Explosion de la grenade à Valcartier en 1974: 40 ans après, le ministère de la Défense bouge enfin

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Le peloton de cadets âgés entre 14 et 15 ans qui allait être dévasté en juillet 1974 par l'explosion d'une grenade pendant un cours sur la sécurité et les explosifs. Sur la photo , le cadet qui tenait la grenade lorsqu'elle a explosé, Eric Lloyde, est le cadet aux cheveux blond dans le coin inférieur droit (courtoisie)
Le peloton de cadets âgés entre 14 et 15 ans qui allait être dévasté en juillet 1974 par l’explosion d’une grenade pendant un cours sur la sécurité et les explosifs. Sur la photo , le cadet qui tenait la grenade lorsqu’elle a explosé, Eric Lloyde, est le cadet aux cheveux blond dans le coin inférieur droit (courtoisie)

Le lieutenant-général Guy Thibault, vice‑chef d’état‑major de la défense, a fait une déclaration aujourd’hui concernant l’explosion de la grenade survenue à Valcartier en 1974 que nous reproduisons intégralement et où il détaille les mesures prises par le ministère suite au rapport de l’ombudsman de la Défense.

«Le 30 juillet 1974, une tragédie a frappé le Centre d’instruction des cadets de la BFC Valcartier lorsqu’une grenade active s’est retrouvée dans un bac de répliques d’entraînement inertes. La grenade a explosé, tuant six jeunes cadets et en blessant des dizaines d’autres.

«Le ministère de la Défense nationale (MDN) et les Forces armées canadiennes (FAC) reconnaissent que les victimes de cette horrible tragédie ont souffert des effets à long terme du traumatisme qu’elles ont vécu, et regrettent qu’il ait fallu tant de temps pour reconnaître officiellement cette tragédie et y donner suite.

«Dans une déclaration publique publiée le 28 juillet 2015, nous avions indiqué que nous prendrions des mesures à la suite du rapport de l’enquête menée par l’ombudsman du MDN et des FAC sur cet incident.

«Depuis ce temps, et ce depuis plusieurs mois maintenant, le MDN et les FAC ont communiqué avec les victimes de cet accident tragique ainsi qu’avec leurs représentants pour discuter de leurs besoins en soins de santé et de leurs attentes en ce qui concerne l’indemnité financière possible. D’importants progrès ont été réalisés quant à l’application des recommandations de l’ombudsman.

«En premier lieu, nous avons immédiatement commencé à entrer en contact avec toutes les personnes concernées. Une évaluation des besoins médicaux a été offerte à toutes les personnes touchées qui ont été retrouvées afin de cerner leurs besoins en matière de soins de santé, sur le plan tant physique que psychologique, relativement à cette tragédie, et nous continuons à recevoir des réponses.

«En fonction de ces évaluations, la prochaine étape consistera à élaborer des plans de traitement personnalisé afin de déterminer de quels types de soins elles ont le plus besoin, et une partie de ce travail est déjà en cours.

«Parallèlement, le MDN s’est également efforcé de déterminer une reconnaissance financière adéquate, soit la révision d’une indemnisation en vertu de la jurisprudence dans des situations semblables – comme le recommandait l’ombudsman dans son rapport de 2015.

«Le travail que nous accomplissons est en cours et est fait en collaboration avec les victimes de cette terrible tragédie et leurs représentants. Le ministre de la Défense nationale a rencontré ces personnes afin de discuter de nos progrès collectifs. Nous devons continuer de nous assurer que l’on prenne bien soin des victimes de cet incident tragique et que l’on reconnaisse leurs douleurs et souffrances.

«Nous encouragerons toujours vivement toutes les personnes qui pensent avoir des séquelles de cet incident à communiquer avec nous au 1-844-800-8566 ou à l’adresse suivante : 1974@forces.gc.ca.»

Il y a 40 ans, une grenade tuait six cadets à Valcartier

En cette fin du mois de juillet, comme aujourd’hui, les cadets étaient nombreux sur la base de Valcartier pour leur camp d’été, quand la journée vire au drame. Une grenade explose dans un bâtiment où se trouvaient 135 cadets de 14 et 15 ans. Six d’entre eux n’en réchapperont pas, tandis qu’une soixantaine d’autres sont blessés dans ce qui se voulait une démonstration sur la dangerosité des explosifs.

Lors d’une leçon sur l’emploi sûr d’explosifs et de pièces pyrotechniques, une grenade M-61 a explosé dans une salle de classe improvisée dans laquelle étaient entassés plus de cent adolescents qui participaient au camp d’été des cadets de Valcartier.

«Le capitaine qui faisait la présentation a blagué en affirmant que jamais il n’amènerait une vraie grenade pendant une formation. Mais elle avait été mélangée parmi les grenades pour pratiques. Un enfant l’a donc dégoupillée et il se l’est mise entre les jambes. Elle a explosé», expliquait le sergent retraité Charles Gutta, à l’époque adjudant-maître de la compagnie D du Camp des cadets qui était dans une salle voisine au moment de la tragédie.

Il y a un an, jour pour jour, le 28 juillet 2015, plus de 40 ans après la tragédie qui a emporté les six cadets, l’Ombudsman de la Défense nationale Gary Walbourne dévoilait son rapport sur l’enquête qu’il a mené sur les circonstances et les conséquences de l’incident. Son constat et ses recommandations sont sans appel!

«Qu’il s’agisse de blessures corporelles ou psychologiques, les preuves recueillies dans le cadre de notre enquête démontrent que de nombreux cadets ont subi des blessures à long terme qui ont changé le cours de leur vie et pour lesquelles ils ont reçu des traitements et des indemnités inadéquats», écrivait-il.

La législation de 1974 ne permettait pas aux cadets d’être couverts par le ministère de la Défense nationale, mais selon l’ombudsman Gary Walbourne, «cela ne dégage pas la Défense nationale et les Forces canadiennes de leur responsabilité envers les enfants qui étaient sous leur garde. On aurait dû en faire davantage».

Quarante ans après la tragédie, le ministère de la Défense bouge enfin. Hélas, dans des cas comme celui-là, avec le temps les séquelles ne s’effacent pas et les plaies peuvent même s’agrandir.

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