PIB.

L’OTAN estime que ce budget atteindra cette année 0,99 % du PIB canadien, mais cette légère hausse placera tout de même le pays au 23e rang des 28 membres de l’alliance.

Dans son discours au Parlement canadien, mercredi dernier, le président américain, Barack Obama, avait fait remarquer que l’OTAN avait «besoin de plus de Canada», et qu’Ottawa devait contribuer à la sécurité commune des membres de l’Alliance atlantique.

De passage à Montréal mardi matin pour une annonce d’investissements dans les infrastructures, le premier ministre Trudeau a rappelé la décision récente de son gouvernement de faire jouer au Canada un rôle de leader en Europe dans le cadre de la confrontation entre l’OTAN et la Russie.

La semaine dernière, le ministre de la Défense Harjit Sajjan et le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion ont annoncé que le Canada jouera prochainement un rôle important au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), afin d’appuyer la posture de dissuasion et de défense renforcée de l’Alliance en Europe de l’Est et en Europe centrale: en tant que l’une des quatre nations-cadre, le Canada mettra sur pied et dirigera un groupement tactique multinational rotationnel de l’OTAN qui contribuera à renforcer la présence avancée de l’OTAN en Europe de l’Est et en Europe centrale.

Seront déployés quatre bataillons composés chacun d’environ 1.000 hommes en Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne. L’Allemagne, les États-Unis et le Royaume-Uni commanderont les trois autres bataillons, respectivement en Lituanie, en Pologne et en Estonie, et on s’attend à ce que le Canada prenne le commandement du bataillon en Lettonie et effectue, comme dans le cadre de ses autres opérations dans la région, des rotations de six mois.

Entre l’opération IMPACT qui se poursuit au Moyen-Orient, et ses opérations REASSURANCE, UNIFIER, en Europe, et désormais avec cette nouvelle mission, le Canada peut très certainement, considérations budgétaires mies à part, prétendre jouer pleinement son rôle international et contribuer au maintien de la paix.

Mais, alors que le premier ministre Trudeau se joindra à d’autres chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN plus tard cette semaine en Pologne pour le Sommet de Varsovie, il ne pourra éviter la la question des budgets alloués à la défense qui sera certainement à l’ordre du jour de la rencontre.

Pendant ce temps, les consultations visant à éclairer l’examen de la politique de défense se poursuivent au Canada et, demain mercredi, le ministre de la Défense Sajjan présidera à Ottawa une autre table ronde avec des représentants de l’industrie de la défense.

Le ministère canadien de la Défense nationale a tenu jusqu’ici a tenu cinq tables rondes à Vancouver, Toronto, Yellowknife, Edmonton et Montréal, cela sans compter les table rondes organisées par des organismes privés ou des parlementaires.

En campagne électorale, avant les élections d’octobre 2015 qui l’ont porté au pouvoir, le parti libéral, qui forme aujourd’hui le gouvernement à Ottawa, avait promis des Forces armées « plus minces », mais plus efficaces, mais s’était engagé à combler les déficits de capacité et à donner aux militaires ce dont ils auront besoin pour remplir leur mission, une fois celle-ci redéfinie.

Chose certaine, les libéraux à Ottawa n’entendent pas dépenser simplement pour que l’armée canadienne puisse rouler sa caisse, préférant plutôt agir de façon à « faire la différence », cherchant l’efficacité plus que le panache.

Toutefois, après une reprise très modeste en 2015, les budgets militaires des Alliés européens et du Canada devraient donc augmenter maintenant de 3% (soit 8 milliards de dollars US de dépenses supplémentaires) en 2016, plaide par contre de son côté l’Otan. Même en « faisant autrement », l’argent sera toujours le nerf de la guerre, alors que la Russie, malgré la crise, a elle sanctuarisé son budget militaire qui a augmenté d’année en année sur plus d’une décennie.

À l’heure où, contrairement à Ottawa, certains pays de l’Alliance privilégient les démonstrations de force, la sempiternelle question de l’augmentation des budgets militaires sera donc de nouveau posée vendredi et samedi à Varsovie, où le sommet de l’Otan réunira les 28 chefs d’État et de gouvernement alliés pour compléter le renforcement de l’Alliance face à la Russie décidé après le début de la crise ukrainienne, sans précédent depuis la chute de l’Union soviétique.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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