Le Canada consterné par l’attaque «ignoble» à Munich, oeuvre d’un forcené sans lien avec le djihad

0
Des personnes sont évacuées du centre commercial de Munich le 22 juillet 2016.(AFP/STRINGER)
Des personnes sont évacuées du centre commercial de Munich le 22 juillet 2016.(AFP/STRINGER)

Remis à jour 23/07/2016 à 7h55

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, s’est déclare au nom du Canada « consterné par l’attaque ignoble perpétrée à Munich, en Allemagne » qui, au dernier bilan encore provisoire, a fait au moins neuf morts, dont le tireur, qui semble avoir agi seul et qui, bien que l’attaque ait été revendiquée par l’EI, semble l’oeuvre d’un forcené souffrant de problèmes psychologiques, sans lien avec le djihadisme.

« Nous condamnons cette attaque et nous présentons nos plus sincères condoléances aux familles et aux amis des personnes qui ont été tuées. Nous souhaitons un prompt rétablissement aux personnes qui ont été blessées. Les Canadiens sont profondément attristés par ces événements tragiques, notamment les attaques qui visent les enfants. Nos pensées accompagnent le peuple allemand durant cette période stressante », a déclaré le chef de la diplomatie canadienne..

« Comme l’a indiqué le premier ministre Justin Trudeau plus tôt aujourd’hui », poursuit le ministre Dion, »le Canada est solidaire de l’Allemagne en ce moment difficile ».

Par ailleurs, le consulat du Canada à Munich est en communication avec les autorités locales, et le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence se mobilise pour apporter son aide aux Canadiens.

« Le gouvernement du Canada surveille de près la situation, tandis que les autorités allemandes poursuivent leurs recherches pour arrêter les individus impliqués dans cet attentat, ainsi que ceux qui ont joué un rôle dans l’organisation de cette attaque. », a précisé le ministre canadien des Affaires étrangères.

Un forcené fasciné par Breivik et les tueries de masse

La fusillade ayant semé la panique à Munich (sud de l’Allemagne) vendredi a été perpétrée par un jeune forcené souffrant de problèmes psychiatriques, sans rapport avec le djihadisme, et fasciné par le massacre commis il y a tout juste cinq ans par Breivik en Norvège.

Selon les derniers éléments de l’enquête, le jeune Germano-Iranien de 18 ans a prémédité son coup. Il a attiré la plupart de ses victimes dans un piège en les incitant via Facebook à venir dans un restaurant McDonald’s de la ville pour y bénéficier de réductions.

Et l’auteur de la tuerie, qui a fait neuf morts et 16 blessés, aurait aussi été victime dans le passé de « harcèlement » de la part d’autres « jeunes de son âge », a indiqué le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière.

« Nous partons du principe qu’il s’agit dans cette affaire d’un acte classique d’un forcené » pris d’une crise de folie meurtrière ayant agi « sans motivation politique », a déclaré samedi à la presse le procureur de Munich, Thomas Steinkraus-Koch.

« Il n’y a absolument aucun lien avec (le groupe) État islamique », a renchéri le chef de la police locale, Hubertus Andrä.

Identifié comme David Ali Sonboly, le tueur est né à Munich, de parents venus en Allemagne à la fin des années 1990 comme demandeurs d’asile et fréquentait une école de la ville.

Vendredi, en début de soirée, il a ouvert le feu sur un groupe de personnes dans un centre commercial et à proximité. Il a ensuite été blessé par la police puis s’est donné la mort. Dans son sac à dos, les enquêteurs ont retrouvé environ 300 munitions, suggérant qu’il avait à l’origine l’intention de tuer un nombre encore beaucoup plus important de personnes.

La police va devoir aussi déterminer comment il a pu se procurer son arme, un pistolet Glock de calibre 9 mm, acquis manifestement illégalement car le numéro de série était limé.

Surtout, les enquêteurs ont établi un « lien évident » avec le tueur norvégien Anders Behring Breivik, qui avait abattu 77 personnes, des jeunes surtout, en 2011. Des documents sur ce massacre, et d’autres similaires, ont été retrouvés dans sa chambre. Un autre livre a retenu l’attention des enquêteurs : il est intitulé « La folie meurtrière en tête, pourquoi des écoliers en viennent à tuer ».

Issu d’une famille à l’origine chiite, il semble qu’il se soit converti à la religion chrétienne, d’où son prénom David, selon le ministre allemand de l’Intérieur.

Il a agi seul et planifié son acte. Selon M. de Maizière, l’auteur a probablement tendu un piège aux victimes après avoir « piraté » le compte Facebook d’une jeune fille : les victimes se sont vu promettre des bons de réduction dans un fast-food du centre commercial. « Une manière particulièrement sournoise de procéder », a commenté le ministre.

La plupart des victimes sont très jeunes, adolescents et jeunes adultes. Parmi elles figurent trois Kosovars, trois Turcs et un Grec.

Le jeune homme résidait avec ses parents dans un logement social avec de nombreux étrangers ou Allemands d’origine étrangère. Une voisine, interrogée par l’AFP, a parlé d' »une bonne personne (…), qui riait comme toute personne normale ».

D’autres voisins l’ont décrit comme plutôt solitaire et amateur de jeux vidéo violents, un élément qui selon le ministre de l’Intérieur a « joué un rôle » dans cette affaire.

« Tout dans son langage corporel était synonyme de +je ne veux pas vous parler+ », a témoigné Stephan, le serveur d’un café installé au rez-de-chaussée de l’immeuble.

Sur une courte vidéo amateur largement diffusée sur les réseaux sociaux, et authentifiée par la police, on voit un riverain agonir d’injures l’auteur de la tuerie, vêtu de noir. « Sale métèque », lui lance ce riverain. La voix de l’assaillant lui répond : « je suis Allemand, je suis né ici », dit-il, avant de lancer, comme sous forme d’excuse, « j’étais en traitement hospitalier ».

Selon les autorités, il souffrait en effet de problèmes psychiatriques et était « en cours de traitement ».

Munich s’est retrouvée en état de siège pendant plusieurs heures car la police a craint pendant longtemps que plusieurs tireurs étaient en fuite. La chancelière Angela Merkel a parlé d’une « nuit d’horreur ».

L’Allemagne reste sous le choc. Cette tuerie est intervenue quatre jours seulement après une attaque à la hache dans un train régional, également en Bavière, commise par un jeune demandeur d’asile de 17 ans qui a revendiqué son geste au nom de l’EI.

Elle intervient plus généralement dans un contexte de forte crainte en Europe, alimenté par les risques d’attentats. Il s’agit de la troisième attaque contre des civils en moins de dix jours, celle de Nice (sud de la France) le 14 juillet ayant fait à elle seule 84 morts.

Les commentaires sont fermés.