EDITO | Pourquoi nous ne rendrons pas anonymes les terroristes

0

La réflexion fait rage en France en ce moment et divise les médias. Faut-il ou ne faut-il pas montrer des photos des terroristes, donner leurs noms et prénoms?

Récurrente, la réflexion se fait plus forte avec le nombre d’attentats de plus en plus fréquent dans les pays occidentaux.

En France, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été l’attentat de Nice et ses 84 morts. Plusieurs médias ont décidé, excédés de consacrer des Unes ou l’ouverture de journaux télévisés ou tout un reportage à ces terroristes, de rendre anonyme ces personnes, ou de ne donner qu’une partie de l’information.

Dès le lendemain de l’attaque de Nice, le très sérieux journal Le Monde a annoncé renoncer à publier les photos des terroristes (depuis le journal a modifié sa position, annonçant qu’il continuerait à publier les photos officielles et non des photos extraites de leur vie quotidienne.

D’autres médias ont suivi, comme BFMTV et TV5 Monde qui floutent les photos des terroristes sur leurs antennes, ou la radio Europe 1 qui a annoncé qu’elle ne donnerait plus les noms, suivis par le journal La Croix, et encore d’autres médias tels France 24 ou RFI qui ne diffuseront eux aussi pas les photos.

Mais d’autres ont décidé de continuer à montrer les photos des terroristes et donner leur nom, Le Figaro, Libération et Marianne notamment.

Alors quels sont les pour et les contre ?

Évoquée par Le Monde, la bataille contre le terrorisme se joue sur plusieurs fronts, et l’un est la communication.

La propagande djihadiste n’est pas nouvelle, mais elle a évolué rapidement avec l’émergence du groupe armé État islamique en 2014, en reprenant les codes des films d’Hollywood et de nos médias occidentaux. Les films et les journaux produits par l’EI sont tout sauf amateurs.

Et c’est pour quoi certains, ici même chez nous, y sont sensibles, tellement «c’est bien fait».

Il y a donc déjà eu une réflexion dans les médias sur l’utilisation des images dites de propagande, comme les exécutions.

À 45eNord.ca, nous avions à l’époque décidé de ne plus utiliser ces images, ou de rendre anonymes les victimes si nous devions vraiment les utiliser. Nous avions également décidé de ne prendre que des images donnant une information importante, comme celles montrant quel type de matériel est utilisé, ou encore pour voir le chef, quelles forces sont en présences, etc.

Maintenant, on parle de rendre anonymes ces terroristes pour ne pas les «glorifier à titre posthume» et éviter un éventuel effet boule de neige. Après tout, il est connu que les assassins veulent connaître leur quart d’heure de gloire…

Nous avons cependant décidé de continuer à publier leur identité (prénom, nom et photo officielle seulement), et voici pourquoi.

Tout d’abord, et qu’on le veuille ou non, une identité c’est une information en soi, que le terroriste s’appelle Martin Couture Rouleau ou Mohamed Lahouaiej Bouhlel, qu’il soit Québécois ou Tunisien ou Français ou ayant une double nationalité, issu de l’immigration ou non, l’information est importante.

Sans compter que si les médias ne donnaient pas le nom, nombreux seraient à se demander ce que l’on cache.

Pour les photos, encore une fois, nous ne pensons pas que cacher une partie de l’information, une partie de la vérité, soit bonne. Ces terroristes ont un nom, ils ont aussi un visage.

Diffuser une photo d’un terroriste ne signifie pas le glorifier

Pour paraphraser le chef du journal Libération: «ce n’est pas le glorifier que de montrer le visage d’un tueur». Mais il faut quand même réfléchir à l’usage de ces photos et aussi le choix de ces photos.

Nous avons donc décidé de continuer à montrer ces gens, mais en étant extrêmement mesurés dans la diffusion du portrait de ces terroristes. Il faut en effet éviter toute forme d’héroïsation de ces tueurs en ne publiant pas d’images les montrant sous un jour sympathique, en choisissant uniquement une photo de type pièce d’identité, et non lors d’une mise en scène macabre. De plus, les images seront toujours accompagnées d’un texte explicatif, et non «balancer comme ça».

Le journal de propagande de l’EI glorifie, en diffusant des photos incroyables, superbes de ses «soldats».

Il se peut que nous utilisions d’autres types de photos, telle une capture écran prouvant la présence d’une personne à tel endroit, ou encore une photo de groupe donnant des informations sur des proximités entre personnes ou réseaux (par exemple lors de l’affiliation de Boko Haram au groupe État islamique).

Nos pays d’«infidèles», de «mécréants» sont attaqués par des loups solitaires faisant du mimétisme les uns après les autres ou par des agents du réseau terroriste, mais ils ont toujours la marque de l’EI.

L’information toujours et avant tout, la glorification et le sensationnalisme non!

Nous vous devons, et nous devons aux victimes ce besoin d’informer et de comprendre, mais toujours dans le plus grand respect.

Nicolas Laffont
Éditeur, rédacteur en chef

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER

Les commentaires sont fermés.