France: un prêtre tué dans une prise d’otages dans son église près de Rouen, revendiquée par l’EI

0
Vers 14h00 locales, un homme armé d'un couteau est entré au commissariat de la localité de Joué-lès-Tours a blessé au visage un policier qui se trouvait à l'accueil, et deux de ses collègues. (Archives/Police nationale)
Nouvelle attaque en France. (Archives/Police nationale)

Un prêtre est mort égorgé mardi lors d’une prise d’otages dans son église, à Saint-Etienne-du-Rouvray, dans l’agglomération de Rouen, une attaque revendiquée par l’organisation jihadiste Etat islamique (EI), moins de deux semaines après l’attentat de Nice.

Un autre otage est entre la vie et la mort, selon le ministère de l’Intérieur. Les deux assaillants ont été tués lors d’une opération de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Rouen, a précisé à l’AFP une source policière.

La section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisie de l’enquête, confiée à la Sous-direction antiterroriste (SDAT) et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Le prêtre auxiliaire de la paroisse, Jacques Hamel, a été tué dans un « ignoble attentat terroriste » par « deux terroristes se réclamant de Daech », l’acronyme arabe de l’EI, a affirmé le président François Hollande, qui s’est rendu sur place avec le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Selon l’agence Amaq, un organe de propagande de l’EI, le groupe jihadiste a affirmé que cette attaque avait été exécutée par deux de ses « soldats ».

L’assassinat d’un prêtre dans une attaque terroriste est une première en France.

Les deux assaillants, dont un serait connu des services antiterroristes, selon des sources proches de l’enquête, ont pénétré dans l’église mardi matin « et ont pris en otages cinq personnes qui se trouvaient » à l’intérieur, a détaillé le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Pierre-Henry Brandet.

« A un moment donné, les deux preneurs d’otages sont sortis de l’église, se sont retrouvés face » aux policiers de la BRI locale qui les ont « neutralisés et abattus », a-t-il ajouté.

Plusieurs jihadistes dans le viseur de la justice sont originaires de Normandie, notamment Maxime Hauchard, un converti à l’islam identifié fin 2014 comme l’un des bourreaux de l’EI qui a grandi dans une commune proche de Rouen.

Le Raid, unité d’élite de la police nationale, menait toujours à la mi-journée des opérations de déminage « pour s’assurer que rien n’a été piégé », a précisé M. Brandet.

Selon des journalistes de l’AFP sur place, un vaste périmètre de sécurité a été mis en place, barrant tout accès au centre-ville de cette commune populaire de 27.000 habitants située à quelques kilomètres au sud de Rouen.

Dans un communiqué, le Pape a fustigé « un meurtre barbare » et condamné « de la manière la plus radicale toute forme de haine ».

« L’innommable arrive », a déclaré l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, depuis Cracovie (Pologne) où il assistait à l’ouverture des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Le prélat devait rentrer dans l’après-midi en France et être reçu dans la soirée à l’Elysée.

Exprimant « sa solidarité aux catholiques de France », le Conseil français du culte musulman (CFCM) a dénoncé un « acte horrifiant et terrifiant », appelant « les responsables des différents cultes (à) se rencontrer, échanger et combattre les discours de haine ».

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a également déploré un « assassinat odieux » qui « marque une nouvelle étape dans la progression du terrorisme en France ».

Cette attaque intervient douze jours après l’attaque au camion menée le soir du 14 juillet sur la Promenade des Anglais à Nice. Cette attaque, qui a fait 84 morts et plus de 300 blessés, a été revendiquée par l’EI, également à l’origine des attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis (130 morts).

Dans sa propagande, l’EI appelle régulièrement ses partisans à cibler les dirigeants « croisés » occidentaux et « le royaume de la Croix », expression semblant désigner l’Europe.

Une attaque contre un lieu de culte chrétien était redoutée en France, notamment depuis l’échec d’un projet d’attentat en avril 2015 contre une église catholique de Villejuif (Val-de-Marne), attribué à un étudiant algérien de 24 ans, Sid Ahmed Ghlam. L’homme avait été arrêté avant qu’il puisse mettre son projet à exécution.

Le gouvernement avait alors annoncé une « adaptation » du dispositif Vigipirate mis en place après les attentats de janvier 2015 contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo et un supermarché casher de Paris.

Mais si les quelque 700 écoles et synagogues juives et plus de 1.000 des 2.500 mosquées sont protégées dans le cadre de l’opération Sentinelle, il paraît illusoire d’appliquer un même niveau de sécurité à la totalité des 45.000 églises catholiques, auxquelles s’ajoutent 4.000 temples protestants, dont 2.600 évangéliques, et 150 lieux de culte orthodoxes.

Dans l’enquête sur l’attentat de Nice, deux hommes ont été placés en garde à vue lundi. Leur profil n’a pas été précisé, mais « les enquêteurs cherchent à savoir s’ils ont pu fournir un soutien logistique au tueur » Mohamed Lahouaiej Bouhlel, a expliqué une source proche de l’enquête.

Près de deux semaines après, l’attentat de Nice continue par ailleurs à susciter une vive polémique autour du dispositif de sécurité déployé le soir de l’attaque.

Les commentaires sont fermés.